Lundi 5 janvier 2026

La lumière de nos cœurs

La prière de ce jour :

Seigneur, nous t'en prions, éclaire nos cœurs de ta lumière souveraine.

Nous avons le sentiment de n’avancer qu’à tâtons dans la vie chrétienne. On aime sincèrement le Bon Dieu, et en même temps on a un peu peur de lui, et on ne voit pas bien quelle est sa volonté :

La raison humaine est étrangement obscurcie depuis le péché originel ; la raison la plus éclairée ne suffit pas seule pour nous conduire dans les routes de la grâce, routes dont Dieu se réserve le secret. Comme son intention est que nous marchions toujours en esprit de foi, il ne nous éclaire qu’à mesure que nous avançons, et qu’autant qu’il est besoin. Il ne veut pas que nous voyions devant nous, ni même autour de nous ; mais il nous donne toujours assez de lumière pour nous convaincre qu’il nous est impossible de nous égarer en le suivant même au milieu des plus épaisses ténèbres.

Donc, la première chose que doit faire une âme qui veut être tout à fait à Dieu est de renoncer à son propre esprit, à toutes les idées qu’elle pouvait avoir auparavant de la vertu et de la sainteté : persuadée que ces idées sont ou fausses ou très imparfaites, de ne point prétendre ni se conduire, ni se juger elle-même, ni s’établir juge de la manière dont on la conduit.

Ambroise de Lombez, Traité de la paix intérieure

C’est dans cette attitude de foi que la lumière de Dieu va nous éclairer. Comment ? Bien sûr, l’Écriture Sainte, la Tradition de l’Église et son magistère sont Parole de Dieu, mais encore faut-il que notre cœur soit prêt à la recevoir :

Lorsqu’on reconnaît humblement devant Dieu son aveuglement sur soi-même, il nous éclaire infailliblement ; et si nous savons bien user de ce premier rayon de lumière, nous verrons clair de plus en plus chaque jour dans notre cœur ; nous démêlerons jusqu’à nos défauts les plus imperceptibles ; les plus subtiles ruses de l’amour-propre n’échapperont pas à notre vue ; et, aidés du secours divin, nous poursuivrons sans relâche cet ennemi jusqu’à ce que nous l’ayons enfin banni de notre cœur.

Toutes nos fautes viennent de ce qu’on quitte l’esprit de Dieu pour suivre son propre esprit. On n’y prend pas assez garde au commencement ; on ne se défie pas assez de soi-même, on ne consulte pas toujours Dieu avec humilité ; on s’appuie sur son propre esprit, il prend insensiblement la place de l’esprit de Dieu ; on ne s’en aperçoit pas ; on en vient jusqu’à se séduire et tomber dans l’illusion ; on croit suivre la lumière divine, et l’on suit son imagination, ses passions ; l’aveuglement augmente chaque jour ; les plus sages conseils ne sauraient nous ramener ; on n’est plus même en état de les entendre. Je ne crains pas de le dire : avec les meilleures vues du monde, avec les intentions les plus droites, on se trouve sans cesse exposé à commettre des fautes considérables, si l’on n’est véritablement intérieur, et toujours attentif à ne point se laisser surprendre par l’amour-propre.

Jean-Nicolas Grou, Manuel des âmes intérieures

L´Auteur :

Ambroise de Lombez (1708-1778)

D’une noble famille du Gers, Ambroise est surnommé « le François de Sales du XVIIIe siècle », dont il hérite la sagesse et la bonhomie. Son sage gouvernement à la tête des capucins de France leur permettra d’échapper aux suppressions de la plupart des congrégations à la fin de l’Ancien Régime.

Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803)

Né à Calais, Jean-Nicolas Grou entre chez les jésuites à 15 ans. Brillant professeur de lettres, sa rencontre avec la visitandine Pélagie Lévêque l’ouvre à la mystique. La Révolution française l’exile en Angleterre à partir de 1792.