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Garder le cap dans la nuit.La véritable dévotion et le véritable amour envers Dieu ne consistent pas à sentir des consolations spirituelles dans l’oraison et dans les autres exercices pieux, mais à avoir une volonté résolue de faire et de vouloir uniquement ce que Dieu veut. C’est là l’unique but pour lequel nous devons faire l’oraison, nos communions, les mortifications, et toute autre chose qui plaît à Dieu, quand même nous les faisons sans goût et au milieu de mille tentations et découragements spirituels. Il n’y a pas de meilleur moment pour connaître notre impuissance et notre misère, que lorsque nous sommes arides dans l’oraison, dégoûtés, distraits et découragés, sans ferveur sensible et même sans désir sensible de progresser dans l’amour divin. Alors, que l’âme dise : « Seigneur, ayez pitié de moi ! Voyez comme je suis incapable de seulement faire un acte bon ! » De plus, il faut se résigner et dire : « Mon Dieu, vous voulez me maintenir dans cette obscurité, dans cette affliction : que toujours votre volonté soit faite ! Je ne veux pas être consolé ; il me suffit d’être là rien que pour votre contentement. » Et ainsi faut-il persévérer dans l’oraison jusqu’à la fin du temps fixé pour elle. Vous voulez alors connaître et être sûr que Dieu vous aime : mais en ces moments Dieu ne veut pas vous le faire connaître, mais il veut que vous soyez seulement appliqué à vous humilier, à mettre votre confiance en sa bonté, et à vous résigner dans sa volonté. Vous voulez voir, et Dieu ne veut pas que vous voyiez. Du reste, saint François de Sales dit que votre résolution (au moins avec la fine pointe de la volonté) d’aimer Dieu et de ne pas vouloir lui donner le plus petit déplaisir délibéré, vous assure que vous êtes dans sa grâce. Abandonnez vous en ces moments dans les bras de la divine miséricorde ; protestez que vous ne voulez que Dieu et sa volonté, et ne craignez pas. Saint Alphonse de Liguori (1696-1787), Réflexions pieuses…, 39
Avoir une volonté résolue de faire et de vouloir uniquement ce que Dieu veut : Dans l’oraison ou ailleurs, telle est la vie chrétienne, résumée dans le premier commandement : « Tu aimeras Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. » à partir de là, tentations, dégoûts, découragements ne sont que des effets de surface, qu’il suffit de négliger pour qu’ils perdent leur pouvoir de nuisance. Mais ces effets de surface ont l’avantage de nous inviter à plonger en eau profonde, jusqu’au point où nous sommes au contact de Dieu dans un acte de foi tout simple, et cela d’autant plus que nous en sentons moins l’écho dans notre sensibilité. Concrètement, cela veut dire qu’une prière durant laquelle nous n’éprouvons qu’ennui ou distraction, est d’autant plus authentique qu’elle est moins gratifiante, parce qu’il est incontestable que nous ne sommes là que pour le Seigneur qui nous le demande. Cette simple fidélité est l’essence même de la prière, et Dieu la reçoit comme celle de son Fils réduit à la pure obéissance de la Croix. Cela ne veut pas dire que nos temps de prière et nos manières de les vivre doivent être forcément désagréables, mais simplement qu’ils ne doivent pas être réglés en fonction de l’agrément ou du désagrément que nous y trouvons. Vous voulez alors connaître et être sûr que Dieu vous aime : l’important n’est pas de sentir l’amour, mais d’aimer. Tant que l’on cherche à sentir l’amour, c’est que, en partie au moins, l’on s’aime encore soi-même ; réjouissons-nous quand Dieu nous en empêche : c’est le signe qu’il nous veut tout entier pour lui. Liguori (saint Alphonse de, 1696-1787)
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