Vendredi 4 septembre 2026

Sainte Rosalie

« Faites ce que vous pourrez, comme vous le pourrez. »

Il ne faut plus réfléchir que sur le divin Objet qui doit être votre modèle et que vous devez imiter ; il ne faut pas non plus avoir aucune autre volonté que la sienne. Perdez-vous dans ce ravissant exemplaire ; passez en lui par amour et par désir comme il se perdait lui-même dans le sein de son Père pour se conformer à sa divine volonté, et à ses desseins éternels.

Il n’y a point d’état dans la vie, si pénible et si fâcheux qu’il soit, qu’il ne devienne aisé à supporter, si nous jetons les yeux sur Notre Seigneur. Ne craignez point de ne pouvoir pas remplir les desseins de Dieu sur vous : faites ce que vous pourrez, comme vous le pourrez, il n’en demande pas plus de sa pauvre et faible créature. Il paraît bien que Dieu vous voulait dans cette humble et heureuse dépendance, puisque vous me dites en avoir eu souvent la vue. Ne vous découragez point dans vos détresses, et si vous êtes toujours mécontente de vous-même, c’est le caractère des âmes les plus saintes et je ne m’en étonne pas. Ah, qui est-ce qui se peut contenter de ce qu’on fait pour Dieu ? S’il se trouve des âmes contentes d’elles-mêmes, elles sont bien à plaindre, et je les estime bien malheureuses dans cet état ; soyez donc bien aise d’être mécontente de vous-même, et ne laissez pas de vivre en paix. Il est très vrai que tous nos maux viennent de ce que nous ne recevons pas ce qui nous arrive comme venant de Notre Seigneur et de son amoureuse conduite, vous avez eu peur d’un emploi qui vous convenait de crainte de tomber dans un autre ; vous portez trop loin vos vues, à chaque jour suffit son affliction. Qui vous a promis de vivre si longtemps ? Si vous attendiez la mort chaque jour, vous ne seriez pas en peine du lendemain : vivez donc comme si vous n’aviez qu’un jour à vivre, et vivez pour Dieu et pour l’accomplissement de sa sainte volonté sans vous mettre en peine de l’avenir ; abandonnez-vous à Dieu et laissez-le faire comme il lui plaira.

Marie de Sainte-Thérèse, Lettres tome II, p. 333

L´Auteur :

Marie de Sainte-Thérèse (1640-1717)

Carmélite converse de Bordeaux, dirigée d’un fils spirituel du carme Maur de l’Enfant-Jésus, elle connut des expériences mystiques intenses qui l’amenèrent à être elle-même de conseillère spirituelle bien au-delà des limites de sa communauté et même de son ordre. Ses lettres de direction, restées pratiquement ignorées après sa mort, gagneraient à être redécouverts, pour nous remémorer la primauté de l’amour de Dieu, qui nous appelle à une intimité nuptiale avec lui, et veut lui-même opérer la transformation nécessaire en nos âmes.