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Qui donc frappe à ma porte ?
Voici que le Verbe arrive et frappe à ta porte. Que ta porte soit donc ouverte à Celui qui vient ! Ouvre-lui cette porte ! Élargis le sein de ton âme, pour connaître les richesses de la simplicité et les trésors de la paix. Dilate ton cœur et viens à la rencontre du soleil d’éternelle lumière qui illumine tout homme, splendeur véritable qui resplendit pour tous.
Mais celui qui ferme ses fenêtres se prive lui-même de la lumière éternelle : ainsi laisses-tu le Christ dehors, si tu fermes les portes de ton âme. Certes, il pourrait entrer, mais il ne veut pas s’imposer en importun, ni forcer ceux qui lui résistent.
Heureux celui à la porte duquel le Christ frappe ! Notre porte, c’est la foi, qui, si elle est solide, défend toute la maison. C’est par cette porte que le Christ pénètre. Sois vigilant, de peur qu’à son arrivée, l’Époux ne reparte parce que tu l’aurais laissé dehors : en effet, si tu dors et que ton cœur ne veille pas, il repartira sans frapper ; mais si ton cœur veille, il frappera et te demandera de lui ouvrir la porte.
Le Christ vient à ta porte et frappe : ouvre-lui ! Il veut entrer, il veut trouver vigilante son épouse : ne fais pas attendre le Bien-Aimé ; il pourrait se retirer aussitôt parce que tu l’aurais laissé dehors, dans le sommeil de ton inconscience.
Saint Ambroise (340-397), Exposition sur le Psaume 118, 12
Voici que le Verbe arrive et frappe à ta porte ! Il y a des jours où le temps semble s’arrêter, comme si nous étions arrivés à un carrefour auquel il nous faut choisir : me voici devant une décision lourde à prendre, devant un événement heureux ou douloureux qui m’oblige à changer de route, ou tout simplement devant la question du sens de ma vie qui s’impose plus fortement, inévitable. Tout cela, c’est Dieu qui frappe à ma porte.
Il n’y a pas à se demander si Dieu s’intéresse à nous, ni à quelles conditions, ou s’il est difficile à trouver : Dieu n’est Dieu qu’en train de nous aimer, de chercher par tous les moyens qui respecteront notre liberté, un passage par lequel il pourra venir en nous et nous déclarer son amour, nous inviter à mener vie commune avec lui.
Que ta porte soit donc ouverte à Celui qui vient ! Nous maintenons bien souvent fermée la porte à laquelle Dieu frappe : nous savons que ce Dieu de lumière dénoncera tous nos mensonges et que ce Dieu d’amour forcera tous nos égoïsmes… et cela nous fait peur, et nous préférons ne pas l’entendre frapper. Dieu sait bien ces résistances, et il nous demande seulement de le laisser entrer, d’avoir confiance en lui : qu’y a-t-il de plus raisonnable que de s’en remettre à celui qui a créé le ciel et la terre et qui nous donne d’exister ? Et alors sa lumière fera disparaître nos ténèbres, et le mensonge et l’égoïsme nous seront devenus tout simplement insupportables : le Christ sera entré par la porte de notre foi.
Ambroise de Milan (saint, 340-397)
Evêque de Milan, maître de saint Augustin, champion de la liberté de l’Église face au pouvoir politique, Ambroise est d’abord un commentateur de la Bible et un catéchète aux œuvres très lues par le Moyen Âge latin. On lui doit aussi un grand enrichissement de la liturgie occidentale, et notamment le vrai début du chant d’Église.
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