Lundi 20 avril 2026

Bienheureuse Odette

Moniale au Brabant (+ 1158)

Un Père qui pardonne tout

    Je n’oublierai pas de parler de ce père si tendre qui fait revenir son fils prodigue, et qui l’accueille bien volontiers après qu’il ait sombré dans la misère, tuant le veau gras pour célébrer sa joie par un festin. Et pourquoi pas ? C’est qu’il avait retrouvé celui qu’il avait perdu, et il lui était devenu d’autant plus cher qu’il lui avait tant coûté. Qui donc peut-être un tel père ? Dieu, bien sûr, car personne n’est père à ce point, ni bon à ce point. Et toi qui es son fils, même si tu gaspilles ce que tu as reçu de lui, même si c’est tout nu que tu reviens à lui, il te recevras donc du seul fait que tu reviennes ; et il se réjouira davantage de ton retour, que de la sagesse de l’autre fils, mais à condition que tu te repentes du fond de l’âme, que tu prennes conscience de ta faim, comparée à la satiété des serviteurs de ton Père, que tu délaisses l’infâme troupeau des porcs, et que tu insistes auprès du Père, même s’il semble irrité, en lui disant : « Père, j’ai péché ; je ne suis pas digne d’être appelé ton fils. » L’aveu des péchés relève autant le pécheur, que la dissimulation ne l’abaisse ; en effet, la confession fait déjà partie de la réparation, tandis que la dissimulation dénote un pécheur obstiné.

Tertullien († 220), De la pénitence, VIII

MÉDITATION

    On est père inconditionnellement ou on ne l’est pas du tout : Prier Dieu en l’appelant Père sous-entend qu’il nous pardonnera quoi qu’il arrive, et nous pardonnera sans condition. Ce qui ne veut pas dire que nos fautes lui soient indifférentes, mais qu’il s’engage d’avance à en payer le prix ; et ce prix sera son Fils unique, donné en rançon pour nos péchés.

    Parce que son pardon est inconditionnel, Dieu ne perd pas de temps à se lamenter sur nos fautes : l’évangile de l’enfant prodigue nous montre que si le fils est très embarrassé de son péché, le père ne s’en occupe pas un instant. C’est son fils qui l’intéresse, non pas ce qu’il a fait.

    Alors, pourquoi l’aveu ? Pourquoi demander pardon chaque fois que nous récitons le Notre Père ? De même que demander un pain que Dieu nous donnera de toute façon nous permet de le recevoir de sa main, lui demander son pardon nous permet de le vivre comme un acte d’amour supplémentaire.

    En nous faisant découvrir la paternité de Dieu, le Notre Père nous révèle par contraste à quel point nous peinons à être ses enfants. Cela explique pourquoi ce ne sont pas les plus pécheurs qui se confessent le plus souvent, mais les moins pécheurs : leurs yeux se sont ouverts, et loin de vivre l’aveu comme une démarche humiliante, ils s’aperçoivent que demander pardon est la plus belle des déclarations d’amour.

L´Auteur :

Tertullien (150-230)

Né à Carthage, fils d’officier, Tertullien devient avocat à Rome, puis se convertit et rentre à Carthage où il devient le principal écrivain latin chrétien avant la conversion de l’Empire. Il y fut le professeur de saint Cyprien. Peut-être fut-il ordonné prêtre. Génial, mais d’un tempérament excessif, ses traités sur le mariage ou le jeûne montrent un rigorisme intransigeant. Sa théologie puissante, en revanche, reste fondamentale sur la Trinité ou l’identité du Christ. Tertullien finira par passer en 207 à l’hérésie montaniste, rejetant pratiquement l’Église hiérarchique.