Samedi 11 Avril 2026

Samedi de Pâques

Le paradis retrouvé

L'Église, Épouse du Christ, est conduite dans le jardin de son Bien-Aimé, et elle cueille les beaux fruits de l'arbre de vie1. Ces fruits ont le goût du Pain descendu du ciel2 et la couleur du sang du Christ. Elle voit ensuite la mort frappée à mort et le triomphe de celui qui l’a frappée ; elle le voit conduire les captifs des enfers sur la terre, et de la terre dans les hauteurs3, pour qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse, au ciel, sur terre et aux enfers4.

Puis l'Église se tourne vers la terre qui produisait épines et ronces sous l’antique malédiction, et qui refleurit sous la grâce renouvelée de la nouvelle bénédiction, se souvenant de ce verset : "Ma chair a refleuri, et de toute ma force je proclamerai son nom."5

...L’ Époux se réjouit à l’odeur de tels parfums célestes ; il pénètre souvent et volontiers dans la chambre nuptiale du cœur qu’il trouve plein de ce genre de fruits et orné de ce genre de fleurs, c’est-à-dire du cœur occuper à méditer avec application la grâce de sa Passion ou la gloire de sa Résurrection. Oui, lui aussi met son application à y demeurer, et bien volontiers. Les souvenirs de la Passion sont comme les fruits de l’année passée, et de tous les temps qui se sont écoulés sous la domination du péché et de la mort6, et qui sont apparu à la plénitude du temps7. Quant aux splendeurs de la Résurrection, ce sont les fleurs nouvelles du temps nouveau qui lui fait suite, celui de la vie qui reverdit pour une nouvelle saison de grâce, dont la future et universelle résurrection produira à la fin des temps le fruit qui durera sans fin.

Oui, dit l'Église, "l’hiver s’en est allé, la pluie s’est éloignée et a disparu, les fleurs sont apparues sur notre terre."8 Elle indique l’arrivée de cette belle saison en considérant celui qui est passé du gel de la mort à cette douceur de la vie nouvelle, et qui déclare : "Voici que je fais toute chose nouvelle !"9 Sa chair a été semée dans la mort10, elle a refleuri dans la résurrection, et à son parfum, ce qui était aride bientôt reverdit sur notre terre, ce qui était froid se réchauffe, et ce qui était mort reprend vie.

  1 Gn 2,22        2 Jn 6,41        3 Ep 4,8        4Ep 2,10        5Ps 28, 7        6Rm 5,21        7Ga 4, 4        8Ct 2,11-12        9Ap 21,5        10I Co 15,42

Saint Bernard (1090-1153), Traité de l’Amour de Dieu, III, 7

L´Auteur :

Bernard (Saint, 1090-1153)

Né en 1090 dans une noble et nombreuse famille bourguignonne, après avoir fréquenté l’école canoniale de Châtillon-sur-Seine où il aura reçu une excellente culture classique, Bernard entre au monastère de Cîteaux en 1112, accompagné d’une trentaine de ses cousins. Fondée en 1098 par Robert de Molesme, cette première abbaye « cistercienne » s’est détachée de Cluny pour vivre de plus près les observances de la règle de saint Benoît : face à la magnificence de Cluny, Cîteaux recherche une vie simple, une architecture sobre et une prière plus intérieure. Bientôt abbé de Clairvaux, fondation de Cîteaux à côté de Bar-sur-Aube, Bernard sera en fait le vrai propagateur de ce renouveau monastique. Le succès en est énorme, et notamment les cinq frères de Bernard le rejoignent à Clairvaux, qui sera à l’origine de 341 filiales à la mort de Bernard en 1153 ! En même temps que rénovateur de la vie monastique, Bernard, « le dernier des Pères de l’Église », dit-on parfois, aura une importance considérable dans la littérature occidentale : ses sermons sur le Cantique des cantiques, associant les commentaires des Pères grecs aux thèmes courtois des troubadours de son époque, fondent pour les siècles suivants une nouvelle façon de parler de l’expérience de Dieu. Par ailleurs prédicateur populaire, conseiller des rois et des papes, arbitre des conflits de son époque, Bernard fut un personnage immense, comparable à un saint Augustin pour son influence sur le cours de l’histoire de l’Église.