Vendredi 13 mars 2026

❧ Abstinence de viande

Pourquoi le troisième jour ?

Que Jésus soit ressuscité un jour plutôt qu’un autre pourrait nou sembler un détail. Ce serait oublier la situation vécue par Jésus entre sa mort et sa résurrection, situation qui éclaire celle du chrétien défunt, alors que déjà ressuscité par le baptême, il ne l’est pas encore corporellement.

Dans la vision biblique de l’homme, entre la mort comprise comme séparation de l’âme et du corps, et le début de la corruption du corps, un délai de quatre jours s’intercale. Ce délai ne résulte pas d’une observation médicale, mais correspond à deux questions différentes : celle de la mort proprement dite, sanction du péché, et que Jésus a assumée ; et celle du devenir du corps séparé de l’âme. En vivant la séparation de l’âme et du corps, Jésus a achevé de réparer la faute originelle, et le destin initialement prévu par Dieu pour ses enfants pouvait reprendre son cours. Or, ce que Dieu prévoyait au soir de la vie d’Adam était son entrée immédiate dans la condition divine, et donc sans corruption ; en précisant que le passage de Jésus au tombeau a duré moins de quatre jours, le Credo énonce cette continuité retrouvée entre vie terrestre et vie glorieuse, pour lui et pour ceux qui partageraient son sort :

Ce corps de Jésus n’était point du tout un cadavre ; car pour défait qu’il fût et déchiré par tant d’affreux supplices, ce corps ne subissait ni ne pouvait subir l’ombre d’une corruption. La mort avait bien eu licence de frapper Jésus d’un premier coup, et c’est de Jésus même qu’elle avait reçu cette permission, mais, parce que là finissait sa fonction, là aussi s’arrêtait son pouvoir.

Charles Gay, 90e élévation

Et cela éclaire la situation des disciples de Jésus entre leur décès et leur résurrection corporelle. Même si le corps du fidèle défunt reste soumis aux lois de la nature, cette continuité que Jésus nous a rendue entre vie terrestre et vie glorieuse domine le regard chrétien sur l’au-delà de la mort :

Après que le nouvel Adam eût combattu pour la vie de tous, ayant racheté la vie de tous par sa mort charnelle, il a détruit l’empire de la mort et il est revenu à la vie : alors nous avons été transformés à son image et soumis à une nouvelle sorte de mort, qui ne nous dissoudra pas dans une corruption sans fin, mais qui nous apportera un sommeil plein d’espérance, à la ressemblance de celui qui a inauguré pour nous cette route, et qui est le Christ.

Saint Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’évangile de Jean

Le lieu même où nous nous rassemblons ce jour [pour la prière du Samedi saint] est appelé « cœmeterium », lieu de repos et de sommeil, afin de vous apprendre que ceux qui sont morts et qui y sont déposés ne sont pas morts, mais ne sont qu’endormis. Depuis que le Fils de Dieu est venu et qu’il est mort pour rendre la vie au monde, la fin de l’homme n’est plus appelée mort, mais repos et sommeil.

Saint Jean Chrysostome, Sermon pour le Samedi saint

L´Auteur :

Gay (Charles, 1815-1892)

Figure exemplaire du retour à l’Église catholique des grandes familles bourgeoises après la Révolution française, Charles Gay sera évêque auxiliaire de Poitiers aux côtés du cardinal Pie.

Cyrille d'Alexandrie (Saint, 376-444)

Patriarche d'Alexandrie, acteur essentiel du concile d'Éphèse, qui déclare la Vierge Marie Mère de Dieu.

Jean Chrysostome (Saint, 350-407)

Né à Antioche, baptisé en 372, moine, prédicateur, puis évêque de Constantinople, Jean Chrysostome fut l'ami des pauvres et le dénonciateur intransigeant des vices de la cour, ce qui lui valut d'être banni et de mourir sur la route de l'exil.