Lundi 3 août 2026

Sainte Salomé

Acquérir la confiance en Dieu

Quoique la défiance de soi-même soit très nécessaire dans le combat spirituel, comme nous venons de le montrer, cependant si elle est seule et qu'on n'ait point d'autres secours, on prendra bientôt la fuite, ou l'on sera désarmé et vaincu par l'ennemi. Il faut donc y ajouter une grande confiance en Dieu, qui est l'auteur de tout bien, et de qui seul on doit attendre la victoire. S'il est vrai que de notre fonds nous ne sommes rien, nous ne pouvons nous promettre que des chutes dangereuses et fréquentes, et nous avons tout sujet de nous défier de nos forces : mais si nous sommes parfaitement convaincus de notre faiblesse, nous remporterons sans doute avec l'assistance du Seigneur de grands avantages sur nos ennemis, n'y ayant rien de plus puissant pour nous attirer les grâces du ciel, que de nous armer d'une généreuse confiance en Dieu. Nous avons quatre moyens d'acquérir cette excellente vertu.

Le premier est de la demander humblement à notre Seigneur. Le second de considérer attentivement avec les yeux de la foi, la toute-puissance et la sagesse infinie de cet être souverain, à qui rien n'est impossible ni difficile, de qui la bonté n'a point de bornes, qui, par un excès d'amour pour ceux qui le servent, est prêt à toute heure et à tout moment à leur donner tout ce qui leur est nécessaire pour vivre en hommes spirituels, et pour se rendre tout-à-fait maîtres d'eux-mêmes. La seule chose qu'il leur demande, c'est qu'ils recourent à lui avec confiance.

Le troisième moyen d'acquérir cette salutaire confiance est de rappeler souvent dans notre mémoire les divines écritures, ces oracles de la vérité, qui en mille endroits assurent formellement que quiconque espère en Dieu ne tombera point dans la confusion. Enfin le quatrième moyen d'avoir tout ensemble et la défiance de nous-mêmes et la confiance en notre Seigneur, est que lorsque nous avons ou quelque bonne œuvre à faire ou quelque passion à combattre, avant que de rien entreprendre nous jetions les yeux, d'un côté sur notre faiblesse, et de l'autre, sur la puissance, sur la sagesse, sur la bonté infinie de Dieu ; et que tempérant la crainte qui vient de nous, par l'assurance que Dieu nous donne, nous nous exposions courageusement à tout ce qu'il y a de plus pénible dans les travaux, et de plus rude dans les combats.

Lorenzo Scupoli, Le Combat spirituel, chapitre 3

L´Auteur :

Scupoli (Laurent, 1530-1610)

Né à Otrante en 1530, François Scupoli rencontre à Naples la fervente et jeune famille sacerdotale des Théatins, fondée à Rome en 1524. Il y entre en 1569, y reçoit le nom de Laurent, et y sera formé par saint André Avellin, avant d’être transféré à Plaisance, où il sera ordonné prêtre en 1577, puis à Milan, Gênes, Venise, et Naples. Accusé, sans doute à tort, d’un grave délit en 1585, il fut en disgrâce parmi les siens, jusqu’à sa réhabilitation au soir d’une vie dont on ne connaît guère que l’humilité et la discrétion.

Édité à Venise en 1588 sans nom d’auteur, le Combat Spirituel connut très vite un immense succès qui lui valut plus de 600 éditions dans toutes les langues jusqu’à nos jours. Son plus fameux lecteur sera saint François de Sales, qui ne s’en séparait jamais et en donnera une traduction française. Petit manuel de confiance absolue en la bonté de Dieu et de défiance envers soi-même, on y trouve déjà le secret du salésianisme : l’attention à la présence amoureuse de Dieu dans les moindres détails de la vie la plus ordinaire.