Dimanche 26 juillet 2026

17ème Dimanche du Temps Ordinaire

Affamé de sainteté !

Quiconque aspire à un haut degré de sainteté, à une amitié toute spéciale avec Dieu, quiconque désire aimer Dieu de toutes les forces de son âme et son prochain comme soi-même, quiconque enfin veut, dès ce monde, sentir Dieu, vraiment, au fond de lui-même, doit éteindre parfaitement en lui et conserver éteints toute délectation et tout plaisir pour les créatures, quelles qu'elles soient, en dehors de Dieu. N'importe quel objet, en effet, dans lequel la nature, soit au-dedans soit au-dehors, trouve sa délectation et son plaisir en se recherchant et se flattant elle-même d'une manière désordonnée, c'est-à-dire sans que Dieu en soit le motif et sans qu'il y ait pour nous la moindre nécessité, quel que soit l'état dans lequel nous nous trouvions, tout objet, dis-je, recherché de la sorte doit être absolument rejeté.

En second lieu, celui qui veut arriver, soit dans ce monde soit dans l'autre, à la connaissance de la Vérité suprême, devra également s'abstenir et se dégager intérieurement de toute délectation de l'esprit dans tout sujet où il pourrait se chercher lui-même, ou du moins y trouver son compte.

En troisième lieu, quand l'homme est parfaitement et complètement dégagé, extérieurement et intérieurement, de toute attache, quand il a appris à s'appuyer sur son néant de la façon que je viens d'expliquer, alors s'ouvre toute grande l'entrée et la conversion vers le Bien très pur et très simple qui est Dieu, infiniment bon et infiniment grand.

Les Institutions taulériennes. Chapitre XXVI

Méditation

Éteindre toute délectation et tout plaisir pour les créatures… Sans doute n’en avons-nous guère envie ! Mais l’auteur ajoute : en se recherchant et en se flattant soi-même de manière désordonnée. Le plaisir est ce qu’il est, ni bon, ni mauvais ; c’est d’en faire un but qui est désordonné, car nous plaçons alors notre bonheur dans ce qui n’ira pas plus loin que la tombe. Faire les choses avec plaisir, oui ; faire les choses pour le plaisir, non !

Nous sommes faits pour Dieu ; notre bonheur est de vivre de sa vie : voilà pourquoi il nous faut être parfaitement et complètement dégagé[s], extérieurement et intérieurement, de toute attache aux créatures. Il ne s’agit pas de les détruire, mais de les dépasser : alors nous serons libres pour recevoir le Bien très pur et très simple qui est Dieu.

Encore faut-il aspirer à un haut degré de sainteté, à une amitié toute spéciale avec Dieu : mais c’est cela être chrétien, et c’est bien ce à quoi nous nous sommes engagés au jour de notre baptême.

L´Auteur :

Les Institutions taulériennes

Sous le nom de Tauler, les Institutions regroupent en réalité des textes délicats à identifier, dus à de nombreux auteurs rhéno-flamands du XIVe siècle, du dominicain Eckhart au mystique brabançon Ruusbroec l’Admirable, ou à son contemporain le laïc strasbourgeois Rulman Merswin. Cette compilation est l’un des nombreux fruits de l’extraordinaire entreprise éditoriale des jésuites et des chartreux de Cologne au XVIe siècle, à l’origine de la diffusion dans toute l’Europe de la mystique nordique.

Publiées en allemand par le jésuite saint Pierre Canisius en 1543, les Institutions exerceront une influence considérable à travers leur traduction latine de 1548 par le chartreux Laurent Surius. Un témoignage parmi tant d’autres de cette influence : c’est à l’occasion de l’interdiction en 1559 par l’Inquisition espagnole de ce livre qu’elle chérissait entre tous, que sainte Thérèse d’Avila s’entend dire par le Christ : «Je serai désormais ton livre vivant.»