Vendredi 20 février 2026

Vendredi après les Cendres

Abstinence de viande

Pourquoi se priver durant le carême ?

Pour comprendre la nécessité de faire des efforts, de se priver et de jeûner, spécialement durant le carême, il faut d’abord prendre conscience d’une infirmité. Nous naissons porteurs d’une déformation de notre volonté : laissés à nous-mêmes, nous ne désirons pas ce qui nous rendrait heureux, et nous désirons ce qui nous rendra malheureux. On sait bien que l’argent ne fait pas le bonheur, ni le pouvoir, ni le confort, etc., et pourtant, bien souvent nous voulons l’argent d’abord, le pouvoir d’abord, le confort d’abord, etc. Il y a en nous deux hommes qui luttent, l’un combattant pour la raison, et l’autre pour la déraison, l’un qui voudrait plus qu’il ne veut, et l’autre qui veut plus qu’il ne voudrait.

Comment expliquer ce divorce entre moi-même et moi-même ?

En fait, ce n’est plus moi qui agis, c’est le péché, lui qui habite en moi. En effet, ce qui est à ma portée, c’est de vouloir le bien, mais pas de l’accomplir. Et si je fais le mal que je ne voudrais pas, alors ce n’est plus moi qui agis ainsi, mais c’est le péché, lui qui habite en moi.

"Le péché qui habite en moi" : voilà l’explication. Et comme il est en moi avant même que je m’en aperçoive, on l’appelle péché "originel". Comment est-il entré, c’est une autre question que nous ne poserons pas aujourd’hui, mais le résultat est là :

Au plus profond de moi-même, je prends plaisir à la loi de Dieu, mais, dans les membres de mon corps, je découvre une autre loi, qui combat contre la loi que suit ma raison et me rend prisonnier de la loi du péché. Ainsi, moi, par ma raison, je suis au service de la loi de Dieu, et, par ma nature charnelle, au service de la loi du péché.

Saint Paul aux Romains, 7, 15-25

Il faudra donc des efforts pour redresser notre volonté, et cela sera ressenti comme pénible. Voilà pourquoi il nous faut lutter, nous priver, prendre et reprendre des résolutions, mais nous voyons que ce qui résiste en nous n’est pas dû à la volonté de Dieu, mais à la nôtre qui, mystérieusement, ne veut plus spontanément ce que Dieu veut et qui nous rendrait heureux. Certes,

Jésus n’a pas pris plaisir sans nécessité de nous prescrire des maximes si rudes que celles de l’Évangile. Il connaît, par sa sagesse, que la corruption de notre intérieur est grande, que notre inclination est continuelle vers les créatures, et que, partant, pour vivre en son amour, il faut des renversements et des mortifications continuelles.

Jean de Bernières-Louvigny, Le Chrétien intérieur

Peut-être aurions-nous préféré naître sans le péché originel ? Mais que serait un amour sans liberté ?

Nous ayant créés libres, Dieu nous gouverne en conséquence. Il a jugé meilleur de faire sortir le bien du mal, que d’empêcher le mal au prix de notre liberté. Il veut donc que nous ayons à lutter contre nos mauvaises inclinations, nos passions déréglées et les ennemis du dehors.

Vital Lehodey, Le saint Abandon

L´Auteur :

Bernières-Louvigny (Jean de, 1602-1659)

Normand, Jean de Bernières-Louvigny consacrera sa fortune et ses relations à la vie religieuse de Caen, tout en assurant l’intendance de nombreuses entreprises missionnaires et charitables.

Lehodey (Vital, 1857-1948)

Né près de Coutances, Vital Lehodey entre à la Trappe de Bricquebec (Manche) en 1890, et en devient l'abbé en 1895.