Samedi 31 janvier 2026

Bienheureuse Louise Albertoni

Jeune veuve (+ 1530)

De la nature à la grâce

    La nature répugne à mourir ; elle ne veut point être contrainte, ni vaincue, ni assujettie, ni se soumettre volontairement. Mais la grâce porte à se mortifier soi-même, résiste à la sensualité, recherche l’assujettissement, aspire à être vaincue et ne veut pas jouir de sa liberté ; elle aime la dépendance, ne désire dominer personne, mais vivre, demeurer, être toujours sous la main de Dieu et, à cause de Dieu, elle est prête à s’abaisser humblement au-dessous de toute créature.

    La nature agit en tout pour le gain et pour son avantage propre ; elle ne sait rien faire gratuitement mais, en obligeant, elle espère obtenir quelque chose d’égal ou de meilleur, des faveurs ou des louanges ; et elle veut qu’on tienne pour beaucoup tout ce qu’elle fait et tout ce qu’elle donne. La grâce ne veut rien de temporel, elle ne demande d’autre récompense que Dieu seul et ne désire des choses du temps, même les plus nécessaires, que ce qui peut lui servir pour acquérir les biens éternels.

    La nature rapporte tout à elle-même, combat, discute pour ses intérêts. La grâce ramène tout à Dieu, de qui tout émane originairement ; elle ne s’attribue aucun bien, ne présume point d’elle-même avec arrogance, ne conteste point, ne préfère point son opinion à celle des autres ; mais elle soumet toutes ses pensées et tous ses sentiments à l’éternelle sagesse et au jugement de Dieu.

    Plus donc la nature est affaiblie et vaincue, plus la grâce se répand avec abondance ; et chaque jour, par de nouvelles effusions, elle rétablit au-dedans de l’homme l’image de Dieu.

Thomas a Kempis, Imitation de Jésus-Christ, III, 54

MÉDITATION

    Deux hommes s’affrontent en nous : le fils d’Adam, qui depuis le péché originel vit dans l’illusion d’un bonheur terrestre, identifié avec le maximum de plaisir ; et le Fils de Dieu, qui sait bien que le vrai bonheur est au-delà, et s’identifie à Dieu lui-même.

    Le mouvement de la nature porte à l’épuisement de la nature, et donc à la mort. La logique du péché aboutit au péché mortel. Le mouvement de la grâce libère de la pesanteur de la nature : sa logique aboutit à la vie éternelle.

    Tous les efforts que nous faisons dans le quotidien de notre vie sont pour passer du régime de la nature à celui de la grâce ; les temps particuliers de la vie liturgique (Avent et Carême) nous sont donnés pour accueillir la grâce, et ce que la nature appelle effort, nous l’expérimenterons comme la liberté retrouvée.

L´Auteur :

Thomas a Kempis (1379 ?-1471)

Né à Kempen, au nord de Cologne, il est formé, par les Frères de la Vie commune, dans la ligne de Ruusbroec, cultivant la vie intérieure et l’étude des grands auteurs de la Tradition. Entré chez les chanoines du Mont Sainte-Agnès en 1400, c’est comme maître des novices qu’il y rédige des milliers de pages de méditation et de pédagogie intérieure.