Dimanche 15 février 2026

6ème Dimanche du Temps Ordinaire

Comment parvenir à la sainteté ?

Il faut être parfait à la mode de Dieu, et non pas à la nôtre ; les voies de Dieu sont souvent très éloignées des jugements des hommes. Tout le monde croyait que saint Louis devait être saint en conquérant la Terre Sainte : Dieu le fit saint, non par les victoires, mais par la captivité, non par les triomphes, mais en mourant dans les peines. Nous voulons nous sanctifier par l’action, et Dieu le veut faire par la souffrance ? Il faut se rendre à sa conduite, s’abandonner absolument à sa volonté, et aimer uniquement ses desseins.

Quand anéantirai-je toute la prévoyance que j’ai au regard de ma personne, de mes affaires, de l’état de vie pauvre et abjecte où la grâce m’appelle, pour entrer avec un pur abandon dans la divine Providence ? À quoi bon faire des réflexions sur ce qui m’arrivera ? Suivons simplement les desseins de Dieu, aimons uniquement son bon plaisir et ne pensons qu’à Dieu seul, qui aura soin de nous en la meilleure manière pour sa gloire.

La seule vue et amour du bon plaisir de Dieu sera désormais le motif de toutes mes actions et de mes desseins. Le pur amour nous fait abandonner tout et nous-mêmes, pour ne regarder que Dieu seul.

Jean de Bernières-Louvigny (1602-1659), Le Chrétien intérieur, II, 10

MÉDITATION

La sainteté est œuvre de Dieu, et de Dieu seul. Nous pensons à tort qu’il attend de nous telle ou telle action méritoire, comme si la sainteté était de l’ordre du « faire ». Mais que pourrions-nous faire que Dieu ne fasse lui-même en nous, lui le créateur du ciel et de la terre, du visible et de l’invisible ? Non, il n’y a de sainteté que celle que Dieu vient vivre en nous.

En matière de sainteté, les choses sérieuses commencent quand Dieu renverse nos châteaux de cartes : Nous voulons nous sanctifier par l’action, et Dieu le veut faire par la souffrance ? Il faut se rendre à sa conduite, s’abandonner absolument à sa volonté, et aimer uniquement ses desseins.

La sainteté est de se laisser aimer, ce qui, au fond, est la seule façon d’aimer. N’ayons pas d’autre projet que de suivre pas à pas la Providence, c’est-à-dire le chemin de Dieu vers nous.

 

En dehors des commandements de Dieu, nous avons l’impression que Dieu ne nous indique guère sa volonté, parce qu’en réalité nous sommes habitués à n’écouter que la nôtre ; nous ne remarquons pas que ce malade qui attend notre visite, que cet indigent à la recherche d’un toit, c’est Jésus lui-même, comme il nous l’a dit de la façon la plus formelle, même si aucun commandement de nous ordonne d’aller à son secours. Nous regardons ailleurs et cherchons la sainteté « à notre mode » : dire, redire le Notre Père, c’est peu à peu entrer dans son regard, et découvrir sa volonté là où nous cherchions d’abord la nôtre.

L´Auteur :

Bernières-Louvigny (Jean de, 1602-1659)

Fils d’un trésorier général de Caen, Jean de Bernières-Louvigny consacrera sa fortune et ses relations à l’animation du groupe mystique normand né autour du capucin Jean-Chrysostome de Saint-Lô, tout en assurant l’intendance de nombreuses entreprises missionnaires, et en fondant séminaires et hôpitaux à partir de son ermitage ouvert à ses nombreux amis contemplatifs.