Lundi 17 août 2026

Bienheureux Nicolas Politi

Ermite sur l'Etna à Monte Calanna en Sicile (+ 1157)

Quand la colère gronde…

C'est le propre d'un cœur extrêmement lâche et d'une âme fort basse, d'être vindicatif et de ne pouvoir digérer sa colère. Un bon estomac digère tout, et de tout tire du bon suc et du bon sang pour se nourrir ; l'autruche prend plaisir à manger les cailloux et les clous qu'on lui jette, et s'engraisse de tout cela. L'homme de bien tire du profit de tout ; nul ne lui fait plus de bien que ceux qui lui font beaucoup de mal.

Jamais vous ne savez mieux l'état de votre vie que par la bouche de votre ennemi, ni que par ses yeux de basilic qui vous empoisonnent en vous regardant d'un œil malin et tout plein de venin. Quand on demanda à saint François pourquoi Dieu permettait que, dans toutes les familles les plus saintes, il y eût toujours quelque malin esprit et quelque langue vipérine qui envenimait la candeur des autres : « Parce que, dit-il, les bons sans les méchants ne sauraient être bons ! »

Tant que l'amour de Dieu n'aura pas l'empire de votre cœur et que vous ne voudrez pas mollir votre courage pour pardonner à votre ennemi, soyez assuré que vos vertus ne seront pas vertus ; ou si elles le sont, ce seront des vertus turquesques et barbares, ce seront des vertus mortes et sans l'âme de la charité. Tout cela ne vous servira qu'à une plus grande confusion, et peut-être à une plus grande condamnation si vous n'y prenez garde.

Etienne Binet (1569-1639), Pratique solide de l'amour de Dieu, chap. XXIII

Méditation

Une famille est d'abord un rassemblement de pauvres pécheurs ! Aucune famille n'échappe aux conséquences bibliques du péché originel : « C'est de sa faute, pas de la mienne ! » À partir de là, la sainteté familiale suppose d'avaler beaucoup de couleuvres, et cela pour construire malgré la tentation que l'on aurait d'abandonner le chantier : l'autruche prend plaisir à manger les cailloux et les clous qu'on lui jette, et s'engraisse de tout cela.

Comment profiter des « cailloux et des clous » ? Au lieu de nous venger des « yeux de basilic » qui nous regardent parfois de travers, commençons par rester calme, puis profitons de la part de vérité qu'il y a toujours dans ce que l'on nous dit de désagréable, et n'agissons jamais sous l'empire de la passion.

Enfin et surtout, le regard juste sur nos frères est un regard de foi : ils sont nos frères parce que nous avons un même Père, quelles que soient nos divergences d'intérêt ou de caractère. Nos familles ne seront parfaites que dans le Royaume des cieux ; d'ici-là, nous sommes les uns pour les autres le chemin de sainteté qui nous y conduira.

L´Auteur :

Binet (Etienne, 1569-1639)

Jésuite né à Dijon, condisciple à Paris et ami de saint François de Sales, il lui sera associé dans les débuts de la Visitation dans la capitale. Ses nombreux ouvrages d’éducation spirituelle au ton enjoué, sont tout à fait dans la ligne salésienne d’une sainteté à la portée de tous.