Samedi 15 août 2026

Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie

Adam et Ève, le Christ et Marie

    Il est un homme et une femme qui nous ont fait bien du mal ; mais grâce à Dieu, il y eut aussi un homme et une femme pour tout réparer et même avec de grands avantages ; il n’en est point de la grâce comme du péché, et la grandeur du bienfait que nous avons reçu dépasse de beaucoup la perte que nous avions faite. En effet, dans sa prudence et clémence extrêmes, l’ouvrier qui nous a faits n’a point achevé de rompre le vase déjà fêlé, mais il le répara complètement, et si bien, que de l’ancien Adam, il nous en fit un nouveau, et transvasa Ève dans Marie.

    Il est certain que le Christ seul pouvait suffire, car tout ce qui nous rend capables du salut vient de lui1 ; mais il n’était pas avantageux pour nous que l’homme fût seul, il valait mieux que les deux sexes concourussent ensemble à notre réparation, puisque l’un et l’autre avaient pris part à notre corruption. Sans doute, nous avons un médiateur aussi fidèle que puissant entre Dieu et les hommes, dans l’homme qui s’appelle Jésus-Christ, mais la majesté divine nous en impose en lui ; il n’est pas seulement miséricordieux, il est aussi notre juge, car s’il

a appris la compassion parce qu’il a lui-même souffert et devint par-là miséricordieux2, il a cependant reçu aussi en main la puissance de juger. Après tout, notre Dieu est un feu qui dévore3: comment le pécheur ne craindrait-il point, en approchant de lui, de périr devant sa face, comme la cire se fond et coule au feu4 ?

1. II Co 3, 5                       2. Hb 2, 17                        3. Dt 4, 24                         4. Ps 67, 2

Saint Bernard (1090-1153), Sermon pour le dimanche dans l’octave de l’Assomption

MÉDITATION

    À propos de l’Assomption de Marie, mystère qui résume toute l’œuvre du Christ en nous, puisqu’elle en est la première et la parfaite bénéficiaire, saint Bernard relit toute l’histoire de l’humanité selon la trajectoire d’Adam et Ève d’une part, selon celle de Jésus et Marie d’autre part, la seconde inversant la première, et rétablissant l’humanité dans l’intention de Dieu de nous partager sa vie.

    Ce retournement définit la vie chrétienne, et la liturgie en est la célébration à grande échelle. Vivons cette journée comme celle de ce retournement, tant par notre participation à la liturgie, que par une détermination renouvelée à suivre inconditionnellement le Christ, comme nous l’avons proclamé au jour de notre baptême, comme nous le proclamerons de nouveau dans la nuit pascale.

L´Auteur :

Bernard (Saint, 1090-1153)

Né en 1090 dans une noble et nombreuse famille bourguignonne, après avoir fréquenté l’école canoniale de Châtillon-sur-Seine où il aura reçu une excellente culture classique, Bernard entre au monastère de Cîteaux en 1112, accompagné d’une trentaine de ses cousins. Fondée en 1098 par Robert de Molesme, cette première abbaye « cistercienne » s’est détachée de Cluny pour vivre de plus près les observances de la règle de saint Benoît : face à la magnificence de Cluny, Cîteaux recherche une vie simple, une architecture sobre et une prière plus intérieure. Bientôt abbé de Clairvaux, fondation de Cîteaux à côté de Bar-sur-Aube, Bernard sera en fait le vrai propagateur de ce renouveau monastique. Le succès en est énorme, et notamment les cinq frères de Bernard le rejoignent à Clairvaux, qui sera à l’origine de 341 filiales à la mort de Bernard en 1153 ! En même temps que rénovateur de la vie monastique, Bernard, « le dernier des Pères de l’Église », dit-on parfois, aura une importance considérable dans la littérature occidentale : ses sermons sur le Cantique des cantiques, associant les commentaires des Pères grecs aux thèmes courtois des troubadours de son époque, fondent pour les siècles suivants une nouvelle façon de parler de l’expérience de Dieu. Par ailleurs prédicateur populaire, conseiller des rois et des papes, arbitre des conflits de son époque, Bernard fut un personnage immense, comparable à un saint Augustin pour son influence sur le cours de l’histoire de l’Église.