Mardi 20 janvier 2026

Sainte Damiana

Martyre copte (IVe siècle)

Le sacrement du pauvre

« Toutes les fois que vous l'avez fait à l'un des plus petits d'entre mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » Les bons services que nous rendons maintenant aux miséreux, c'est bien au Christ que nous les offrons, puisque nous les accomplissons par amour de lui.

Et l'on recevra une récompense d'autant plus grande qu'on se sera abstenu de dédaigner un pauvre qui paraissait devoir être davantage dédaigné. Quelle chair est plus haute en dignité parmi les hommes que celle du Christ, qui a été élevée au-dessus des anges ? Et quelle chair est plus abjecte parmi les hommes que la chair des lépreux, crevassée par des plaies purulentes et dégageant une odeur fétide ? Mais voici que le Christ est apparu sous l'aspect d'un lépreux, et que celui qui doit être révéré au-dessus de tous n'a pas craint de se montrer méprisé au-dessous de tous.

Pourquoi cela ? N'est-ce pas pour nous faire prendre garde, nous qui sommes si lents à comprendre, que celui qui se hâte d'aller prendre place près du Seigneur au Ciel ne doit pas refuser de se laisser humilier sur la terre, ni de se montrer compatissant pour ses frères, fussent-ils abjects et méprisables ?

Saint Grégoire le Grand († 604), Homélie 39

MÉDITATION

Le Christ n'est pas moins présent dans nos frères que dans l'eucharistie. L'adorer en nos frères est le servir en nos frères. Et de même qu'il est présent dans l'eucharistie sous l'apparence déroutante d'un peu de pain, il vient à nous en nos frères sous l'apparence déroutante du lépreux, que sa lèpre soit physique, morale ou sociale.

De même que la messe est toujours la messe lorsqu'elle est dite par un prêtre indigne, jamais nous ne pouvons repousser un frère sous prétexte qu'il est trop repoussant : allons vers lui avec le soin que nous mettons à nous approcher de l'eucharistie.

Dans mes rencontres quotidiennes, est-ce que je vais au-devant du lépreux qui m'attend, ou bien est-ce que je l'évite ?

L´Auteur :

Grégoire le Grand (Saint, † 604)

Personnage immense, issu de l'aristocratie sénatoriale, arrière-petit-fils du pape Félix III, préfet de Rome puis émissaire de Pélage II à Byzance, il lui succède de 590 à 604, menant sur le trône de Pierre la vie monastique qui fut la sienne avant son élection par le peuple romain. Il n'accepta celle-ci qu'après sept mois de résistance, une tentative de fuite, et le refus de l'empereur d'y mettre son veto. Au moment de l'écroulement des structures civiles de l'Empire romain du fait des calamités du temps, il doit assurer la gestion de toute l'Italie autant que le gouvernement de l'Église : entre les invasions barbares, les premières grandes pestes d'Occident et autres inondations, il était persuadé, comme saint Augustin un peu plus tôt, de vivre la fin du monde. Les prédications de Grégoire, ses lettres, ses commentaires bibliques et ses prédications en feront, avec saint Augustin, l'un des maîtres du moyen-âge. Sa Règle pastorale lui fournira le modèle du pasteur antique, ses Morales sur Job les grandes lois de la vie spirituelle, et son Sacramentaire ses normes liturgiques, même s'il est difficile d'affirmer qu'il soit à l'origine du chant grégorien.