Lundi 24 juin 2024

La Nativité de saint Jean Baptiste

Jean-Baptiste, ou le réalisme des saints

Dans la vue de l'incomparable saint Jean-Baptiste, certainement il faut bien se convaincre que ce que nous avons à faire n'est pas de beaucoup faire, mais de faire uniquement ce que Dieu tout bon et miséricordieux demande de nous. Il est vrai qu'entre les enfants des femmes, il n'y en a point eu de plus grand que lui (Mt 11, 11), il est vrai que tout est miséricordieux dans ce saint, il aura même la protection du Saint-Esprit dans les entrailles de sa bienheureuse mère, les anges révèleront sa naissance qui causera une joie extraordinaire : voilà de grands desseins dans la divine Providence, et cela se terminera à le laisser dans un désert durant trente ans, si inconnu qu'on ne savait même pas s'il était au monde ! Que fait-il dans ce désert durant trente ans ? Il n'y fait rien du tout à l'égard des emplois extérieurs pour la gloire de Dieu : une solitude perpétuelle, un silence continuel. S'il parle par la suite, à peine commence-t-il à prêcher qu'on le fait mourir.

Ce n'est donc pas à faire beaucoup, mais à faire ce que Dieu veut de nous, et rien si cela lui plaît, que consiste tout ce que nous avons à faire. Ô mon Dieu ! qu'il y aura de personnes qui n'auront rien fait aux yeux des hommes, et qui aux yeux de Dieu auront fait de grandes choses ! Et d'autres qui auront eu beaucoup d'éclat en des œuvres extérieures, et qui auront bien peu fait !

Henri-Marie Boudon, Lettre 241, à M. Bosguerard

MÉDITER :

Ce n'est pas à faire beaucoup, mais à faire ce que Dieu veut de nous que consiste tout ce que nous avons à faire. On a beau le répéter, on retombe toujours dans le piège de l’action pour l’action ; et c’est pour cela que lorsque nous commençons à prier, commençons par nous remettre devant l’impuissance des saints, celle de Jean-Baptiste aujourd’hui, mais parce que celle de Jésus toujours, dont la toute-puissance s'enferme dans la passivité du petit enfant de la crèche, et qui nous sauvera les pieds et les mains immobilisés sur la croix.

Dieu aurait pu créer mille mondes plus vastes et plus parfaits que le nôtre ; il n’a pas cru bon de le faire, ce qui montre bien que ce n'est pas ce qu'il cherche, et que faire le maximum n’est pas son but. Pourquoi cette frénésie de faire ? Le récit du péché originel nous montre la chute de l’homme comme un passage de l’être au faire, à l’illusion de produire quelque chose, comme si Dieu n’était pas seul créateur du ciel et de la terre, du visible et de l’invisible.

L’abandon consisterait-il à ne rien faire ? Les saints ne sont pas spécialement paresseux, mais ils sont réalistes, c’est-à-dire ajustés à ce que Dieu crée, si bien que leur efficacité est celle de Dieu. Que restera-t-il de nos entreprises à la fin du monde ? car le monde finira, et ce qui n’aura pas été fait par Dieu n’aura pas été fait du tout. La voie d’enfance est celle du retour au réel, là où nos propres projets ne sont bien souvent qu’une fuite dans les nuages.

L´Auteur :

Boudon (Vénérable Henri-Marie, 1624-1702)

Figure quelque peu oubliée, Henri-Marie Boudon est né en 1624 dans l'Aisne, d'une famille de parlementaires très liés à la cour : sa marraine ne fut autre que la sœur de Louis XIII. Sa formation le rattache au cercle normand formé à Caen autour de Jean de Bernières-Louvigny, d'où sont sortis les fondateurs des Missions étrangères de Paris, notamment François de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec, auquel Boudon succèdera comme archidiacre d'Evreux.

Apôtre zélé, il restaure spirituellement le diocèse d'Evreux travaillé par le jansénisme, mais doit s'en éloigner du fait de calomnies qui le poursuivront jusqu'à sa mort en 1702.

Grand lecteur des maîtres espagnols et français, Boudon laisse une trentaine d’ouvrages sur la vie intérieure. Il sera l'auteur préféré de saint Louis-Marie Grignon de Montfort, qui lui empruntera notamment sa célèbre consécration à la Sainte Vierge.