/* paroisseetfamille pageprier.php 2021-02-25 JMC essai mysqli 2021-03-01 JMC adaptation mysqli status : OK */ ?> Paroisse et Famille - Une maison d´Édition au service des Paroisses et des Familles

Mais qui est-il pour s’intéresser ainsi à moi ?

   Quelle est donc cette douceur qui parfois, lorsque je songe à mon amour, me touche et m’attache avec tant de véhémence et de suavité ? C’est comme si j’allais m’être enlevée à moi-même pour être ravie je ne sais où. Soudain je me trouve nouvelle et toute transformée, et je ne saurais exprimer comme je suis bien. Ma conscience est ensoleillée, j’oublie la peine de toutes mes misères passées, mon esprit exulte, mon intelligence s’éclaire, mon cœur s’illumine, mes désirs s’égaient, je vois que je suis ailleurs, je ne sais où ; il y a là, à l’intérieur, quelque chose que mon amour tient embrassé, et je ne sais ce que c’est, et cependant je voudrais de toutes mes forces le retenir et ne le perdre jamais. Mon esprit lutte, en quelque sorte, délicieusement, pour ne pas se retirer de celui qu’il veut étreindre toujours ; et comme s’il avait découvert en lui la fin de ses désirs, il exulte souverainement et ineffablement sans rien chercher de plus, sans aspirer à rien au-delà, voulant être ainsi sans cesse.
   Est-ce lui, mon Bien-Aimé ? Dis-le moi, je t’en prie, pour que je sache si c’est lui ; s’il vient encore à moi, je le supplierai de ne pas se retirer, de demeurer toujours.
    – En vérité, c’est lui, c’est ton Bien-Aimé qui te visite. Mais il vient invisible, il vient caché, il vient insaisissable. Ces visites incessantes qui te raniment pour que tu ne fléchisses pas, c’est en attendant le ciel, la consolation de son absence.

Hugues de Saint-Victor (1096-1141), De arrha animae, trad. Ledrus

    Quelle est donc cette douceur qui parfois, lorsque je songe à mon amour, me touche et m’attache avec tant de véhémence et de suavité ? Rappelez-vous ce jour où vous êtes entré dans une église de campagne au printemps, et où les pierres et la lumière se sont mises à parler, dans l’évidence que quelqu’un était là… Arrivant du plus profond de vous-même, le Bien-Aimé vous visitait.
   Mais il vient invisible, il vient caché, il vient insaisissable. Comme le soleil paraît un instant entre deux nuages, Dieu joue à cache-cache avec nous, pour aiguiser notre désir en attendant le ciel. N’importe : désormais, nous en savons assez pour avancer, nous connaissons la direction.
   Qui est-il ? « Dieu, nul ne l’a jamais vu », nous dit saint Jean dès la première page de son évangile. La multiplicité des religions nous montre les efforts de l’homme pour se représenter Dieu, et ses échecs à y parvenir. Il faut que Dieu lui-même se révèle à nous : « le Fils unique, lui qui est Dieu et qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître » (Jn 1, 18). Tout notre progrès dans la foi et la prière sera de comprendre de mieux en mieux cette révélation, de pénétrer de plus en plus jusqu’à ce « sein du Père », et de se reconnaître peu à peu dans ce Fils unique, Jésus, « aîné d’une multitude de frères » (Ro 8, 29).

Hugues de Saint-Victor (1096-1141)

   Sans doute originaire des Flandres, Hugues était chanoine régulier à l’abbaye de Saint-Victor, à Paris, sous la règle de saint Augustin. Maître de l’importante école abbatiale, il fut au départ d’une brillante lignée intellectuelle et spirituelle (dont fait partie Richard de Saint-Victor), associant un humanisme avide de toute la littérature païenne et chrétienne antérieure, à une très grande pénétration contemplative.