Jeudi 9 juillet 2026

Saint Augustin ZhaoRong et ses compagnons

Connaissance naturelle et connaissance spirituelle

Il existe une connaissance qui précède la foi, et il en est une qui naît de la foi. La connaissance qui précède la foi est la connaissance naturelle, et celle qui naît de la foi est la connaissance spirituelle. Il existe une connaissance naturelle qui a pour fonction de discerner le bien du mal ; on l’appelle discernement naturel ; par elle, nous connaissons ce qui est bien et le distinguons du mal naturellement, sans en avoir été enseignés. Cette connaissance a été implantée par Dieu dans la nature raisonnable ; grâce à l’enseignement, elle croît et se développe. Il n’est personne qui en soit dépourvu. Ce pouvoir [qui caractérise] la connaissance de l’âme raisonnable est le discernement du bien et du mal, qu’elle peut constamment exercer. Les êtres qui en sont privés sont inférieurs à la nature raisonnable ; ceux qui le possèdent sont conformes à la nature de leur âme, et il ne leur manque rien de ce que Dieu a accordé à cette nature pour honorer son caractère raisonnable. Mais à ceux qui ont perdu cette connaissance qui permet de distinguer le bien du mal, le Prophète adresse ce blâme : « L’homme, quand il était dans l’honneur, n’a pas compris » (Ps. 48, 13). Cet honneur qui appartient à la nature raisonnable, c’est le discernement, qui permet de reconnaître le bien du mal, et c’est à juste titre que ceux qui l’ont perdu sont assimilés aux « animaux sans raison », qui n’ont ni intelligence, ni discernement.

Grâce à cette connaissance, nous pouvons trouver le chemin de Dieu. Elle est la connaissance naturelle, qui précède la foi et qui est le chemin vers Dieu. Par elle, nous savons discerner le bien du mal, et accueillir la foi. En outre, le pouvoir de la nature témoigne de ce que l’homme doit croire en Celui qui a créé toutes choses, croire dans ses commandements et les accomplir. Ensuite, de la foi naît la crainte de Dieu ; et quand celle-ci est accompagnée par les œuvres, et qu’un certain progrès s’accomplit, elle engendre la connaissance spirituelle, dont nous avons dit qu’elle naît de la foi.

La connaissance naturelle, qui est le discernement du bien et du mal, et qui est implantée par Dieu dans notre nature, nous persuade qu’il faut croire en Dieu, au Créateur de toutes choses. La foi engendre en nous la crainte, et celle-ci nous oblige à nous repentir et à nous mettre au travail. Et c’est ainsi qu’est donnée à l’homme la connaissance spirituelle, qui est la sensation spirituelle des mystères, laquelle engendre « la foi qui voit véritablement».Toutefois, la connaissance spirituelle n’est pas engendrée seulement par la simple foi ; mais la foi engendre la crainte de Dieu, et, quand nous commençons à agir sous l’emprise de celle-ci, de son impulsion naît la connaissance spirituelle, comme le dit saint Jean Chrysostome : « Quand un homme rend sa volonté conforme à la crainte de Dieu et à la droite raison, il reçoit rapidement la révélation des choses cachées. » Ce que le saint appelle « révélation des choses cachées », c’est la connaissance spirituelle.

Ce n’est pas toutefois la crainte de Dieu qui engendre cette connaissance spirituelle, car ce qui n’est pas inhérent à la nature ne peut pas être engendré par elle ; mais la connaissance est accordée comme un don en réponse à l’œuvre inspirée par la crainte de Dieu. Si tu recherches soigneusement quelle est cette œuvre qu’inspire la crainte de Dieu, tu trouveras que c’est le repentir, qui conduit à la connaissance spirituelle. Comme nous l’avons dit, nous recevons le gage de cette connaissance au baptême ; mais par le repentir, nous en obtenons pleinement le don. Et ce don, que nous recevons du repentir, comme nous l’avons dit, est lui-même la connaissance spirituelle, qui nous est donnée, moyennant l’action de la crainte. Cette connaissance spirituelle est la sensation spirituelle des choses cachées. Et quand quelqu’un perçoit ainsi quelque chose de ces réalités invisibles et qui dépassent absolument toute autre réalité — d’où le nom de connaissance spirituelle — il naît de cette perception une autre foi, qui n’est pas contraire à la foi initiale, mais qui la confirme. On l’appelle « la foi qui voit ». Jusque là, on connaissait par l’audition ; maintenant, par la vue ; et la vue est incomparablement plus sûre que l’audition.

Tout cela procède de cette connaissance qui discerne le bien du mal et qui est inhérente à notre nature. Elle est la bonne semence de la vertu, comme on l’a expliqué. Mais quand nous recouvrons cette connaissance naturelle du voile de notre volonté amie du plaisir, nous perdons tous ces biens. Et à la suite de la connaissance naturelle viennent l’aiguillon continuel de la conscience, le souvenir incessant de la mort, une anxiété qui tourmente l’âme jusqu’à son départ ; après cela, la tristesse, le découragement, la peur de Dieu, une honte naturelle, le regret des fautes antérieures, le sérieux qui s’impose, le souvenir de la commune voie qui achemine chacun vers la mort, le souci des provisions dont il faudrait être muni pour la route, la prière adressée à Dieu dans le repentir pour obtenir de franchir heureusement cette porte par laquelle doit passer toute notre nature, le mépris du monde et un plus grand combat pour la vertu. Tout cela dérive de la connaissance naturelle. Que chacun donc confronte sa conduite avec ces choses. S’il s’y reconnaît, c’est qu’il suit la voie de la nature. S’il les a dépassées et est parvenu à la charité, c’est qu’il s’est élevé au-dessus de la nature ; le combat, la crainte, le labeur, la fatigue l’ont complètement quitté. Ces choses sont aussi des conséquences de la connaissance naturelle, et nous les trouvons en nous si nous ne recouvrons pas cette connaissance du voile de notre volonté amie du plaisir. Nous y demeurons, jusqu’à ce que nous parvenions à la charité qui nous libère de tout le reste. Que chacun donc s’examine par rapport à ce que nous avons dit et voie sur quel chemin il s’avance : celui de ce qui est contraire à la nature, celui de ce qui est selon la nature, ou celui de ce qui surpasse la nature.

D’après les indications que nous avons données, chacun pourra reconnaître clairement et facilement ce qui dirige toute sa vie. Si cela ne se trouve pas parmi les choses qui sont selon la nature, telles que nous les avons définies, ni parmi celles qui sont au-dessus de la nature, il est clair qu’il s’est abandonné à celles qui sont contre la nature. A notre Dieu soit la gloire dans les siècles. Amen.

Saint Isaac le Syrien, Discours ascétiques, 18

L´Auteur :

Isaac le Syrien (Saint, 640-700)

Né dans l'actuel Qatar, moine très jeune, saint Isaac le Syrien est sacré, vers 676, évêque de Ninive. Très rapidement, il renonce à cette charge qui l’empêche de continuer sa vie d’ermite. Il entre au monastère de Rabban Shabur sur le mont Shoustar (Kurdistan septentrional) et finit aveugle. Il meurt à une date inconnue. Ses écrits ont profondément marqué la tradition spirituelle orientale.