Lundi 16 février 2026

Sainte Lucile

(IVe siècle)

Quel est donc ce royaume ?

Nous demandons que le règne de Dieu arrive en nous, tout comme nous réclamons que son nom soit sanctifié en nous. En effet, y aurait-il un moment où Dieu ne régnerait pas ? Et chez lui, quand donc aurait commencé ce qui a toujours été et qui n’a jamais cessé d’être ? Ce royaume dont nous demandons à Dieu qu’il advienne, c’est le nôtre, car il nous l’a promis au prix de son sang et de sa passion. Ainsi, nous qui l’aurons d’abord servi ici-bas, nous régnerons ensuite avec le Christ Seigneur, comme lui-même l’a assuré en disant : « Venez, les bénis de mon Père, recevez le royaume préparé pour vous dès l’origine du monde. » (Mt 25, 34).

Il est possible aussi, frères bien-aimés, que le Christ lui-même soit le royaume de Dieu, dont nous désirons chaque jour la venue, et dont nous souhaitons au plus vite qu’il nous apparaisse. En effet, comme il est lui-même notre résurrection, puisque c’est en lui que nous ressusciterons, il peut être compris aussi comme le royaume de Dieu, puisque c’est en lui que nous régnerons.

Il est bon cependant de demander le royaume de Dieu en tant que royaume céleste, car il y a aussi un royaume terrestre. Mais qui a déjà renoncé à celui d’ici-bas, y gagne en honneur et en puissance, et c’est pourquoi celui qui s’est donné à Dieu et au Christ désire non pas les royaumes terrestres, mais celui du ciel.

Saint Cyprien de Carthage († 258), Sur l’Oraison dominicale, 3

MÉDITATION

En acceptant d’être fils, nous permettons à Dieu d’accomplir son dessein d’amour sur nous. Après avoir demandé de recevoir sa sainteté, nous demandons de recevoir sa puissance, et nous demanderons enfin le plein accomplissement de sa volonté : Dieu veut se donner à nous, Dieu ne veut plus être Dieu qu’en nous, mais encore faut-il que nous l’acceptions. Il dépend de nous que Dieu règne ou ne règne pas en nous, et qu’il règne ou ne règne pas en ce monde.

Le titre du Christ-Roi de ce royaume, que nous célébrons au terme de l’année liturgique comme pour la résumer, nous rappelle l’échéance chrétienne par excellence : la Parousie, c’est-à-dire la manifestation glorieuse de Jésus à la fin des temps. D’ici là, la royauté du Christ, parfaite dans les cieux, se propage sur la terre au rythme de la foi de ses disciples, l’Église étant ce royaume en croissance.

Demander que vienne le règne de Dieu, c’est à la fois vivre ici-bas la royauté du Christ en nous et hors de nous, et espérer ce grand rendez-vous du jour où Dieu sera tout en tous, parce que tout aura été soumis au Christ (I Co 15, 27s). D’ici là, ceux qui ont renoncé aux royaumes terrestres par une vie consacrée au royaume céleste, notamment ceux qui ont embrassé l’état religieux, sont autant de signes prophétiques de ce royaume définitif où nous régnerons avec le Christ.

L´Auteur :

Cyprien de Carthage (Saint, † 258)

Berbère converti au christianisme, Cyprien devient évêque de Carthage au moment de la persécution de Dèce. Dans une situation délicate entre une Église d’Afrique divisée par les schismes et une certaine incompréhension de Rome, il finira exilé puis martyre. Il laisse une œuvre théologique importante dont s’inspirera saint Augustin.