Mercredi 28 janvier 2026

Sainte Agathe Lin

et ses compagnons, Jérôme Lou et Laurent Ouang, martyrs (+ 1858)

Devenir raisonnable

Que je ne sois pas, mon Dieu, vaincu par la chair et le sang, trompé par le monde et sa gloire fugitive ; que le dé­mon et ses ruses ne l’emportent pas sur moi.

Donne-moi la force pour résister, la patience pour suppor­ter, la constance pour persévérer.

Donne-moi, au lieu de toutes les consolations du monde, la très douce onction de ton esprit, et au lieu de l’amour terrestre, pénètre-moi de l’amour de ton nom.

Manger, boire, se vêtir et les autres choses nécessaires pour soutenir le corps, sont une charge pour l’esprit fervent. Fais que j’use de ces soulagements avec modération et que je ne les recherche point avec trop de désir.

Rejeter tout cela n’est pas permis, parce qu’il faut soutenir la nature ; mais une loi sainte défend de rechercher tout ce qui est au-delà du besoin et ne sert qu’à plus de plaisir ; car autrement, la chair se dresserait contre l’esprit.

Que ta main, Seigneur, me conduise entre ces deux extrê­mes, afin qu’instruit par toi je sois préservé de tout excès.

Thomas a Kempis (1379?-1471), Imitation de Jésus-Christ, Livre III, 26

MÉDITATION   

«Que je ne sois pas vaincu par la chair et le sang, trompé par le monde et sa gloire fugitive...» Le jeûne, alimentaire ou autre, est pour dénoncer les faux biens, non pas pour détrui­re les vrais. Aussi vise-t-il l’équilibre dans l’usage de ce que Dieu nous donne dans la création : «Une loi sainte défend de rechercher tout ce qui est au-delà du besoin et ne sert qu’à plus de plaisir.»

 Non, il ne suffit pas qu’une chose ne soit pas formellement interdite pour qu’elle soit bonne : une voiture supérieure à mes besoins, un voyage entrepris pour me faire remarquer de mes amis, des habits achetés pour être regardé(e), bref, tout ce que je recherche «pour me faire plaisir» est autant de perdu pour «la très douce onction de ton esprit».

 Arrêtons-nous pour reprendre conscience de notre vraie vocation et du seul vrai bonheur possible : vivre selon l’Esprit, et non selon la chair, même si notre esprit à nous est incarné.

L´Auteur :

Thomas a Kempis (1379 ?-1471)

Né à Kempen (au nord de Cologne), Thomas passe son adolescence à Deventer, chez les Frères de la Vie commune, foyer de la «Dévotion moderne» : dans la ligne de Ruus­broec l’Admirable († 1381), les Frères y cultivaient à la fois l’oraison et l’étude des grands auteurs de la Tradition. En­tré vers 1400 chez les chanoines réguliers du Mont-Sain­te-Agnès, c’est comme maître des novices qu’il rédige des milliers de pages de méditation et de pédagogie intérieure.