/* paroisseetfamille pageprier.php 2021-02-25 JMC essai mysqli 2021-03-01 JMC adaptation mysqli status : OK */ ?> Paroisse et Famille - Une maison d´Édition au service des Paroisses et des Familles

Prier quand on n’en a pas envie

   Pourquoi donc croyez-vous être loin de Dieu quand vous ne pouvez pas le goûter ? Sachez qu’il est tout auprès de ceux qui ont le cœur en tribulation et en sécheresse. Vous ne pouvez point vous donner par industrie ce goût sensible. Qu’est-ce que vous voulez aimer ? Est-ce le plaisir de l’amour, ou le Bien-Aimé ? Si ce n’est que le plaisir de l’amour que vous cherchez, c’est votre propre plaisir, et non celui de Dieu, qui est l’objet de vos prétentions. On se trompe souvent soi-même dans la vie intérieure : on se flatte de chercher Dieu, et on ne cherche que soi dans le culte divin ; on ne quitte les plaisirs du monde que pour se faire un plaisir raffiné dans la dévotion. Et comme on ne tient à Dieu que par le plaisir, on ne tient plus à lui quand la source du plaisir tarit.
   Il ne faut jamais se priver de ce plaisir par une recherche volontaire des autres plaisirs, qui rendent indigne de celui-là ; mais enfin, quand ce plaisir manque, il faut continuer à aimer sans plaisir, et mettre la consolation à servir Dieu à ses dépens, malgré les dégoûts qu’on éprouve. Oh ! que l’amour est pur quand il se soutient sans aucun goût sensible ! Oh ! que tout s’avance quand on est tenté de croire tout perdu ! Oh ! que l’amour souffrant sur le Calvaire est au-dessus de l’amour enivré sur le Thabor ! On ne peut guère compter sur une âme qui n’a point encore été sevrée du lait des consola-
tions spirituelles.

 

François de la Mothe-Fénelon (1651-1715), Lettre spirituelle 136

 

 

    Ne pas sentir Dieu dans la prière : nous en revenons bien souvent à cette difficulté qui résume toutes les autres. C’est ici que la foi, et non la sensibilité, doit s’imposer : nous savons par l’Évangile, par le catéchisme, par tout l’enseignement de l’Église, par l’expérience de tous les saints, que Dieu est tout auprès de ceux qui ont le cœur en tribulation et en sécheresse. C’est à ce prix que notre vie spirituelle peut se développer et parvenir à l’âge adulte, tout comme un enfant ne grandira que s’il accepte de quitter les bras de sa mère et de marcher sur ses jambes.
   Si l’on en reste aux satisfactions que peuvent nous donner nos activités religieuses comme toute autre activité, la prière même devient alors une idole et cesse d’être ce dialogue avec Dieu qui est la première et plus fondamentale expression de notre foi.
   Apprenons à prier dans l’indifférence à nous-mêmes, libérons notre prière de nos impressions de prière, entrons dans l’amour pur qui donne sans rien attendre en retour, et nous nous découvrirons alors dans une relation transparente avec Dieu, là ou bien souvent nous n’étions que devant le miroir de notre amour propre.

 

Fénelon (François de la Mothe, 1651-1715)
De vieille noblesse périgourdine, prêtre en 1675, Fénelon devient précepteur de l’héritier du trône de Louis XIV, le duc de Bourgogne. Sa défense inconditionnelle de la mystique Madame Guyon face à Bossuet le conduira en disgrâce comme archevêque de Cambrai. Homme de Dieu et pasteur exemplaire, dernier représentant du Siècle d’Or de la spiritualité française face au Jansénisme et au Gallicanisme envahissants, Fénelon fut un grand directeur spirituel dans la ligne de François de Sales.