Jeudi 19 février 2026

Jeudi après les Cendres

Pourquoi prier davantage en carême ?

Pour bien entrer en carême, commençons par nous mettre en prière. Pourquoi ? Parce que Dieu nous le demande, tout simplement ! Et pourquoi nous le demande-t-il ?

Le Seigneur qui sait donner de bonnes choses à ses enfants, nous oblige cependant dans l’Évangile à demander, à réclamer et à frapper à la porte (Mt 6, 7-8). Que le Seigneur nous dise cela pourrait nous troubler, puisqu’il sait ce dont nous avons besoin avant même que nous le lui demandions. Mais il nous faut comprendre que ce que veut notre Dieu et Seigneur, ce n’est pas que nous lui fassions connaître notre volonté, car il ne peut l’ignorer, mais que nous mettions en mouvement notre désir par la prière, de telle sorte que nous puissions recevoir ce qu’il se prépare à donner. En effet, ce qu’il veut donner est immense, et notre capacité à le recevoir sera d’autant plus grande que nous croirons avec plus de foi, que nous espérerons plus fermement, et que nous le désirerons plus ardemment.

Ce que Dieu veut nous donner d’immense, nous le recevrons à Pâques, et nous n’aurons pas trop de 40 jours pour le lui demander. Dieu aurait pu nous rendre heureux automatiquement et sans nous demander notre avis ; mais aimer n’est jamais automatique, et le Bon Dieu commence par frapper à notre porte, car il veut que ce soit librement que nous l’invitions à entrer. Certes, toute vie chrétienne tend à devenir prière, mais nous savons bien que cela ne se fait pas en un jour, et que notre baptême doit être régulièrement restauré si nous voulons grandir dans la vie éternelle :

Si nous désirons toujours la recevoir du Seigneur Dieu, toujours nous prierons, mais pour toujours la désirer, à certains moments, rappelons notre esprit des soucis et des occupations dans lesquelles le désir s’attiédit plus ou moins, et occupons-le à prier, les mots de la prière nous ramenant à vouloir ce que nous désirons, de telle sorte que ce qui avait commencé à s’attiédir ne refroidisse pas complètement et finisse par s’éteindre faute d’être fréquemment ranimé.

Saint Augustin, Lettre à Proba

Et c’est à cela que sert le carême.

Profitons donc bien de ces quarante jours, et faisons-nous un devoir d’amasser comme une provision, par nos jeûnes, nos prières et nos lectures, pour nourrir notre âme tout le reste de l’année. Durant ces quarante jours, nous devons nous considérer comme rescapés de la mer et des tempêtes de ce monde, et comme arrivés à l’abri dans le port de la sainte quarantaine : le repos, le calme et le silence qui y règnent, semblent nous inviter à mettre cette divine parole en réserve dans notre cœur, afin que, tout occupés, par la miséricorde de Dieu, du désir et de l’amour de la vie éternelle, nous mettions tous nos soins, en ce temps précieux, pour réparer et remettre en bon état ce que les différentes tempêtes essuyées pendant l’année auraient brisé, désuni, gâté et perdu dans la barque de notre âme.

Saint Césaire d’Arles, Sermon sur le Carême

L´Auteur :

Augustin d’Hippone (saint, 354-430)

Saint Augustin, fils d’un père païen et de la pieuse sainte Monique, le plus célèbre, le plus lu et le plus commenté des Pères de l’Église latine, est un berbère de l’actuelle Algérie. Son œuvre immense ouvre le Moyen Age ; rédigée au moment où les invasions barbares marquent la fin de l’Antiquité, elle domine la théologie et la spiritualité occidentales.

Césaire d’Arles (Saint, 470-542)

Moine dans l'île de Lérins, puis évêque d'Arles en 502, Césaire fut à la fois l'un des codificateurs de la vie monastique en Occident, un pasteur dont le Saint-Siège fera son délégué pour la Gaule et l'Espagne, et un grand théologien dans la ligne de saint Augustin.