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Samedi 11 juillet 2026 Saint Benoît de Nursie La gloire de l'humilité Il ne suffit pas qu’un homme soit bon et calme, ou prudent et doux, pour qu’il ait atteint le degré de l’humilité. Est véritablement humble celui qui a, dans le secret de son âme, de quoi s’enorgueillir, et ne s’enorgueillit pas, mais considère cela comme de la poussière. Nous n’appelons pas non plus humble, bien que la chose soit digne de louange, celui qui s’humilie en se rappelant ses fautes et ses manquements, et qui en garde mémoire jusqu’à ce que son cœur se brise et que son intellect ait fait disparaître en lui-même les pensées d’orgueil. Car l’esprit d’orgueil garde contre lui sa force, et il n’a pas acquis l’humilité, mais il s’en approche au moyen de diverses considérations. Même si la chose est louable, comme je l’ai dit, il n’a pas encore l’humilité. Il la veut, mais il ne la possède pas. L’humble parfait est celui qui n’a pas besoin de chercher des raisons et de procéder à des considérations pour être humble. Mais en toutes choses, d’une façon naturelle et parfaite, il se comporte humblement, sans avoir à réfléchir laborieusement pour cela. Il a reçu en lui-même l’humilité, comme un grand charisme qui dépasse toute la création et toute la nature. Il se voit à ses propres yeux comme un pécheur, comme un homme de rien et méprisable. Il a pénétré par la contemplation dans le mystère de toutes les natures spirituelles, il possède une grande sagesse concernant toute la création, et cependant il se considère comme ne sachant absolument rien. Et cette conviction ne procède pas de la réflexion, mais, sans se forcer, il est ainsi dans son cœur. Mais est-il possible qu’un homme devienne tel ? La nature peut-elle produire en lui ce changement ? Non. Mais n’en doute pas, la force mystérieuse que l’humble a reçue le rend parfait en toute vertu. C’est la force même que reçurent les bienheureux apôtres sous forme de langues de feu (Act., 1, 8). C’est pour cela que le Sauveur leur avait ordonné de ne pas quitter Jérusalem jusqu’à ce qu’ils aient reçu la puissance d’en haut (Act.,1, 4), c’est-à-dire le Paraclet, dont le nom signifie « Esprit consolateur ». C’est là ce qu’avait dit la divine Écriture à son sujet : « Les mystères sont révélés aux humbles » (Sir.,3, 19). C’est cet Esprit des révélations, qui fait connaître les mystères, que les humbles ont été jugés dignes de recevoir en eux-mêmes. C’est pourquoi certains saints ont dit que l’humilité rend l’âme parfaite par des contemplations divines. Que nul donc n’ose s’imaginer qu’il est parvenu à la véritable humilité parce qu’un mouvement de componction lui sera venu à un certain moment, ou parce qu’il aura versé quelques larmes, ou parce qu’il possède quelque qualité qui lui est naturelle ou qu’il a acquise en se forçant. Il prétend ainsi obtenir en peu de temps et avec peu de travail ce qui est la plénitude de tous les mystères et la citadelle de toutes les vertus et il croit que c’est là le don de l’humilité. Mais si un homme a vaincu tous les esprits adverses, s’il n’est pas d’œuvres qu’il n’ait accomplies ni de vertus qu’il n’ait acquises, si, après avoir renversé et soumis toutes les forteresses des ennemis, il a senti spirituellement en lui-même qu’il a reçu ce charisme, — car l’Esprit rend témoignage à son esprit, selon la parole de l’Apôtre (Rom., 8, 16), – c’est là la perfection de l’humilité. Bienheureux celui qui l’a obtenue, car à toute heure il embrasse et étreint le sein de Jésus. Mais quelqu’un demandera : « Que dois-je faire ? Comment puis-je acquérir l’humilité ? De quelle façon serai-je rendu digne de la recevoir ? Vois, je me fais violence à moi-même, et quand je crois l’avoir acquise, je m’aperçois que des pensées qui lui sont contraires tourbillonnent dans ma pensée. Et aussitôt je tombe dans le désespoir. » A celui qui interroge ainsi, on répondra : « Il suffit au disciple d’être comme son Maître et au serviteur d’être comme son Seigneur » (Mt, 10, 25). Vois comment l’a acquise Celui qui prescrit l’humilité et en fait don. Deviens-lui semblable, et tu la trouveras. Lui-même a dit : « Le Prince de ce monde vient, et il ne trouvera rien en moi » (Jn., 14, 30). Vois-tu comment c’est par la perfection de toutes les vertus qu’il est possible d’acquérir l’humilité ? Imite Celui qui nous l’a prescrite : « Les renards, a-t-il dit, ont des tanières et les oiseaux du ciel des nids, mais le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer sa tête » (Mt.,8, 20), lui qui est glorifié par tous ceux qui ont atteint la perfection, la sanctification et la plénitude dans toutes les générations, avec le Père qui l’a envoyé et avec le Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. Saint Isaac le Syrien, Discours ascétiques, 20
L´Auteur : Isaac le Syrien (Saint, 640-700) Né dans l'actuel Qatar, moine très jeune, saint Isaac le Syrien est sacré, vers 676, évêque de Ninive. Très rapidement, il renonce à cette charge qui l’empêche de continuer sa vie d’ermite. Il entre au monastère de Rabban Shabur sur le mont Shoustar (Kurdistan septentrional) et finit aveugle. Il meurt à une date inconnue. Ses écrits ont profondément marqué la tradition spirituelle orientale. ![]() |