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Vendredi 31 juillet 2026 Bienheureux Michał Ozieblowski Prêtre et martyr à Dachau (+ 1942) Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ! Pourquoi donc croyez-vous être loin de Dieu quand vous ne pouvez pas le goûter ? Sachez qu’il est tout auprès de ceux qui ont le cœur en tribulation et en sécheresse. Vous ne pouvez point vous donner par industrie ce goût sensible. Qu’est-ce que vous voulez aimer ? Est-ce le plaisir de l’amour, ou le Bien-Aimé ? Si ce n’est que le plaisir de l’amour que vous cherchez, c’est votre propre plaisir, et non celui de Dieu, qui est l’objet de vos prétentions. On se trompe souvent soi-même dans la vie intérieure : on se flatte de chercher Dieu, et on ne cherche que soi dans le culte divin ; on ne quitte les plaisirs du monde que pour se faire un plaisir raffiné dans la dévotion. Et comme on ne tient à Dieu que par le plaisir, on ne tient plus à lui quand la source du plaisir tarit. Il ne faut jamais se priver de ce plaisir par une recherche volontaire des autres plaisirs, qui rendent indigne de celui-là ; mais enfin, quand ce plaisir manque, il faut continuer à aimer sans plaisir, et mettre la consolation à servir Dieu à ses dépens, malgré les dégoûts qu’on éprouve. Oh ! Que l’amour est pur quand il se soutient sans aucun goût sensible ! Oh ! Que tout s’avance quand on est tenté de croire tout perdu ! Oh ! Que l’amour souffrant sur le Calvaire est au-dessus de l’amour enivré sur le Thabor ! On ne peut guère compter sur une âme qui n’a point encore été sevrée du lait des consolations spirituelles. François de la Mothe-Fénelon (1651-1715), Lettre spirituelle 136 Méditation Fènelon développe ce qu'il nous disait hier de l’insensibilité de la relation à Dieu. Loin d’indiquer un moindre amour, cette insensibilité est la condition même d’un amour total parce que désintéressé. Plus largement, Fénelon attire notre attention sur le risque de recherche de soi-même sous prétexte de chercher Dieu : On se flatte de chercher Dieu, et on ne cherche que soi dans le culte divin. Cela veut-il dire que la vie spirituelle doit être triste ? Non, mais seulement qu’il appartient à Dieu seul de permettre qu’elle ait ou non des échos sensibles, sachant qu’il visera toujours le bien de notre âme. Il ne faut pas confondre plaisir et bonheur ; Dieu ne nous promet pas le plaisir, mais bien le bonheur, et c’est cela… qui rend heureux ! Alors, quand notre prière se fait plus sèche, moins fervente, ne nous désolons pas : elle est tout simplement plus transparente, et en réalité plus intense, parce que provenant d’un cœur plus pur. Les vieux amoureux ne voudraient pas revenir aux émois de leurs vingt ans ! L´Auteur : Fénelon (François de la Mothe, 1651-1715) De vieille noblesse périgourdine, François de Salignac de La Mothe-Fénelon étudie chez les jésuites de Cahors, puis à Paris, notamment au séminaire Saint-Sulpice où se formait alors l’élite du clergé français. Prêtre en 1675, familier de l’entourage de Louis XIV et de Madame de Maintenon, il devient précepteur de l’héritier du trône, le duc de Bourgogne. C’est dans ce milieu qu’il rencontrera Jeanne Guyon, dont il sera un fervent disciple, puis un défenseur inconditionnel face à Bossuet. Les accusations de quiétisme portées contre Madame Guyon, mais aussi sa liberté de parole face au Roi Soleil, vaudront à Fénelon d’être éloigné de la cour. Nommé archevêque de Cambrai en 1695, en semi-disgrâce après les condamnations, infiniment plus politiques que doctrinales, de ses Maximes des Saints en 1699, il se consacrera jusqu’à la fin de sa vie en 1715 à son ministère de pasteur. Il s’y révélera homme de Dieu, protecteur des pauvres et éducateur du peuple. Vrai maître de vie intérieure, il est le dernier représentant du Siècle d’Or de la spiritualité française face au jansénisme et au gallicanisme envahissants. La culture de Fénelon est immense ; dans ses sermons comme dans ses lettres ou ses entretiens spirituels, on reconnaît l’audace d’un saint Bernard, la puissance mystique d’un saint Jean de la Croix et la douceur d’un saint François de Sales : en cela, il doit être considéré comme un jalon essentiel de la spiritualité moderne. ![]() |