![]() |
|
|
|
Mardi 13 janvier 2026Le pain que Dieu nous donne (I)Le propre de la communion, qui est le pain vivant descendu du ciel, n’est pas d’être changé en nous, comme le pain mort qui vient de la terre, mais de nous changer en lui-même ; et la sainte communion doit élever l’homme au-dessus de son amour naturel pour entrer dans l’amour de son Dieu et dans l’union parfaite à ses volontés, par la mortification de soi-même. Ô mon âme, où en sommes-nous, de communier souvent et d’avoir toujours tant de répugnances à souffrir ? Jésus-Christ venant en nous, et s’incarnant, s’il faut ainsi dire, de nouveau en nous, n’y produirait-il pas la grâce signalée de l’amour des croix, s’il nous trouvait bien disposés pour la recevoir ? Qui communie souvent et ne veut point souffrir, communie sans doute imparfaitement. Car il ne reçoit pas les principaux effets de l’union divine, qui sont de nous faire aimer ce que Jésus a le plus aimé en ce monde. Ô mon Dieu, jusqu’à quand vivrons-nous dans les bas sentiments de la nature ? Ou souffrir, ou mourir : mon âme, ayez honte de vivre sans souffrances, parce que c’est, ce semble, vivre sans amour. Le fruit que nous recueillons de la sainte communion, se reconnaît non par l’abondance des douceurs sensibles, ni par la réception de plusieurs lumières en notre entendement, mais par une détermination forte et vigoureuse de notre volonté à souffrir et à se mortifier ; et tant plus on avance en la mortification, tant plus aussi l’on croit en la pureté de l’amour. Jean de Bernières-Louvigny (1602-1659), Le Chrétien intérieur, V, 7 MÉDITER LE NOTRE PÈRE « Quand tu me manges, c’est moi qui te mange ! », faisait dire saint Augustin à Jésus à propos de l’eucharistie. La communion au corps du Christ est l’achèvement de l’acte de foi par lequel nous nous offrons à lui, pour qu’il s’incarne en nous et vienne vivre sa divinité en notre humanité : tel est le mystère que nous célébrons chaque année à Noël, et qui se prolonge dans chacune de nos messes. Il y a un lien direct entre l’Incarnation du Fils de Dieu et sa Passion : c’est l’humanité blessée et souffrante qu’il vient revêtir. Pour autant, la croix est ce que Jésus a le plus aimé en ce monde, non pas par goût des épreuves, mais par amour de nous. Certes, Bernières souligne encore une fois la dimension douloureuse de la vie chrétienne, mais ne nous y trompons pas : cette douleur n’est aimable que parce que vivre sans souffrances, c’est vivre sans amour. Aucun dolorisme en cela, mais un amour passionné de Jésus-Christ crucifié. Le vrai critère d’une vie authentiquement chrétienne est la conformité au Christ de son disciple : vouloir ce qu’il a voulu, parce qu’il l’a voulu, parce que c’est lui qui l’a voulu. Sa Passion s’explique par la totalité de son amour pour chaque pécheur ; on ne peut lui être uni sans passer par là où il est passé. VIVRE LE NOTRE PÈRE « Où en sommes-nous de communier si souvent ? » L’eucharistie nous unit à Jésus et nous transforme en lui. Dès lors, son destin devient le nôtre, sa croix devient la nôtre. Parce qu’il vit désormais en moi et que je vis en lui, il me fera vivre l’amour jusqu’au bout, jusqu’au calvaire. Que ma prochaine communion soit un engagement à lui être uni jusque-là !
L´Auteur : Bernières-Louvigny (Jean de, 1602-1659) Fils d’un trésorier général de Caen, Jean de Bernières-Louvigny consacrera sa fortune et ses relations à l’animation du groupe mystique normand né autour du capucin Jean-Chrysostome de Saint-Lô, tout en assurant l’intendance de nombreuses entreprises missionnaires, et en fondant séminaires et hôpitaux à partir de son ermitage ouvert à ses nombreux amis contemplatifs. ![]() |