Mercredi 19 août 2026

Saint Jean Eudes

Fondateur des Eudistes et de l'Institut Notre-Dame de Charité (+ 1680)

Quand l'impatience explose…

La charité ne va pas jusqu'à demander de nous que nous ne voyions jamais les défauts d'autrui ; il faudrait nous crever les yeux ! Mais elle demande que nous évitions d'y être attentifs volontairement, sans nécessités, et que nous ne soyons pas aveugles sur le bon pendant que nous sommes si éclairés sur le mauvais. Il faut toujours nous rappeler les sujets que nous avons de nous mépriser nous-mêmes, et enfin considérer que la charité embrasse même ce qu'il y a de plus bas, parce qu'elle voit précisément, par la vue de Dieu, que le mépris qu'on a pour les autres a quelque chose de dur et de hautain qui éteint l'esprit de Jésus-Christ. La grâce ne s'aveugle pas sur ce qui est méprisable, mais elle le supporte pour entrer dans les secrets desseins de Dieu.

De ce que les autres sont faibles, est-ce une bonne raison pour garder moins de mesure avec eux ? Vous qui vous plaignez qu'on vous fait souffrir, croyez-vous ne faire souffrir personne ? Vous qui êtes si choqué des défauts du prochain, vous imaginez-vous être parfait ? Que vous seriez étonné, si tous ceux à qui vous êtes pesant venaient tout à coup s'appesantir sur vous ! Mais quand vous trouveriez votre justification sur la terre, Dieu qui sait tout, et qui a tant de choses à vous reprocher, ne peut-il pas d'un seul mot vous confondre et vous arrêter ? Et ne vous vient-il jamais dans l'esprit de craindre qu'il ne vous demande pourquoi vous n'exercez pas envers votre frère un peu de la miséricorde que lui, qui est votre maître, exerce si abondamment envers vous ?

François de La Mothe-Fénelon (1651-1715), Réflexions pour tous les jours du mois, 12e jour

Méditation

Aucun d'entre nous n'est sans défaut, et la charité ne consiste pas à faire semblant de croire que les autres sont parfaits. En famille, il est normal que ceux que nous aimons le plus puissent à certains moments nous paraître tout simplement insupportables : ce sont là les réactions de l'animal qui est en nous, et l'animal cherche toujours à se défendre.

Mais l'homme est un animal raisonnable : une chose est de ressentir l'agacement ou l'impatience, autre chose d'y consentir et d'entrer dans une logique de rupture et de violence, bref de laisser l'animal dominer en nous.

Dieu n'est pas sévère envers nous ; pourquoi serions-nous plus sévères que lui envers nos frères ?

L´Auteur :

Fénelon (François de la Mothe, 1651-1715)

De vieille noblesse périgourdine, Fénelon étudie chez les jésuites, puis les sulpiciens. Prêtre en 1675, familier de l’entourage de Louis XIV et de Madame de Maintenon, il devient précepteur de l’héritier du trône, le duc de Bourgogne. C’est dans ce milieu qu’il rencontrera Madame Guyon, dont il sera un fervent disciple, puis un défenseur inconditionnel face à Bossuet, qui fut l’un de ses amis en un premier temps.

Sa liberté de ton à la cour du Roi-Soleil l’en fit éloigner en 1695. Commence alors pour lui une seconde carrière, celle d’archevêque du très important diocèse de Cambrai, où il se révélera pasteur exemplaire. Cependant, la cour ne l’oublie pas, et les interventions de Bossuet à Rome firent condamner en 1699, pour des raisons nettement plus politiques que doctrinales, ses Maximes des saints, gros dossier de textes spirituels en défense de Madame Guyon. La même année, la publication sans son autorisation de son Télémaque, initialement destiné à l’éducation du duc de Bourgogne, ajoute encore à sa disgrâce : ce roman historique dénonce en fait le gouvernement de Louis XIV, son penchant pour la guerre et son autoritarisme.

Tout au long de cette vie chargée, Fénelon aura d’abord été un homme de Dieu et un éducateur des âmes, dernier représentant du Siècle d’Or de la spiritualité française face au jansénisme et au gallicanisme envahissants.