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Ne jamais se gêner avec le Bon Dieu !
Dites à Dieu ce que vous ne manqueriez pas de dire à un ami qui serait chez vous et auprès de vous : tout Dieu qu’il est, il lui est important de le savoir, puisqu’il vous aime, et qu’il n’y a rien parmi les choses qui vous regardent, qui ne soit l’affaire et l’intérêt de son amour. Ne le prenez pas pour un roi qui ne voudrait avoir en l’âme que des pensées de roi, ni être entretenu que de grandes choses, ou qui craindrait de s’abaisser en appliquant son esprit à écouter ce qui se passe dans un petit ménage, ou dans la conscience d’une petite créature.
Chez vous et aux endroits où vous êtes seule avec lui, pour ainsi parler, Dieu n’est Dieu que pour vous seule : il n’est là, le Tout-Puissant, que pour vous aider, ni le Tout-Aimable que pour être aimé de vous, ou pour attirer votre confiance, et vous présenter l’occasion de lui dire ce qui vous afflige, et en quel état sont les affaires de votre famille, ou de votre charge, ou de votre intérieur.
Ne craignez pas non plus de lui confier les mécontentements que vous pourriez avoir de lui ; et si la pensée vous vient quelquefois de murmurer et de vous plaindre de sa conduite, murmurez-en, et faites comme envers les autres amis, et comme ont fait les saints quand l’occasion s’en présentait. Plaignez-vous à son amour de ce qu’il semble vous délaisser, et mépriser vos cris et vos larmes : « Qu’est ceci, mon Dieu, vous me méconnaissez vous-même lorsque je pleure, et vous vous éloignez de moi lorsque j’ai le plus besoin de votre consolation, et de votre main pour me soutenir ? » Ayez, si l’inspiration vous y pousse, ce qu’ont eu les mêmes saints : des mouvements d’indignation et d’une sainte colère contre lui. Accusez-le par des reproches plus agréables à sa bonté, que ne sont les adorations et les soumissions des âmes timides.
Michel Boutault (1604-1689),
Méthode pour converser avec Dieu
On ne simplifiera jamais trop la prière. Dieu voit tout, sait tout, et on ne peut rien lui cacher : voilà qui devrait suffire à nous libérer de toute gêne avec lui. Ce qui compte dans la prière, ce n’est pas le contenu, mais le simple fait de converser avec lui, de tout partager avec lui, puisque nous avons été créés pour mener vie commune avec lui, et que tout notre bonheur est là. Comme deux fiancés se disent des banalités pour le seul plaisir d’être ensemble, que notre prière soit sans recherche, sans affectation, soutenue par la seule volonté d’être en la compagnie de Dieu.
Cette prière sans façon peut sembler peu respectueuse de la majesté divine. Respecter Dieu n’est pas affaire de politesse, mais d’obéissance à sa volonté, qu’elle nous soit agréable ou désagréable, facile ou difficile. Ne créons pas de fausse distance entre Dieu et nous pour nous rassurer, comme s’il était menaçant, mais ouvrons-lui notre cœur sans aucune réserve, quitte à nous plaindre de ce que sa Providence nous envoie : nos plaintes seront un signe supplémentaire de notre confiance en lui, et souvent la meilleure façon de lui demander son aide.
Doit-on pour autant dire n’importe quoi dans la prière ? Non, mais que l’on ne doit jamais s’inquiéter de la qualité de sa prière : il suffit qu’elle soit prière pour qu’elle soit bonne, et plus elle sera simple et confiante, mieux elle remplira son rôle.
Boutault (Michel, 1604-1689)
Né à Paris, mort à Pontoise, le peu que l’on sait de Boutault est qu’il fut jésuite, professeur et prédicateur. Sa Méthode pour converser avec Dieu, en quelques pages très attachantes, résume l’attitude de confiance et de simplicité envers Dieu qui domine la spiritualité française depuis saint François de Sales.
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