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Jeudi 25 juin 2026
Saint Guillaume
Abbé de Montevergine (+ 1142)
La voie d'enfance n'est pas facultative
On a vu des païens qui ont mené une vie austère, qui ont gardé un silence étonnant, et qui ont laissé des exemples d'une justice qui doit remplir de confusion bien des chrétiens. Mais, dit saint Augustin, les païens n'ont point traité de la vertu d'humilité : elle n'a jamais été connue parmi eux, et c'est le seul Saint-Esprit qui en est le docteur.
L'esprit vraiment humilié ne se trouve point dans l'esprit purement humain : il faut que l'esprit de Jésus-Christ anéanti s'y trouve, si l'on veut qu'il y soit. Cependant, si c'est la vertu des véritables chrétiens, celui qui est disciple du Fils de Dieu ne peut s'en dispenser. Cette vertu est donc d'une nécessité absolue. Notre céleste Maître ne nous l'a pu enseigner en des termes plus clairs et plus expressifs que ceux-ci : En vérité je vous dis que si vous ne vous convertissez et ne devenez comme de enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux.
Pour être chrétien, il faut avoir la simplicité de l'enfant, être petit comme un enfant, être petit à ses propres yeux, bien aise de l'être aux yeux des autres, et ne devenir jamais grand par aucune propre élévation. Cependant, que faisons-nous ? Chacun dit qu'il veut se sauver, chacun dit qu'il veut entrer dans le royaume des cieux, et l'on ne pense guère à entrer dans l'enfance chrétienne, c'est-à-dire dans une véritable simplicité et une véritable humilité, quoique sans cela toute espérance nous soit ôtée du bonheur éternel auquel nous aspirons. Sans les grandes austérités corporelles, dont tout le monde n'est pas capable, et quelques autres vertus semblables, on peut bien aller au ciel, mais jamais sans l'humilité.
Henri-Marie Boudon, Le triomphe de la Croix, III, 12
Méditation
Si vous ne devenez pas comme de enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. Jésus ne propose pas d'alternative, si bien que la voie d’enfance spirituelle est la seule possible pour le chrétien. Il s’agit du retournement de la nature en grâce qui est le propre de l’Évangile, retournement qui est notre salut parce qu'il nous rétablit dans la vie paradisiaque : la faute de nos premiers parents fut de refuser leur dépendance d'un Dieu Père, et de prétendre se comporter « comme des grands », arbitres du bien et du mal.
Pourquoi cette nécessité d'être enfant ? Parce que ciel ne se conquiert pas, il se reçoit. La plupart des religions placent Dieu "au plus haut des cieux" ; mais à en rester là, nous ne l'atteindrons jamais ! Par son incarnation, Jésus renverse cette vision désespérante qui réserve le bonheur aux plus forts ; la bonne nouvelle chrétienne est celle du ciel sur la terre, celle d’un Dieu « anéanti » : Jésus qui était de condition divine, ne retint pas jalousement le rang de Dieu, mais il s’est anéanti, se faisant serviteur, obéissant jusqu’à la mort de la croix. (Phi 2, 6-11) Dès lors, pour être chrétien, il faut avoir la simplicité de l'enfant, être petit comme un enfant, être petit à ses propres yeux, bien aise de l'être aux yeux des autres.
Simplicité, modestie, discrétion : autant de facettes de l’humilité, « mère de toutes les vertus », nous dit saint Grégoire-le-Grand. Elle suppose le choix systématique de la dernière place, toutes les fois que cela nous est possible. Au jour de Noël, c’est cette dernière place qu’occupera Jésus, celle qui restait à Bethléem, celle qu’il choisira tout au long de l’Évangile : c'est là que nous le rencontrerons toujours.
L´Auteur :
Boudon (Vénérable Henri-Marie, 1624-1702)
Figure quelque peu oubliée, Henri-Marie Boudon est né en 1624 dans l'Aisne, d'une famille de parlementaires très liés à la cour : sa marraine ne fut autre que la sœur de Louis XIII. Sa formation le rattache au cercle normand formé à Caen autour de Jean de Bernières-Louvigny, d'où sont sortis les fondateurs des Missions étrangères de Paris, notamment François de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec, auquel Boudon succèdera comme archidiacre d'Evreux.
Apôtre zélé, il restaure spirituellement le diocèse d'Evreux travaillé par le jansénisme, mais doit s'en éloigner du fait de calomnies qui le poursuivront jusqu'à sa mort en 1702.
Grand lecteur des maîtres espagnols et français, Boudon laisse une trentaine d’ouvrages sur la vie intérieure. Il sera l'auteur préféré de saint Louis-Marie Grignon de Montfort, qui lui empruntera notamment sa célèbre consécration à la Sainte Vierge.
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