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Jeudi 18 juin 2026Ne pas s’affoler d’être pécheurIl est certain que, dans les vues de Dieu, les fautes où il permet que nous tombions doivent servir à notre sanctification, et qu’il ne tient qu’à nous d’en tirer cet avantage. Il arrive néanmoins, au contraire, que nos fautes nous nuisent moins par elles-mêmes que par le mauvais usage que nous en faisons. Il nous arrive, d’ordinaire, de nous étonner de nos fautes, de nous en troubler, d’en avoir une mauvaise honte, de nous laisser aller au dépit et au découragement. Ce sont là autant d’effets de l’amour-propre, effets plus pernicieux que ne le sont les fautes mêmes. On s’étonne d’être troublé ; on a grand tort, et c’est une marque qu’on ne se connaît guère. On devrait, au contraire, être surpris de ne pas tomber plus souvent et en des fautes plus graves, et rendre grâces à Dieu des chutes dont il nous préserve. On se trouble chaque fois qu’on se surprend dans quelque faute ; on en perd la paix intérieure ; on est tout agité, et l’on s’en occupe des heures, des journées même entières. Il ne faut jamais se troubler ; mais, quand on se voit à terre, il faut se relever tranquillement ; se retourner vers Dieu avec amour, lui demander pardon, et ne plus penser à ce qui est arrivé que quand il faudra s’en accuser. Jean-Nicolas Grou (1731-1803), Manuel des âmes intérieures, « Du profit qu’on doit tirer de ses fautes » MÉDITER LE NOTRE PÈRE Dans la ligne de saint François de Sales dont il fut un lointain disciple, le Père Grou nous enseigne le bon usage de nos péchés : Dieu ne veut pas le péché, mais le permet, nous dit le catéchisme. Il préfèrerait que nous ne profitions pas de cette permission, mais enfin il ne perd pas son temps à nous faire des reproches, et le péché une fois commis, il nous propose un nouveau chemin pour reprendre la vie commune avec lui. Le seul péché irrémissible, c’est de croire que Dieu s’est lassé de nous, qu’il ne nous pardonnera plus, et qu’il n’y a plus qu’à s’enfoncer dans la perdition. Et c’est là que le péché devient mortel, moins par l’énormité du vice que par désespoir : « Judas a davantage offensé mon Fils en ne croyant pas en son pardon, qu’en le vendant à ses bourreaux », fait dire sainte Catherine de Sienne à Dieu le Père. Ne plus penser à ce qui est arrivé. C’est aussi simple que cela. Tout retour sur le passé est du temps perdu, et ne sert qu’à nous trouver des excuses, et donc à moins compter sur l’amour de Dieu et son pardon. VIVRE LE NOTRE PÈRE Arrivés à ce point du Notre Père, nous voyons son lien avec l’ensemble de la vie chrétienne, et notamment avec la pratique des sacrements. La demande du pain quotidien nous invite à l’eucharistie ; la demande de pardon nous invite au sacrement de pénitence. On ne peut dire le Notre Père loyalement sans aller jusqu’au bout de nos demandes, jusqu’à la réalité de la présence personnelle et substantielle du Christ dans l’eucharistie, et jusqu’à la réalité de son pardon ici et maintenant dans le sacrement de pénitence. L´Auteur : Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803) Né à Calais, le jeune Grou entre chez les jésuites à 15 ans. Brillant professeur de lettres à La Flèche, il s’exile en Lorraine lors de la suppression de la Compagnie en 1763. Bientôt à Paris, sa rencontre avec la visitandine Pélagie Lévêque l’ouvre à la mystique. Il se partagera désormais entre la direction spirituelle et la rédaction d’ouvrages connexes, notamment en Angleterre, car la Révolution française le force à un nouvel exil à partir de 1792. Humaniste du XVIIIe siècle, Grou est à la fois un philosophe, un controversiste, un apologiste, un moraliste et un mystique. Son enseignement spirituel culmine dans le Manuel des Âmes intérieures, recueil d’une soixantaine d’entretiens publié par ses disciples. Rédigé dans une langue superbe, on y reconnaît la tradition salésienne de l’abandon en même temps qu’une extrême finesse d’analyse psychologique. ![]() |