Vendredi 28 août 2026

Bienheureux Alphonse-Marie du Saint-Esprit

Prêtre polonais et martyr (+ 1944)

Le silence de Marie et de Jésus

J’aimerais beaucoup mieux entendre parler de Jésus, que de parler de Jésus ; car cet état de silence que je vois en Jésus me ravit et m’attire au silence, comme aussi je vois qu’il ravit et attire au silence sa très sainte Mère. Et je choisirais plus volontiers de tenir compagnie à Jésus et à Marie en leur silence, qu’à tout le reste du ciel et de la terre, et qu’à ceux même qui, au rapport de l’Évangile, parlent si hautement et si divinement des merveilles arrivées en ces jours.

Aussi est-ce le partage de la Vierge en ce saint temps d’être en silence. C’est son état, c’est sa voie, c’est sa vie. Sa vie est une vie de silence qui adore la Parole éternelle. En voyant devant ses yeux, en son sein, en ses bras, cette même Parole, la Parole substantielle du Père, être muette et réduite au silence par l’état de son enfance, elle entre en un nouveau silence et y est transformée à l’exemple du Verbe incarné qui est son fils, son Dieu et son unique amour.

Qui parlerait plus dignement, plus hautement, plus divinement de choses si grandes, si profondes, si divines, que celle qui est la Mère du Verbe éternel, et en laquelle et par laquelle ces choses-là même ont été accomplies, et qui est la seule personne que la Trinité a choisie et jointe à soi pour opérer ces merveilles ?

Ce silence de la Vierge n’est pas un silence de bégaiement et d’impuissance, c’est un silence de lumières et de ravissement, c’est un silence plus éloquent, dans les louanges de Jésus, que l’éloquence même.

Pierre de Bérulle (1575-1629), Opuscule de piété XXXIX

Méditation

Au moment où l’on parle tant d’évangélisation, remarquons le silence de Jésus et de Marie, alors qu’ils auraient eu apparemment tant à dire ! Dieu n’est pas bavard, et « il nous a tout dit en une seule fois en nous donnant son Fils » (saint Jean de la Croix).

Jésus ne vient pas nous donner des leçons, ou nous démontrer l’existence de Dieu, mais vivre tout simplement ce que nous vivons tous, et c’est dans notre vie la plus banale que nous le rencontrerons.

On se plaint souvent de la baisse d’influence de l’Église dans nos vieux pays anciennement chrétiens ; disons plutôt que Dieu nous impose le silence, peut-être pour que nous revenions à l’essentiel, et découvrions que l’important n’est pas d’avoir raison, mais de suivre le Christ.

L´Auteur :

Bérulle (Pierre de, 1567-1629)

    Bérulle fut au départ de ce que l’on appelle « l’École française de spiritualité ». D'une famille de parlementaires parisiens, associé de près à la politique religieuse de Henri IV puis de Louis XIII, Bérulle sera au cœur du Tout-Paris dévot au lendemain des guerres de religion, ce qui en fait l’un des acteurs principaux du prodigieux renouveau spirituel et mystique né dans ce milieu. Il participera à l’introduction du Carmel thérésien en France en 1604, aura son mot à dire dans la réforme de nombreuses congrégations, et fondera l’Oratoire de France en 1611, société de prêtres vivant l'idéal du Concile de Trente.

    Les écrits de Bérulle reflètent ses lectures des Pères de l’Église et de saint Thomas, mais aussi des mystiques nordiques, dont il reçoit l’intuition fondamentale de son œuvre : la vie chrétienne comme « appropriation » des mystères de la vie de Jésus, nous introduisant dans sa relation éternelle à son Père.