Mardi 5 mai 2026

Vénérable Marie du Sacré-Cœur Glowrey

Religieuse (+ 1957)

Une année par l'intérieur

Quiconque est curieux, empressé, aimant à se répandre au dehors, à se mêler des affaires d’autrui, ne peut habiter avec soi-même ; quiconque est critique, médisant, railleur, emporté, méprisant, hautain, délicat sur tout ce qui touche l’amour-propre ; quiconque est attaché à son sens, entêté, opiniâtre, ou asservi au respect humain, à l’opinion publique, et par conséquent faible, inconstant, changeant dans ses principes et dans sa conduite, ne sera jamais dévot dans le sens que j’ai expliqué.

Le vrai dévot est un homme d’oraison, qui fait ses délices de s’entretenir avec Dieu, qui ne perd jamais où presque jamais sa présence ; non qu’il pense toujours à Dieu, cela est impossible ici-bas, mais parce qu’il lui est toujours uni de cœur, et qu’il est conduit en tout par son esprit.

Pour faire oraison, il n’a besoin ni de livre, ni de méthode, ni d’efforts de tête, ni même d’efforts de volonté. Il n’a qu’à rentrer doucement en lui-même ; il y trouve Dieu, il y trouve la paix, quelquefois savoureuse, quelquefois sèche, mais toujours intime et réelle.

Il préfère l’oraison où il donne beaucoup à Dieu, l’oraison où il souffre, l’oraison où l’amour-propre est miné peu à peu et ne trouve aucune pâture, en un mot, l’oraison simple, nue, vide d’images, de sentiments aperçus, et de tout ce que l’âme peut remarquer ou sentir en toute autre espèce d’oraison.

Jean-Nicolas Grou (1731-1803), Manuel des âmes intérieures, De la vraie et solide dévotion

MÉDITATION

Si la grâce de Dieu provient du fond de l’âme, ses premiers effets se feront sentir à sa périphérie : pas de vie intérieure chrétienne sans d’abord mettre de l’ordre chrétien dans sa vie extérieure. Notre oraison vaudra ce que vaut notre volonté de nous comporter en chrétien.

La principale difficulté à mener une vie d’intimité avec Dieu, vient tout simplement de ce qu’en réalité nous ne voulons pas vraiment ce qu’il veut. Comment seulement dire « Que ta volonté soit faite ! » dans le Notre Père, quand d’avance nous ne voulons pas cette volonté ?

Mais si nous voulons ce que Dieu veut, nous pouvons nous offrir sans réserve à lui dans l’oraison, et la suite sera ce qu’il voudra, facile ou difficile, pleine de joie ou de sécheresse, mais de toute façon de plus en plus simplement abandonnée à son bon plaisir, et c’est cela la « vie dévote ».

L´Auteur :

Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803)

Né à Calais, le jeune Grou entre chez les jésuites à 15 ans. Brillant professeur de lettres à La Flèche, il s’exile en Lorraine lors de la suppression de la Compagnie en 1763. Bientôt à Paris, sa rencontre avec la visitandine Pélagie Lévêque l’ouvre à la mystique. Il se partagera désormais entre la direction spirituelle et la rédaction d’ouvrages connexes, notamment en Angleterre, car la Révolution française le force à un nouvel exil à partir de 1792.