Samedi 20 juin 2026

Marie, arbitre des desseins de Dieu

Tu as entendu, Vierge Marie, à la fois ce qui allait s’accomplir, et de quelle manière, les deux étant merveilleux et joyeux tout à la fois. « Réjouis-toi, fille de Sion, tressaille de joie, fille de Jérusalem ! » (Za 9, 9.) Et puisque la joie et l’allégresse sont parvenus à ton oreille, que parvienne à la nôtre la réponse réjouissante que nous attendons de toi, pour qu’« exultent maintenant nos os humiliés » ! (Ps 50,10.) Tu as entendu ce qui allait s’accomplir et tu y as cru : crois aussi à la manière dont cela va s’accomplir. Tu as entendu que tu concevrais et enfanterais un fils, non de l'homme mais du Saint-Esprit : l'ange attend ta réponse ; il est temps qu'il retourne vers Dieu qui l'a envoyé.

Et nous aussi, ô Souveraine, nous attendons une parole de miséricorde, nous sur qui pèse misérablement une sentence de condamnation. Voici qu'on t'offre le prix de notre salut : si tu y consens, nous serons aussitôt délivrés. Nous avons tous été créés par le Verbe, mais voici que nous mourrons ; de ta brève réponse dépend que nous soyons rappelés à la vie… Réponds bien vite à l'ange, ou plutôt, par l'ange, au Seigneur ; réponds d’une parole et tu recevras la Parole ; prononce la tienne, et tu concevras celle de Dieu… Vierge bienheureuse, ouvre ton cœur à la foi, tes lèvres au consentement, ton sein au Créateur. Voici que le désiré de toutes les nations est à ta porte, et il frappe. Oh ! s'il allait passer son chemin tandis que tu tardes, et s'il te fallait recommencer à chercher douloureusement celui que ton cœur aime !

Saint Bernard (1090-1153), Louanges de la Vierge Mère, 4e homélie, 8

Méditation

Dieu a voulu que l’accomplissement de son dessein de « récapituler toute chose dans le Christ » (Ep 1, 10) dépende d’une créature humaine : il ne pouvait assumer la condition humaine sans prendre les risques de la liberté qu’il avait donnée à l’homme. Certains diront : Marie était parfaite de par son immaculée conception, et donc Dieu ne courait aucun risque ! Mais Adam et Ève aussi étaient parfaits avant le péché, et ils ont fait de leur liberté un usage opposé à celui qu’en fera Marie !

Si nous pouvons aujourd’hui vivre en enfants de Dieu, si nous connaissons la joie d’être chrétien et le bonheur d’être sauvés, nous le devons donc au « oui » de Marie au jour de l’Annonciation, autant qu’à la grâce de Dieu notre Père : voilà qui lui donne un rôle aussi décisif que celui de Jésus dans le mystère chrétien, même si Jésus seul nous a sauvés.

Et ce « oui » de Marie à Dieu rend possible tous les nôtres : la vie chrétienne est une succession d’annonciations, d’invitations à accueillir le Christ en nous, et à le laisser vivre et grandir en nous par sa grâce.

L´Auteur :

Bernard (Saint, 1090-1153)

De noble famille bourguignonne, Bernard entre au monastère de Cîteaux en 1112. Bientôt abbé de Clairvaux, il est à l’origine d’un prodigieux renouveau monastique en Occi­dent (celui des Cisterciens), caractérisé par l’attachement à la sobriété primitive de la règle de saint Benoît. Arbitre des conflits politiques, intellectuels et religieux de son temps, saint Bernard fut d’abord un immense mystique, dont l’influence, conjuguée à celle de saint Augustin, dominera la suite de la littérature chrétienne.