Lundi 30 mars 2026

Lundi Saint

La force de la faiblesse

En ce début de Semaine sainte, remarquons que Jésus n’a pas vécu sa Passion en surhomme, mais dans la normalité de la condition humaine : la force que Dieu nous donne, la grâce, ne remplace pas cette condition, mais permet de la vivre pleinement. Jésus, dans sa Passion, l’a vécue dans la complète fidélité à son Père et à nous :

Celui qui a assumé l’homme tout entier, en a reçu et la sensibilité corporelle, et les affections de l’âme. Et ce n’est pas parce que tout en lui était plein de grâces et plein de miracles, que les larmes qu’il a versées étaient fausses, que la faim qui l’a fait manger était mensongère, ou que le sommeil dont il a dormi était simulé. C’est dans notre humble condition qu’il a été méprisé, dans notre tristesse qu’il a été affligé, dans notre douleur qu’il a été crucifié.

Aussi, lorsque le Fils de Dieu dit : « Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi », il prend la voix de notre nature et se fait l’avocat de la fragilité et de la pusillanimité humaines, pour que, dans ce qu’il nous faudra supporter, et la patience soit fortifiée, et la frayeur repoussée.

Saint Léon le Grand, 7 e Sermon sur la Passion

Dans nos épreuves grandes ou petites, ne cherchons pas à être plus courageux que nous le sommes : cherchons à faire à chaque instant la volonté de Dieu, en sachant qu’il ne nous demande jamais rien sans nous donner la grâce correspondante.

Saint Paul a dit : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ». C’est-à-dire, lorsque j’ai le sentiment intime de ma faiblesse, lorsque j’en suis convaincu par mon expérience, lorsque, voyant que je ne puis rien, je m’en humilie et je mets en Dieu toute ma confiance ; c’est alors que je suis fort de la force de Dieu, qui se plaît à faire éclater sa puissance dans la faiblesse de sa créature ; c’est alors que je puis tout en celui qui me fortifie. Lorsqu’on a le sentiment de sa force, lorsqu’on s’approprie cette force, lorsqu’on en présume, qu’on s’en glorifie, qu’on se croit capable de tout faire et de tout souffrir, c’est alors qu’on est véritablement faible, parce que Dieu retire sa force d’une créature présomptueuse, et qu’il l’abandonne à elle-même.

Jean-Nicolas Grou, De la force en soi-même

Comment vivre dans l’union à Jésus notre propre chemin de croix ?

Marchez toujours, au nom de Dieu, quoiqu’il vous semble que vous n’ayez pas la force ni le courage de mettre un pied devant l’autre. Tant mieux si le courage humain vous manque. L’abandon à Dieu ne vous manquera pas dans votre impuissance. Saint Paul s’écrie : « C’est quand je suis faible que je suis fort. » Et quand il demande à être délivré de sa faiblesse, Dieu lui répond : « C’est dans l’infirmité que la vertu se perfectionne. » Laissez-vous donc perfectionner par l’expérience de votre imperfection, et par un humble recours à celui qui est la force des faibles.

Fénelon, Lettre de direction

L´Auteur :

Léon-le-Grand (Saint, 390-461)

Élu pape avant d'être évêque, au moment où l'Empire romain s'effondre, Léon le Grand donne à la papauté la place centrale qu'elle conservera en Occident tout au long du Moyen Âge.

Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803)

Né à Calais, Jean-Nicolas Grou entre chez les jésuites à 15 ans. Brillant professeur de lettres, sa rencontre avec la visitandine Pélagie Lévêque l’ouvre à la mystique. La Révolution française l'exile en Angleterre à partir de 1792.

Fénelon (François de la Mothe, 1651-1715)

De vieille noblesse périgourdine, familier de l’entourage de Louis XIV, Fénelon devient précepteur de l’héritier du trône, le duc de Bourgogne. Archevêque de Cambrai en 1695, en semi-disgrâce après les condamnations du quiétisme, il se révélera homme de Dieu et pasteur exemplaire.