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Mercredi 13 mai 2026 Notre-Dame de Fatima L’abandon total, assurance de salut Vous cherchez toujours des appuis sensibles dans vous-même, dans vos œuvres, dans votre conscience, comme si ces œuvres et votre conscience étaient de plus grandes assurances et de plus forts soutiens que la miséricorde de Dieu et les mérites de Jésus-Christ, et ne pouvaient pas vous tromper… Je serais, dites-vous encore, déconcerté, je serais surpris moi-même si vous pouviez me découvrir tout ce que vous voyez et sentez… Voici ma réponse : …1. Les vues pénétrantes de nos misères nous tiennent dans l’humilité et de bas sentiments de nous-mêmes, qui vont quelquefois jusqu’à l’horreur et à la sainte haine de nous-mêmes. 2. Cet état en apparence si misérable et si désespéré donne lieu à un abandon héroïque entre les mains de Dieu, et fait qu’on ne peut plus retenir aucun appui, ni la moindre confiance en soi-même, ni en ses œuvres, où l’on ne trouve que misère, amour-propre et corruption. Et voilà précisément ce qui fait la paix, la sainte joie, la pleine confiance en Dieu seul et la totale défiance de soi-même dans les âmes bien abandonnées. Ah ! si vous connaissiez le don de Dieu ! le prix, le mérite, la force, la paix, et la sainte assurance du salut qui sont cachés dans ce seul entier abandon, vous seriez bientôt délivrée de toutes vos craintes et inquiétudes. Mais vous croyez vous perdre, dès que vous pensez à vous abandonner, et c’est cependant le plus efficace moyen de salut que d’en venir à ce parfait et total abandon… Mais, direz-vous, si j’avais vécu saintement et fait de certaines bonnes œuvres ? — Et voilà précisément en quoi consiste cette faible et malheureuse confiance qu’on voudrait toujours avoir en soi-même, au lieu de la mettre toute uniquement en Dieu seul et aux mérites infinis de Jésus-Christ. Jamais vous n’avez bien voulu pénétrer comme il faut ce point essentiel, mais toujours vous vous arrêtez à examiner vos craintes et vos doutes, au lieu de vous mettre au-dessus pour vous jeter à l’aveugle et à corps perdu entre les mains de Dieu et dans son sein paternel ; c’est-à-dire que vous voudriez toujours avoir de certaines assurances de votre part pour mieux vous abandonner. Oh ! certes, ce n’est plus là le véritable abandon à Dieu par une totale confiance en lui seul, mais bien un désir secret de pouvoir s’assurer de soi-même avant que de s’abandonner à Dieu, comme un criminel d’État qui, avant que de s’abandonner à la clémence du roi, voudrait avoir des assurances de son pardon ! Cela s’appelle-t-il ne compter que sur Dieu, n’espérer rien que de Dieu, ne se confier qu’en Dieu ? Jugez-en vous-même. Et voilà cependant l’abandon par confiance filiale, auquel Dieu vous appelle depuis si longtemps, mais au lieu d’entrer dans cette confiance filiale, vous vous laissez tyranniser et crucifier par la crainte des esclaves. … Dès qu’on vous parle de ce total abandon à Dieu, vous sentez aussitôt un certain bouleversement intérieur, comme si tout était perdu, et qu’on vous dît de vous précipiter à yeux clos dans un abîme. Et c’est précisément tout le contraire, car la plus grande assurance du salut en cette vie ne réside que dans cet abandon total qui consiste, dit Monsieur de Cambrai, à être poussé à bout, et jusqu’au désespoir entier de soi-même, pour n’espérer qu’en Dieu seul. Pesez bien l’énergie de ces termes qui semblent d’abord trop forts et outrés. J. P. de Caussade, Lettre 103 (1735)
L´Auteur : Jean-Pierre de Caussade (1675-1751) D'une noble famille du Quercy, Jean-Pierre de Caussade étudia chez les Jésuites de Cahors, avant d'entrer en 1693 dans la Compagnie à Toulouse. Il enseigne jusqu'en 1720 dans de nombreux collèges du midi de la France, avant d'en parcourir aussi le nord et l'est comme missionnaire et prédicateur. Directeur spirituel particulièrement vigoureux, il pousse à ses dernières conséquences l'invitation à l'abandon à la volonté divine, ce qui le fera accuser de quiétisme en ces années où s'impose un certain moralisme janséniste. En Lorraine, son amitié pour le monastère de la Visitation sera l'occasion de ses Instructions Spirituelles et de l'essentiel de sa correspondance. Proche de Fénelon et de la tradition salésienne, lecteur des maîtres du Carmel, il sera peu à peu mis à l'écart à partir de 1731, jusqu'à sa mort en 1751 à Toulouse. ![]() |