Jeudi 4 juin 2026

Bienheureuse Margaret

Abbesse de Valduc - Belgique (+ 1277)

Le jugement de Dieu

La justice de Dieu est bien terrible, dit-on, et l’on doit toujours la craindre. Cela est vrai ; mais pour qui est-elle terrible ? Est-ce pour les enfants qui adorent Dieu, qui l’aiment, qui le servent comme leur Père, qui sont déterminés à ne lui rien refuser, à ne lui déplaire en rien ? Non. Si ces enfants aiment Dieu, Dieu les aime encore plus ; il voit que leurs fautes ne sont point des fautes de malice, mais d’imperfection et de fragilité : au premier regard d’amour et de regret qu’ils jettent sur lui, ils les leur pardonne, et s’il a à les en punir, il les en punit dans ce monde d’une manière avantageuse à leur salut.

Est-ce pour les pécheurs qui reviennent sincèrement à Dieu que sa justice est terrible ? Non. Ils éprouvent les effets de sa grande miséricorde ; et souvent ils sont traités avec tant de bonté, que les justes mêmes en conçoivent de la jalousie : témoin l’enfant prodigue, témoin Madeleine.

La justice divine n’est terrible que pour ceux qui n’ont pas recours à sa miséricorde, soit par présomption, soit par désespoir ; pour ceux qui aiment le péché, qui n’en veulent pas sortir ; pour ceux dont la volonté n’est pas droite, et qui voudraient, s’il se peut, tromper Dieu.

Mais jusqu’où doit aller la confiance en Dieu ? Aussi loin que sa puissance et sa bonté, aussi loin que notre faiblesse et notre misère ; c’est-à-dire qu’elle ne doit point avoir de bornes.

Jean-Nicolas Grou (1731-1803), Manuel des Âmes intérieures, De la confiance en Dieu

Méditation

Parler du « jugement de Dieu » renvoie fondamentalement au « jugement dernier », à la fin des temps, jour du bilan du combat spirituel qui se sera déroulé tout au long de l’Histoire. Mais le temps finit pour chacun de nous au jour de sa sortie de ce monde, et l’on parle alors du « jugement particulier », comme anticipation du jugement dernier, pour autant que l’on puisse parler d’anticiper quand le temps ne passe plus. Enfin, c’est encore le jugement de Dieu qui éclaire nos consciences toutes les fois que nous cherchons à connaître et à vivre sa volonté dans l’exercice de notre liberté.

Dans ce triple jugement, Dieu est notre avocat plus encore que notre juge ; c’est-à-dire que sa miséricorde cherche toutes les voies susceptibles de contourner sa justice. Et là, le seul péché irrémissible serait le refus de cette miséricorde.

Voilà pourquoi le jugement de Dieu, loin de nous inciter à la peur, nous invite à une confiance sans borne.

L´Auteur :

Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803)

Né à Calais, le jeune Grou entre chez les jésuites à 15 ans. Brillant professeur de lettres à La Flèche, il s’exile en Lorraine lors de la suppression de la Compagnie en 1763. Bientôt à Paris, sa rencontre avec la visitandine Pélagie Lévêque l’ouvre à la mystique. Il se partagera désormais entre la direction spirituelle et la rédaction d’ouvrages connexes, notamment en Angleterre, car la Révolution française le force à un nouvel exil à partir de 1792. Humaniste du XVIIIe siècle, Grou est à la fois un philosophe, un controversiste, un apologiste, un moraliste et un mystique. Son enseignement spirituel culmine dans le Manuel des Âmes intérieures, recueil d’une soixantaine d’entretiens publié par ses disciples. Rédigé dans une langue superbe, on y reconnaît la tradition salésienne de l’abandon en même temps qu’une extrême finesse d’analyse psychologique.