Jeudi 12 mars 2026

Croire en Jésus ressuscité

Qu’il s’agisse de la mort de Jules César ou de la résurrection du Christ, on ne prouve pas un événement historique : on le raconte, et sa vraisemblance sera mesurée par la fiabilité des témoins et l’accord de leurs témoignages. Mais pour passer de la vraisemblance à la certitude, il faut faire un pas de plus : se reconnaître dans ces témoignages, parce qu’au fond, ils expliquent ce que l’auditeur ou le lecteur est en train de vivre. Comment se passe cette expérience ? Comment devient-on croyant ? Vingt siècles après Pâques, avec d’autres mots et dans un autre paysage, c’est bien ce qu’a vécu Marie-Madeleine que revit plus ou moins intensément le disciple de Jésus :

Il arrivera peut-être à celui qui prie de faire une expérience étrange. Longtemps sa réflexion, nourrie par les pensées de la foi, aura cherché Dieu ; soudain Dieu lui-même est là. Cela ne signifie pas qu’il ait été particulièrement recueilli, ni que l’idée de Dieu l’ait spécialement impressionné, ni que son cœur éprouve un grand amour pour Lui, ni rien de semblable ; il sent que ce qui lui arrive là est quelque chose d’entièrement nouveau, de différent. Jusque-là, il y avait un mur : ce mur est renversé.

Il peut arriver que celui qui connaît cette expérience en soit d’abord très troublé. Il éprouve une émotion d’un caractère tout nouveau, et il se trouve dans un état qu’il ne connaissait pas encore. Mais la partie la plus intérieure de lui-même pressent la vérité : « C’est Dieu », ou au moins : « Cela est en rapport avec Dieu ».

Au moment même où l’expérience se produit, le doute n’est guère possible. Les doutes ne viennent qu’ensuite ; par exemple, lorsqu’il s’aperçoit que d’autres hommes ignorent tout de ce genre de choses. Son cœur sait bien de quoi il s’agit ; mais il sait tout aussi bien que ce qui est très clair dans son esprit et dans son cœur, il ne peut l’exprimer. Et non pas seulement parce que c’est trop grand ou trop profond, mais tout simplement parce qu’il n’existe pas d’expression pour cela. Il ne pourrait dire que des choses de ce genre : « c’est sacré ; c’est proche ; c’est plus important que tout le reste ; cela vaut la peine et cela seul suffit ; c’est silencieux, délicat, simple, presque un rien, et cependant c’est tout. C’est Lui enfin. » Voilà tout ce qu’il pourrait dire, tout en sachant que cela ne signifierait rien pour un autre qui n’aurait pas passé par une expérience semblable.

Pour les autres aussi, cette expérience signifie quelque chose ; celui à qui elle a été accordée devient un témoin. Il peut dire : « Je sais que Dieu vit. » Aux doutes, aux objections, il peut opposer la force de cette phrase : « Et pourtant il en est ainsi, car j’en ai fait l’expérience. » Et de la sorte il peut intervenir pour l’honneur de Dieu, et être un soutien pour les autres.

Romano Guardini, Initiation à la prière

L´Auteur :

Guardini (Romano, 1885-1968)

D'une famille italienne établie en Allemagne, ordonné prêtre à Mayence, brillant théologien et grand spirituel, il compte le pape Benoît XVI parmi ses élèves.