Vendredi 5 juin 2026

Vénérable Jean-Baptiste Delaveyne

Fondateur de la congrégation des religieuses de la Charité de Nevers (+ 1719)

Laisser à Dieu le jugement 

Que Jésus règne à jamais en souverain Maître dans votre âme. Soyez docile et souple entre ses mains. Vous savez ce qu’il faut pour cela : se tenir en paix et en tout repos ; ne s’inquiéter jamais et ne se troubler de rien ; oublier le passé ; vivre comme s’il n’existait pas d’avenir ; vivre pour Jésus dans le moment qu’on vit, ou plutôt vivre comme si l’on n’avait pas de vie en soi, mais laisser Jésus vivre à son aise ; marcher ainsi, en toute circonstance et toute rencontre, sans crainte et sans souci, comme cela convient aux enfants de Jésus et de Marie ; ne penser jamais à soi volontairement ; abandonner le soin de son âme à Jésus seul, etc. C’est lui qui l’a prise par force, elle lui appartient ; c’est donc à lui à en avoir soin, puisqu’elle est sa propriété.

Ne craignez pas tant le jugement d’un si doux Maître. Généralement, bannissez toute crainte et remplacez ce sentiment par l’amour : en tout cela agissez doucement, suavement, posément, sans vivacité, sans emportement ; faites le mort quand besoin est, marchant ainsi en toute suavité, abandon et pleine confiance. Le temps de cet exil se terminera, et Jésus sera à nous et nous à lui. Alors chacune de nos tribulations sera pour nous une couronne de gloire, que nous mettrons sur la tête de Jésus ; car toute gloire lui appartient à lui seul.

François Libermann (1802-1852), Lettre de 1839 à un séminariste

Méditation

Il n’y aura pas d’autre bois au feu de l’enfer que ta volonté propre, disait saint Bernard. Le jugement de Dieu n’est inquiétant que pour ceux qui cherchent autre chose que sa volonté, laquelle, par définition, ne peut que nous rendre heureux.

Si nous avions parfaitement confiance en Dieu, un si doux maître, nous ne penserions même pas qu’il y a un jugement, puisque la seule chose que Dieu puisse nous reprocher, c’est justement de ne pas lui faire confiance. Confiance en son amour quand nous faisons le bien, confiance en sa miséricorde quand nous avons fait le mal.

Le chrétien ne se prépare pas au jugement, mais à l’éternité. Celui qui croit en moi ne viendra pas en jugement : il est déjà passé de la mort à la vie. (Jn 5, 24)

Depuis le péché originel, nous vivons dans l’inquiétude ; nous avons peur de Dieu, nous le fuyons en ne faisant pas sa volonté, et parce que nous ne faisons pas sa volonté, nous avons peur d’être punis. Méditons aujourd’hui l’infinie bonté de Dieu, et faisons tomber un à un tous les prétextes que nous nous donnons pour avoir peur de lui.

L´Auteur :

Libermann (Vénérable François, 1802-1852)

Jacob Libermann était le cinquième des neuf enfants du rabbin de Salerne, où il naquit en 1802. À la suite de son frère aîné, il est baptisé à 24 ans sous le nom de François, et s’oriente immédiatement vers le sacerdoce, mais sa santé précaire retardera son ordination jusqu'en 1841. Il n’attendra pas cette date pour être l’éducateur et le directeur spirituel de ses condisciples du séminaire Saint-Sulpice à Paris, puis chez les eudistes de Rennes.

Très tôt, partageant le souci missionnaire de son époque d’expansion coloniale, il jette avec quelques confrères les fondations d’une œuvre d’évangélisation des noirs d’Afrique, la société du Saint-Cœur de Marie, qui fusionnera en 1848 avec la congrégation du Saint-Esprit. Toujours tributaire de sa mauvaise santé, le Père Libermann mourra prématurément en 1852.

Malgré les difficultés de tous ordres qui auront entravé son existence trop courte, Libermann aura été l’un des reconstructeurs de la formation sacerdotale française après la fracture de la Révolution, et l’un des maîtres spirituels du clergé de sa génération, dans la tradition de l’École française. L’audace de ses projets missionnaires en fait également l’un des prophètes de l’action pastorale moderne.

Il nous reste du Père Libermann un volumineux commentaire de l’Évangile de saint Jean, divers écrits spirituels et missionnaires, et surtout une importante correspondance.