Jeudi 23 avril 2026

Bienheureuse Marie-Gabrielle Sagheddu

Religieuse au monastère de Grottaferrata (+ 1939)

Le bon usage de nos péchés

    Vous me demandez si une âme ayant le sentiment de sa misère peut aller à Dieu avec une grande confiance. Or, je réponds que non seulement l’âme qui a la connaissance de sa misère peut avoir une grande confiance en Dieu, mais elle ne peut avoir une vraie confiance qu’elle n’ait la connaissance de sa misère ; car cette connaissance et confession de notre misère nous introduit devant Dieu.

    Ainsi, tous les grands saints, comme Job, David et les autres, commençaient toutes leurs prières par la confession de leur misère et indignité ; de sorte que c’est une très bonne chose de se reconnaître pauvre, vil, abject, et indigne de comparaître en la présence de Dieu. Plus nous nous connaîtrons misérables, plus nous nous confierons en la bonté et miséricorde de Dieu ; car entre la miséricorde et la misère il y a une certaine liaison si grande, que l’une ne se peut exercer sans l’autre. Si Dieu n’eût point créé l’homme, il eût été vraiment tout bon, mais il n’eût pas été actuellement miséricordieux, car la miséricorde ne s’exerce qu’envers les misérables.

    Vous voyez donc que plus nous nous connaissons misérables, plus nous avons occasion de nous confier en Dieu, puisque nous n’avons rien de quoi nous confier en nous-mêmes. La défiance de nous-mêmes provient de la connaissance de nos imperfections. Il est bien bon de se défier de soi-même, mais de quoi nous servirait-il de le faire, sinon pour jeter toute notre confiance en Dieu et nous attendre à sa miséricorde.

Saint François de Sales (1567-1622), Vrais Entretiens, De la Confiance

MÉDITATION

    Une âme ne peut être consciente de son péché que dans la lumière de Dieu, que dans la grâce de Dieu.

    En revanche, une âme morte est inconsciente. Ce qui veut dire qu’au lieu de prendre la fuite quand nous nous rendons compte du péché, nous devons rendre grâce à Dieu pour cette lumière qui témoigne de son amour : cette lumière n’est pas pour nous accuser, mais pour nous sauver.

    « La confession de notre misère nous introduit devant Dieu » : une chose est savoir que l’on est pécheur, autre chose confesser effectivement son péché. S’il faut répéter le Notre Père, s’il faut chaque jour demander le pain du jour, s’il faut chaque jour demander pardon à Dieu, c’est pour prendre toute notre responsabilité dans l’accueil de la grâce de Dieu.

    « Il est bon de se défier de soi-même » : que chacun de nos péchés soit l’occasion de nous remettre dans la vérité de notre dépendance de Dieu.

    Ne gaspillons pas nos péchés ! En fait, ils sont les plus puissants ressorts de notre progrès spirituels, puisqu’ils sont l’occasion de grandir dans l’humilité, cette vertu dont dépendent toutes les autres, nous disent tous les maîtres. Voilà pourquoi, lorsque nous nous confessons, veillons à bien les désigner : on n’est pas pécheur « en général », mais tel jour, à tel endroit, nous avons trahi le Christ ; non pas : « je suis un peu gourmand », mais : « lundi, je me suis rendu malade en abusant d’un plat qui me plaisait. ».

L´Auteur :

François de Sales (Saint, 1567-1622)

    Né en 1567 au château de Thorens, entre Annecy et Genève, aîné d’une ancienne et noble famille savoyarde, saint François de Sales était destiné à une brillante carrière politique. Malgré les réticences de son père, après ses études à Paris et à Padoue, il entre dans les ordres et devient bien vite un modèle de pasteur réformateur dans l'esprit du Concile de Trente. Sa patience et sa douceur ramènent au catholicisme le nord de la Savoie, la force de sa prédication raniment la ferveur de son diocèse dont il devient l’évêque en 1602, la profondeur et l’intelligence de son enseignement en font le grand éducateur des âmes du XVIIe siècle. Par ailleurs, il inaugure une nouvelle forme de vie consacrée en fondant la Visitation avec Jeanne de Chantal. L’amitié spirituelle du fondateur et de la fondatrice, telle qu’en témoigne leur magnifique correspondance, fait partie des plus belles