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Vendredi 24 avril 2026 Saint Wilfrid Archevêque d'York (+ 709) Ne pas s'affoler d'être pécheur Il est certain que, dans les vues de Dieu, les fautes où il permet que nous tombions doivent servir à notre sanctification, et qu’il ne tient qu’à nous d’en tirer cet avantage. Il arrive néanmoins au contraire, que nos fautes nous nuisent moins par elles-mêmes que par le mauvais usage que nous en faisons. Il nous arrive, d’ordinaire, de nous étonner de nos fautes, de nous en troubler, d’en avoir une mauvaise honte, de nous laisser aller au dépit et au découragement. Ce sont là autant d’effets de l’amour-propre, effets plus pernicieux que ne le sont les fautes mêmes. On s’étonne d’être troublé ; on a grand tort, et c’est une marque qu’on ne se connaît guère. On devrait, au contraire, être surpris de ne pas tomber plus souvent et en des fautes plus graves, et rendre grâces à Dieu des chutes dont il nous préserve. On se trouble chaque fois qu’on se surprend dans quelque faute ; on en perd la paix intérieure ; on est tout agité, et l’on s’en occupe des heures, des journées même entières. Il ne faut jamais se troubler ; mais, quand on se voit à terre, il faut se relever tranquillement ; se retourner vers Dieu avec amour, lui demander pardon, et ne plus penser à ce qui est arrivé que quand il faudra s’en accuser. Jean-Nicolas Grou (1731-1803), Manuel des âmes intérieures, Du profit qu’on doit tirer de ses fautes MÉDITATION Dans la ligne de saint François de Sales dont il fut un lointain disciple, le Père Grou nous enseigne le bon usage de nos péchés : Dieu ne veut pas le péché, mais le permet, nous dit le catéchisme. Il préfèrerait que nous ne profitions pas de cette permission, mais enfin il ne perd pas son temps à nous faire des reproches, et le péché une fois commis, il nous propose un nouveau chemin pour reprendre la vie commune avec lui. Le seul péché irrémissible, c’est de croire que Dieu s’est lassé de nous, qu’il ne nous pardonnera plus, et qu’il n’y a plus qu’à s’enfoncer dans la perdition. Et c’est là que le péché devient mortel, moins par l’énormité du vice, que par désespoir : « Judas a davantage offensé mon Fils en ne croyant pas en son pardon, qu’en le vendant à ses bourreaux », fait dire sainte Catherine de Sienne à Dieu le Père. Ne plus penser à ce qui est arrivé. C’est aussi simple que cela. Tout retour sur le passé est du temps perdu, et ne sert qu’à nous trouver des excuses, et donc à moins compter sur l’amour de Dieu et son pardon. L´Auteur : Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803) Né à Calais, Jean-Nicolas Grou étudie au collège Louis-le-Grand, place-forte des jésuites à Paris, et entre à 15 ans au noviciat de la Compagnie. Il y deviendra un brillant professeur de lettres au prestigieux collège de La Flèche (sa traduction de Platon reste un classique). Grou s’exilera en Lorraine lors de la suppression de la Compagnie en 1763. De retour à Paris, sa rencontre avec la mystique visitandine Pélagie Lévêque l'oriente définitivement vers la vie intérieure, dans une voie spirituelle très salésienne. Il se partagera désormais entre la direction spirituelle et l'écriture, notamment en Angleterre, où la Révolution le force à un nouvel exil à partir de 1792. Humaniste du XVIIIe siècle, Grou est à la fois un philosophe, un controversiste, un apologiste, un moraliste et un maître spirituel. Son enseignement culmine dans le Manuel des Âmes intérieures, recueil d’une soixantaine d’entretiens publié par ses disciples, au succès constant dans toute l’Europe jusque vers 1950. Rédigé dans une langue superbe, on y reconnaît la tradition salésienne de l’abandon, une extrême finesse d’analyse psychologique, et la sensibilité spirituelle d’un très grand contemplatif. ![]() |