Lundi 10 août 2026

Supporter, c’est encore pardonner

Vous demandez comment il faut aimer les créatures. Je vous dis brièvement qu’il y a certains amours qui semblent extrêmement grands et parfaits aux yeux des créatures, qui devant Dieu se trouveront petits et de nulle valeur, parce que ces amitiés ne sont point fondées en la vraie charité, qui est Dieu, mais seulement en certaines alliances et inclinations naturelles, et sur quelques considérations humainement louables et agréables. Au contraire, il y en a d’autres qui semblent extrêmement minces et vides aux yeux du monde, qui devant Dieu se trouveront pleines et fort excellentes, parce qu’elles se font seulement en Dieu et pour Dieu, sans mélange de notre propre intérêt. Or, les actes de charité qui se font autour de ceux que nous aimons de cette sorte sont mille fois plus parfaits, d’autant que tout tend purement à Dieu ; mais les services et autres assistances que nous faisons à ceux que nous aimons par inclination sont beaucoup moindres en mérite, à cause de la grande complaisance et satisfaction que nous avons à les faire, et que, pour l’ordinaire, nous les faisons plus par ce mouvement que par l’amour de Dieu.

Souvent nous pensons aimer une personne pour Dieu, et nous l’aimons pour nous-mêmes ; nous nous servons de ce prétexte, et disons que c’est pour cela que nous l’aimons, mais en vérité nous l’aimons pour la consolation que nous en avons.

Saint François de Sales (1567-1622), Vrais Entretiens, « De la désappropriation »

MÉDITER LE NOTRE PÈRE

Il est relativement rare de devoir pardonner une offense grave et caractérisée. Le plus souvent, notre prochain nous use par ses défauts, ses manières d’être, ses petits travers, bref, par tout ce qui nous ressemble trop pour ne pas nous agacer. Supporter les autres, voilà le pardon au quotidien, et voilà pourquoi le Notre Père nous fait demander chaque jour la grâce de pardonner.

La charité est sans calcul ; elle rejoint librement et gratuitement le prochain sans souci d’y gagner quoi que ce soit, tout en sachant qu’elle y gagnera un frère même si elle y perd son temps et son argent. La charité se fonde sur la foi : la vérité de ce voisin gênant, de ce cousin ennuyeux, de ce collaborateur déplaisant, est Jésus-Christ, à l’image de qui il a été aimé, appelé, créé et sauvé.

Lorsque les défauts du prochain nous donnent l’occasion d’un acte de pure charité, ne l’évitons pas, lançons un pont, recevons un frère : ce n’est pas être naïf, mais réaliste. Aimer son prochain comme soi-même est la seule façon de construire une communauté de personnes, et non une société anonyme.

VIVRE LE NOTRE PÈRE

Si chaque jour nous allions délibérément vers une personne que nous aurions tendance à éviter, notre entourage en serait probablement transformé. Pourquoi pas ? Commençons dès aujourd’hui.

L´Auteur :

François de Sales (Saint, 1567-1622)

Noble savoyard, après une éducation de gentilhomme et de juriste à Paris et à Padoue, il entre dans les ordres et ramène au catholicisme le nord de la Savoie. Évêque de Genève en 1602, il réside en fait à Annecy, et réforme son diocèse dans l’esprit du Concile de Trente. En 1610, il inaugure une nouvelle forme de vie consacrée en fondant la Visitation avec Jeanne de Chantal. L’activité pastorale épuisante de François de Sales reposait sur une vie intérieure des plus riches, dont témoignent autant son enseignement « grand public » (dans l’Introduction à la Vie dévote et dans sa correspondance) que son magistral Traité de l’Amour de Dieu. Directeur spirituel, prédicateur, diplomate, écrivain… : un des maîtres absolus de la contre-réforme catholique !