Samedi 8 août 2026

Saint Dominique

L’oblation de nous-mêmes

Afin que cette oblation soit fort agréable à Dieu, il y a deux choses à observer. La première est que l’on unisse cette oblation à toutes celles que le Fils de Dieu faisait ici-bas : la seconde, que l'on ait le cœur entièrement détaché de toute affection pour les créatures. A l'égard de la première, il faut savoir que notre Seigneur, pendant qu'il vivait dans ce monde, ne cessait d'offrir au Père éternel non seulement sa personne et ses actions particulières, mais encore tous les hommes et toutes leurs bonnes œuvres. Joignons donc nos offrandes aux siennes, afin que par cette union les siennes sanctifient les nôtres. Pour la seconde, prenons garde, avant de faire un sacrifice de nous-mêmes, que nous n'ayons nulle attache à aucune créature. Ainsi, lorsque nous sentons que nos cœurs ne sont pas entièrement libres de toute affection impure, recourons à Dieu, et conjurons-le de rompre nos liens, afin que rien ne nous empêche d'être tout-à-fait à lui. Ce point est très important : car si un homme qui s'est fait esclave des créatures prétend se donner à Dieu, il veut lui donner un bien qu'il a déjà engagé à d'autres, et dont il n'est plus le maître : et n'est-ce pas là se moquer de Dieu ? De là vient aussi, que quoique souvent nous nous soyons offerts de cette manière comme en holocauste au Seigneur, non seulement nous ne croissons point en vertu, mais nous tombons en de nouvelles imperfections et en de nouveaux péchés. Nous pouvons, à la vérité, nous offrir quelquefois à Dieu, quoiqu'il nous reste quelque attachement aux choses du monde, mais c'est afin qu'il nous en donne de l'aversion et qu'après cela nous puissions sans nul obstacle nous dévouer à son service, ce qu'il faut faire souvent et avec beaucoup de ferveur. Que notre oblation soit donc toute pure : que notre propre volonté n'y en ait point de part. N'envisageons ni les biens de la terre, ni ceux du ciel ; ne regardons le que la seule volonté de Dieu. Adorons sa providence, et soumettons-nous aveuglément à ses ordres : sacrifions-lui toutes nos inclinations, et, oubliant les choses créées, disons-lui : Voici, ô mon Dieu et mon créateur ! que je vous offre tout ce que j'ai. Je soumets entièrement ma volonté à la vôtre : faites de moi ce qu'il vous plaît soit durant la vie, soit à la mort, soit après la mort, dans le temps et dans l'éternité. Si c'est tout de bon et avec sincérité que nous parlons de la sorte, si nous sommes dans ces sentiments, comme le temps de l'adversité nous le fera voir, nous acquerrons en très peu de temps de fort grands mérites qui sont des trésors infiniment plus précieux que toutes les richesses de la terre : nous serons à Dieu, et Dieu sera à nous, puisqu'il se donne toujours à ceux qui renoncent à eux-mêmes et à toutes les créatures, afin de vivre que pour lui.

Lorenzo Scupoli, Le Combat spirituel, chapitre 58

L´Auteur :

Scupoli (Laurent, 1530-1610)

Né à Otrante en 1530, François Scupoli rencontre à Naples la fervente et jeune famille sacerdotale des Théatins, fondée à Rome en 1524. Il y entre en 1569, y reçoit le nom de Laurent, et y sera formé par saint André Avellin, avant d’être transféré à Plaisance, où il sera ordonné prêtre en 1577, puis à Milan, Gênes, Venise, et Naples. Accusé, sans doute à tort, d’un grave délit en 1585, il fut en disgrâce parmi les siens, jusqu’à sa réhabilitation au soir d’une vie dont on ne connaît guère que l’humilité et la discrétion.

Édité à Venise en 1588 sans nom d’auteur, le Combat Spirituel connut très vite un immense succès qui lui valut plus de 600 éditions dans toutes les langues jusqu’à nos jours. Son plus fameux lecteur sera saint François de Sales, qui ne s’en séparait jamais et en donnera une traduction française. Petit manuel de confiance absolue en la bonté de Dieu et de défiance envers soi-même, on y trouve déjà le secret du salésianisme : l’attention à la présence amoureuse de Dieu dans les moindres détails de la vie la plus ordinaire.