Mardi 1er septembre 2026

Saint Gilles

On ne répare que par l’amour

Je ne suis pas surprise, ma chère Sœur, de l’aveu que vous faites du temps que vous avez perdu à suivre les inclinations de la nature. Dieu permet ces sortes de chutes dans les âmes qu’il aime et qu’il veut élever à une grande perfection, afin qu’elles soient persuadées toute leur vie de leur faiblesse, misère, et pour les rendre humbles et les empêcher de s’enorgueillir des grâces qu’il leur fait dans la suite de leur vie ; il faut donc vous consoler par le saint usage que vous pouvez faire de vos faiblesses en sortant de vos misères et de vous-même pour vous porter à Dieu de tout votre cœur, faisant un divorce éternel avec tout ce qui pourrait vous détourner de votre unique objet.

Pour réparer le temps perdu, c’est d’aimer Dieu sans bornes, sans mesure, sans interruption ni relâche ; c’est cet ardent amour d’une âme fidèle qui aime et qui veut aimer de plus en plus, qui répare les fautes du passé, qui purifie un cœur et le rend net, qui le prépare à une parfaite union et transformation en Dieu, et qui met l’âme dans la possession de son objet éternel. Le parfait amour est donc le moyen le plus sûr, le plus court pour conduire une âme à la sainteté, et pour faire qu’elle puisse aller jouir de Dieu sans faire d’autre purgatoire que celui de cette vie, dont l’amour peut être le seul agent. La pénitence n’est rien sans l’amour, mais l’amour attire après soi toutes les vertus, et fait porter courageusement toutes les souffrances de cette vie pour un Dieu qui a souffert pour l’amour de nous.

Marie de Sainte-Thérèse, Lettres tome I, p. 501

L´Auteur :

Marie de Sainte-Thérèse (1640-1717)

Carmélite converse de Bordeaux, dirigée d’un fils spirituel du carme Maur de l’Enfant-Jésus, elle connut des expériences mystiques intenses qui l’amenèrent à être elle-même de conseillère spirituelle bien au-delà des limites de sa communauté et même de son ordre. Ses lettres de direction, restées pratiquement ignorées après sa mort, gagneraient à être redécouverts, pour nous remémorer la primauté de l’amour de Dieu, qui nous appelle à une intimité nuptiale avec lui, et veut lui-même opérer la transformation nécessaire en nos âmes.