Vendredi 20 mars 2026

❧ Abstinence de viande

À l’écoute de l’Esprit Saint

Le propre d’un esprit est d’être insaisissable : « Tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va » (Jn 3, 8), dira Jésus de l’Esprit Saint. C’est dans ses effets que l’on s’aperçoit de sa présence :

Sans l’inspiration actuelle de l’Esprit de grâce, nous ne pouvons ni faire, ni vouloir, ni croire aucun bien. Nous sommes donc toujours inspirés ; mais nous étouffons sans cesse cette inspiration. Dieu ne cesse point de parler ; mais le bruit des créatures au dehors et de nos passions au-dedans nous étourdit et nous empêche de l’entendre. Il faut faire taire toute créature, il faut se faire taire soi-même pour écouter dans ce profond silence de toute l’âme cette voix ineffable de l’époux. II faut prêter l’oreille ; car c’est une voix douce et délicate, qui n’est entendue que de ceux qui n’entendent plus tout le reste.

Toute la question de la vie spirituelle est celle de cette attention à l’Esprit Saint : tant que nous cherchons à le percevoir, c’est notre propre esprit que nous entendons.

Oh ! qu’il est rare que l’âme se taise assez pour laisser parler Dieu ! Le moindre murmure de nos vains désirs ou d’un amour-propre attentif à soi confond toutes les paroles de l’Esprit de Dieu. On entend bien qu’Il parle et qu’Il demande quelque chose ; mais on ne sait point ce qu’Il dit, et souvent on est bien aise de ne pas le deviner. La moindre réserve, le moindre retour sur soi, la moindre crainte d’entendre trop clairement que Dieu demande plus qu’on ne veut lui donner trouble cette parole intérieure. Faut-il donc s’étonner si tant de gens, même pieux, mais encore pleins d’amusements, de vains désirs, de fausse sagesse, de confiance en leurs vertus, ne peuvent l’entendre et regardent cette parole intérieure comme une chimère de fanatiques ?

Fénelon, Divers sentiments et avis chrétiens

Comment entrer dans le silence véritable ? Le silence ne se fabrique pas, il n’est pas un bruit moins fort que les autres, un « bruit silencieux » : il est écoute de quelqu’un. Si le premier pas est de se taire pour l’entendre (« quand tu pries, ferme ta porte ! » dit Jésus), le second est de nous offrir à celui dont nous savons qu’il est là (« et prie ton Père qui est là dans le secret ! ») :

Tâchez d’entretenir le calme dans votre âme ; soyez indifférent par rapport à toutes choses, et ne faites attention qu’à l’esprit de Notre-Seigneur vivant en vous ; que tout votre intérieur soit dans le silence devant lui. Vous le savez, et nous l’avons répété bien des fois dans nos entretiens, lorsque nous sommes en mouvement dans notre intérieur, l’Esprit-Saint ne peut s’y faire entendre. Notre âme, secouée et remuée par ses propres puissances, tournée et retournée à droite et à gauche, ne peut plus se laisser aller à l’Esprit de Dieu ; et, pour notre grand malheur, ce divin Esprit devient comme nul et sans occupation en nous.

François Libermann, Lettre du 11 septembre 1837

L´Auteur :

Fénelon (François de la Mothe, 1651-1715)

De vieille noblesse périgourdine, familier de l’entourage de Louis XIV, Fénelon devient précepteur de l’héritier du trône, le duc de Bourgogne. Archevêque de Cambrai en 1695, en semi-disgrâce après les condamnations du quiétisme, il se révélera homme de Dieu et pasteur exemplaire.

Libermann (Vénérable François, 1802-1852)

Fils d’un rabbin alsacien, baptisé à 24 ans au lendemain d’une conversion fulgurante, prêtre en 1841 malgré sa mauvaise santé, remarquable directeur spirituel, il relance en 1848 la Congrégation du Saint Esprit, au service des missions.