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Dimanche 2 août 2026 18e dimanche du Temps Ordinaire Aller plus loin que la surface Si vous désirez, ô âme chrétienne, parvenir au comble de la perfection évangélique, et vous unir tellement à Dieu, que vous deveniez un même esprit avec lui, il faut que, pour réussir dans un dessein qui est le plus grand et le plus noble qu'on puisse dire ou imaginer, vous sachiez d'abord ce que c'est que la véritable et la parfaite spiritualité. Quelques-uns ne regardent la vie spirituelle que par le dehors, et la font consister dans les pénitences extérieures, dans les haires, les disciplines, les jeûnes, les veilles, et dans d'autres semblables mortifications de la chair. Plusieurs, et surtout les femmes, s'imaginent être consommés en vertu, lorsqu'ils se sont fait une habitude de réciter de longues prières vocales, d'entendre beaucoup de messes, d'assister à tout l'office divin, de demeurer longtemps dans l'église et de communier souvent. Quelques-uns, même parmi ceux qui servent Dieu dans la religion, croient que pour être parfait, il suffit d'être assidu au chœur, d'aimer la retraite et le silence, de bien observer la discipline religieuse. Et ainsi les uns mettent la perfection dans l'un de ces exercices, les autres dans l'autre : mais il est certain qu'ils se trompent tous ; car comme les œuvres extérieures ne sont, ou que des dispositions pour devenir parfaitement saint, ou des fruits de la parfaite sainteté, l'on ne peut dire que ce soit en ces sortes d’œuvres que consiste la perfection chrétienne et la véritable spiritualité. Ce sont de puissants moyens pour devenir vraiment spirituel et vraiment parfait ; et quand on en use avec discrétion, ils servent merveilleusement à fortifier la nature, toujours lâche pour le bien et toujours ardente pour le mal ; à pousser les attaques, à éviter les pièges de notre ennemi commun, et à obtenir enfin du Père des miséricordes les secours qui sont nécessaires à tous les justes, principalement à ceux qui commencent. Ce sont aussi des fruits excellents d'une vertu consommée dans les personnes tout-à-fait saintes et spirituelles ; car elles maltraitent leur corps, ou pour le punir de ses révoltes passées, ou pour l'humilier et l'assujettir à son créateur. Elles se tiennent dans la solitude et dans le silence, loin du commerce du monde, afin de se garantir des moindres fautes, et de n'avoir plus de conversation que dans le ciel avec les anges. Elles s'occupent aux bonnes œuvres et au service divin ; elles vaquent à la prière, elles méditent sur la vie et sur la passion du Sauveur, non par un esprit de curiosité, ni parce qu'elles y trouvent quelque goût sensible, mais par le désir de mieux connaître, d'un côté les miséricordes divines, et de l'autre leurs ingratitudes ; de s'exciter de plus en plus à aimer Dieu et à se haïr elles-mêmes ; à suivre notre Seigneur en portant sa croix, en renonçant à leur propre volonté, en fréquentant les sacrements, sans autre vue que d'honorer Dieu, de s'unir plus étroitement à lui, de se fortifier davantage contre les puissances de l'enfer. Mais pour peu que l'on fasse réflexion sur leur conduite, on voit leur égarement, et combien ils sont éloignés de cette haute perfection que nous recherchons ; car en toutes choses, grandes ou petites, ils souhaitent d'être préférés aux autres ; ils ne suivent que leur propre jugement ; ils ne font que leur propre volonté ; et, aveugles en tout ce qui les regarde, ils ont toujours les yeux ouverts pour observer et pour censurer les actions d'autrui. Que si l'on donne la moindre atteinte à cette vaine réputation où ils croient être dans le monde, et dont ils sont très jaloux ; si on leur commande de quitter certaines pratiques de dévotion auxquelles ils sont habitués, ils se troublent et s'inquiètent étrangement. Si Dieu même, voulant leur apprendre à se connaître, et leur montrer le vrai chemin de la perfection, leur envoie des adversités, des maladies, des persécutions cruelles, qui sont les épreuves les plus certaines de la fidélité de ses serviteurs, et qui n'arrivent jamais sans son ordre ou sans sa permission, on voit alors leur intérieur gâté, jusque dans le fond, par l'orgueil dont il est rempli. En tous les événements, soit heureux, soit malheureux, de cette vie, ils ne savent ce que c'est que de conformer leur volonté à celle de Dieu, de s'humilier sous sa main toute-puissante, de se soumettre à ses jugements, non moins justes que secrets et impénétrables : de s'abaisser au-dessous de toutes les créatures, à l'imitation de Jésus souffrant et humilié ; d'aimer leurs persécuteurs comme ceux dont la divine bonté se sert pour les former à la mortification, et pour coopérer avec elle non seulement à leur salut, mais encore à leur perfection. De là vient qu'ils sont toujours en un danger évident de périr : car, regardant avec des yeux obscurcis par l'amour-propre, et eux-mêmes, et leurs actions extérieures, qui de soi sont bonnes, ils viennent à s'enorgueillir, à se croire fort avancés dans la voie de Dieu, à condamner le prochain ; et souvent l'orgueil les aveugle jusqu'à un tel point, qu'il faut une grâce tout extraordinaire du ciel pour les convertir. Puis donc que vous aspirez à un plus haut degré de la perfection, vous devez vous faire une continuelle guerre, et employer toutes vos forces pour détruire ce qu'il y a en vous d'affections vicieuses, quelque légères qu'elles soient : ainsi il faut nécessairement vous préparer au combat avec toute la résolution et toute l'ardeur possibles : parce que nul ne remportera la couronne qu'après avoir généreusement combattu. Lorenzo Scupoli, Le Combat spirituel, chapitre 1
L´Auteur : Scupoli (Laurent, 1530-1610) Né à Otrante en 1530, François Scupoli rencontre à Naples la fervente et jeune famille sacerdotale des Théatins, fondée à Rome en 1524. Il y entre en 1569, y reçoit le nom de Laurent, et y sera formé par saint André Avellin, avant d’être transféré à Plaisance, où il sera ordonné prêtre en 1577, puis à Milan, Gênes, Venise, et Naples. Accusé, sans doute à tort, d’un grave délit en 1585, il fut en disgrâce parmi les siens, jusqu’à sa réhabilitation au soir d’une vie dont on ne connaît guère que l’humilité et la discrétion. Édité à Venise en 1588 sans nom d’auteur, le Combat Spirituel connut très vite un immense succès qui lui valut plus de 600 éditions dans toutes les langues jusqu’à nos jours. Son plus fameux lecteur sera saint François de Sales, qui ne s’en séparait jamais et en donnera une traduction française. Petit manuel de confiance absolue en la bonté de Dieu et de défiance envers soi-même, on y trouve déjà le secret du salésianisme : l’attention à la présence amoureuse de Dieu dans les moindres détails de la vie la plus ordinaire. ![]() |