Lundi 9 mars 2026

Jésus, réellement mort !

« Si tu manges du fruit, tu mourras de mort ! » (Gn 2, 17) Adam et Ève en ont mangé, mais Dieu ne les a pas abandonnés à la mort, et Jésus a voulu vivre avec nous ce retour au néant dont nous avait tirés la parole créatrice du Père :

Comme Jésus-Christ a voulu passer par tous les états de la vie humaine et mortelle, afin d’y honorer son Père éternel, et de les bénir et sanctifier pour nous, il nous faut maintenant l’adorer dans l’état de mort dans lequel il a été l’espace de trois jours, et lui consacrer l’état de mort dans lequel nous devons être depuis le dernier moment de notre vie jusqu’au jour de la résurrection de la chair.

Saint Jean Eudes, Vie et Royaume de Jésus

« L’état de mort » : le vide absolu de ce qui n’est plus. Après avoir parcouru toutes les étapes de nos existences humaines, il restait à Jésus de pénétrer nos tombeaux, et d’y triompher définitivement de toutes les conséquences du péché :

Était-ce donc un lieu de mort que ce tombeau de Jésus ? Tout tombeau est un lieu de mort. Mais au fond, en réalité, pour la foi qui est la vraie lumière, était-ce la vie ou la mort qu’abritait cette tombe ? C’était la vie, une vie silencieuse, si l’on veut, une vie cachée et comme semée, attendant son moment pour éclore et paraître au monde, mais c’était bien la vie, et quelle vie ! Une vie haute, pleine, royale, maîtresse absolue d’elle-même, et qui, éclipsée trois jours pour l’avoir librement voulu, allait tout à l’heure éclater au-dehors et peu à peu tout envahir, plus forte que le temps, plus vaste que l’espace, plus profonde que l’enfer.

Oui, ce qui est mort en vous, ô mon Dieu, est plus vivant que tout le reste qui vit au ciel et sur la terre. Le grain de froment va refleurir en épi ; ce n’est pas même seulement un épi qu’il devient, c’est une moisson immense devant remplir la terre, persister jusqu’au dernier jour et nourrir divinement toute notre pauvre humanité.

Toute la vie de l’Église jusqu’à la fin des temps, toute vie surnaturelle donnée aux créatures, jaillit de ce rocher creusé où votre sacré corps a reposé trois jours : votre sépulcre est le grand baptistère où tous les enfants d’Adam se plongent, pour en renaître enfants de Dieu.

Charles Gay, 90 e élévation

Et cette plongée inverse radicalement le regard du chrétien sur sa propre mort : cette dernière étape de son passage sur la terre n’est plus la fin de sa vie, mais la fin de sa mort, car désormais,

Rien ne périt pour Dieu ; rien ne se dérobe à son œil infini ; rien ne sort de sa main ; et, nos restes fussent-ils dispersés aux quatre coins du monde, les quatre coins du monde obéiront à Dieu quand viendra l’heure, et rendront fidèlement leurs débris. Nous nous retrouverons donc dans notre vérité, dans l’absolue identité de notre être spirituel et corporel, chacun demeurant absolument lui-même.

Charles Gay, Sermon du 3 août 1851

L´Auteur :

Eudes (Saint Jean, 1601-1680)

D'une famille paysanne normande, lié à l'Oratoire de France, prédicateur infatigable, recours de tous les pauvres, fondateur de congrégations, il incarne la Normandie mystique du XVIIe siècle.

Gay (Charles, 1815-1892)

Figure exemplaire du retour à l’Église catholique des grandes familles bourgeoises après la Révolution française, Charles Gay sera évêque auxiliaire de Poitiers aux côtés du cardinal Pie.