Mercredi 29 juillet 2026

Bienheureux Louis, Mancius et Pierre

Prêtre et religieux dominicains martyrs au Japon (+ 1627)

Les larmes des saints

« Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés ! » Quel nouveau genre de larmes ! dit saint Augustin : elles rendent heureux ceux qui les versent. Leur bonheur consiste à s’affliger, à gémir de la corruption du monde qui nous environne, des pièges dont nous sommes entourés, du fonds inépuisable de corruption qui est au milieu de notre cœur. C’est un grand don de Dieu, que de craindre de perdre son amour, que de craindre de s’écarter de la voie étroite : c’est le sujet des larmes des saints. Quand on est en danger de perdre ce que l’on possède de plus précieux et de se perdre soi-même, il est difficile de se réjouir ; quand on ne voit que vanité, qu’égarement, que scandale, qu’oubli et que mépris du Dieu qu’on aime, il est impossible de ne se pas affliger. Pleurons donc à la vue de tant de sujets de larmes : notre tristesse réjouira Dieu ; c’est lui-même qui nous l’inspire, c’est son amour qui fait couler nos larmes, il viendra lui-même les essuyer.

Il faut pleurer ici-bas non seulement les dangers de notre condition, mais tout ce qui est vain et déréglé. Pleurons sur nous et sur le prochain : tout ce que nous voyons au-dedans et au-dehors n’est qu’affliction d’esprit, que tentation et que péché, tout mérite des larmes. Le vrai malheur est d’aimer ces choses si peu dignes d’être aimées. Que de raisons de pleurer ! C’est le mieux qu’on puisse faire. Heureuses larmes que la grâce opère, qui nous dégoûtent des choses passagères, et qui font naître en nous le désir des biens éternels !

François de la Mothe-Fénelon (1651-1715), Réflexions pour tous les jours du mois, 19e jour

Méditation

Quand on ne voit que vanité, qu’égarement, que scandale, qu’oubli et que mépris du Dieu qu’on aime… Fénelon parlait de la cour de Louis XIV, mais les choses ont-elles changées ? Non, et nous ne nous privons pas de dénoncer la corruption des politiques, les abus de la finance et le mensonge des médias. Comment être chrétien dans ce monde qui ne l’est pas ?

Mais au lieu de nous lamenter de l’état du monde, ne ferions-nous pas mieux de prendre acte une fois pour toute de ce qu’il va à sa perte, plutôt que d’aimer ces choses si peu dignes d’être aimées ? Car, reconnaissons-le, nous nous accommodons assez bien de ce que nous dénonçons.

Nos larmes, nos critiques, nos revendications ne seront justes que si nous choisissons ce que Dieu a choisi, que si nous mettons en lui notre consolation.

L´Auteur :

Fénelon (François de la Mothe, 1651-1715)

De vieille noblesse périgourdine, François de Salignac de La Mothe-Fénelon étudie chez les jésuites de Cahors, puis à Paris, notamment au séminaire Saint-Sulpice où se formait alors l’élite du clergé français. Prêtre en 1675, familier de l’entourage de Louis XIV et de Madame de Maintenon, il devient précepteur de l’héritier du trône, le duc de Bourgogne. C’est dans ce milieu qu’il rencontrera Jeanne Guyon, dont il sera un fervent disciple, puis un défenseur inconditionnel face à Bossuet. Les accusations de quiétisme portées contre Madame Guyon, mais aussi sa liberté de parole face au Roi Soleil, vaudront à Fénelon d’être éloigné de la cour. Nommé archevêque de Cambrai en 1695, en semi-disgrâce après les condamnations, infiniment plus politiques que doctrinales, de ses Maximes des Saints en 1699, il se consacrera jusqu’à la fin de sa vie en 1715 à son ministère de pasteur. Il s’y révélera homme de Dieu, protecteur des pauvres et éducateur du peuple. Vrai maître de vie intérieure, il est le dernier représentant du Siècle d’Or de la spiritualité française face au jansénisme et au gallicanisme envahissants. La culture de Fénelon est immense ; dans ses sermons comme dans ses lettres ou ses entretiens spirituels, on reconnaît l’audace d’un saint Bernard, la puissance mystique d’un saint Jean de la Croix et la douceur d’un saint François de Sales : en cela, il doit être considéré comme un jalon essentiel de la spiritualité moderne.