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Prière vocale, prière mentale, contemplation.Il est possible, tandis que vous récitez le Pater Noster, que Dieu vous élève à la contemplation parfaite, si vous le récitez bien ; le Seigneur montre ainsi qu’il entend celui qui lui parle, et Sa Majesté suspend son entendement, arrête ses pensées et, comme on dit, lui coupe la parole, de sorte que même si l’on veut parler, c’est au prix d’un très grand effort. L’âme comprend que, sans bruit de paroles, le Maître opère en elle et que les puissances sont au repos, tout au moins dans la mesure où il est possible de le percevoir. Ceci est la contemplation parfaite. Vous saurez maintenant en quoi elle diffère de l’oraison mentale ; celle-ci, je le répète, consiste à penser à ce que nous disons et à le comprendre, comme aussi à considérer à qui nous parlons, et ce que nous sommes pour oser nous adresser à un si grand Seigneur. S’entretenir de ces pensées et d’autres semblables, comme songer, par exemple, au peu que nous l’avons servi et à la grande obligation où nous sommes de le servir, c’est pratiquer l’oraison mentale ; ne vous imaginez pas qu’elle soit quelque autre chose inintelligible et, par conséquent, que ce mot ne vous effraie pas. Réciter le Pater Noster, ou une autre prière de votre choix, c’est pratiquer l’oraison vocale. Mais voyez combien l’oraison vocale serait discordante si vous vous y adonniez sans attention ; même les paroles ne seraient pas toujours dites en bon ordre. Dans ces deux formes d’oraison nous pouvons quelque chose par nous-mêmes, avec la grâce de Dieu. Dans la contemplation dont je viens de parler, nous ne pouvons rien ; c’est Dieu qui fait tout, c’est son oeuvre, et elle surpasse notre nature. Thérèse d’Avila (1515-1582),
Le mot de contemplation ne doit pas faire peur : dans toute histoire d’amour, il y a des moments où les mots doivent s’arrêter, où même les pensées sont de trop, moments où une sorte de plénitude s’impose, venue des profondeurs de nous-mêmes, et nous percevons alors comme l’évidence et la densité du réel. C’est ainsi que Dieu nous introduit à certains moments dans son intimité, et là, l’âme comprend que, sans bruit de paroles, le Maître opère en elle, elle-même se trouvant comme en repos, désoeuvrée. Cette contemplation, car il s’agit d’elle, peut être rare ou fréquente, ou même quasi continuelle, plus ou moins intense : Dieu la donne s’il le veut, à qui il veut et comme il veut. De même que tomber amoureux ne se décrète pas, être appelé à la contemplation ne dépend pas de nous. En revanche, l’oraison mentale dépend de nous, tout comme la prière vocale. L’une et l’autre font partie de toute vie chrétienne. En réalité, même si on ne parle pas, à leur sujet, de contemplation, elles sont déjà une réponse à un attrait divin, à un besoin de parler à Dieu et une volonté de l’aimer, qui sont de nature contemplative. Mais comme cette racine contemplative reste enfouie dans une activité mentale qui reste largement sous le contrôle de celui qui prie, on ne la remarque généralement pas. Retenons simplement ce que sainte Thérèse nous dit ici et ailleurs : appliquons-nous sans crispation mais le mieux possible aux pratiques habituelles de prière, sans chercher la contemplation, et si Dieu nous l’envoie, ne résistons pas, ne nous inquiétons pas. Thérèse d’Avila (sainte, 1515-1582)
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