Vendredi 29 mai 2026

Saint Paul VI

Pape (262e) de 1963 à 1978 (+ 1978)

Réjouissons-nous d’être tentés !

Notre faiblesse est si grande, et ceux qui nous font la guerre si malins et si forts, qu’il ne faut pas s’émerveiller d’être parfois vaincus, mais bien plutôt d’être parfois vainqueurs ! Et en vérité, nous ne sommes jamais vainqueurs, mais le Christ est vainqueur en nous, lui le Lion de Juda : et s’il nous abandonnait, nous serions aussitôt engloutis par nos ennemis, comme dit David1. Mais non, il ne nous abandonne pas, et si parfois il se cache, ce n’est pas qu’il s’en va, mais qu’il regarde par les fentes2, comme un époux jaloux, pour voir ce que fait cette âme quand il n’est pas là pour l’embrasser !

Et il surveille particulièrement notre confiance, car il veut qu’elle soit tellement enracinée en nous, qu’aucune tempête de tentation ne puisse l’arracher, mais qu’elle en sorte renforcée au contraire : nous devons croire que plus nous sommes tentés, plus nous sommes aimés ; plus nos ennemis nous persécutent, plus Dieu nous regarde, car ses soins et sa vigilance pour nous défendre, sont sans comparaison supérieurs aux astuces de nos ennemis pour nous tromper.

Pourquoi cela ? Parce que Dieu nous aime plus que le démon ne nous déteste, et il est plus fort que notre chair n’est faible.

1. Ps 123, 3

2. Cant 2, 9

Saint Jean d’Avila (1499-1569), Lettre 59

Méditation

Laissés à nous-mêmes, nous ne sommes capables que d’une vie animale, celle qui se termine au cimetière : c’est la définition du péché mortel, c’est-à-dire d’une vie qui s’épuise dans la satisfaction des instincts. Laissés à nous-mêmes, «il ne faut pas s’émerveiller d’être parfois vaincus, mais bien plutôt d’être parfois vainqueurs !»

Mais tant que nous éprouvons la tentation, c’est qu’une autre force que celle de l’instinct vit en nous, celle de l’amour, celle du bonheur de donner, et non du plaisir de se satisfaire. Et si le combat est rude, c’est que l’amour veut gagner : «Nous devons croire que plus nous sommes tentés, plus nous sommes aimés.» Envisageons la lutte du carême comme ce combat pour aimer.

Ne disons pas que c’est au-dessus de nos forces, car le combat n’est pas égal entre la mort et la vie. Dès que nous acceptons de combattre, nous avons gagné d’avance, car «Dieu nous aime plus que le démon ne nous déteste.»

L´Auteur :

Jean d’Avila (Saint, 1499-1569)

Né près de Tolède d’une famille juive convertie, Jean fut en Andalousie un modèle de pasteur dans l’esprit du Concile de Trente. Des confrères jaloux le feront enfermer deux années dans les prisons de l’Inquisition, où il traduira l’Imitation de Jésus-Christ. Lié à tout ce qui a compté dans l’Espagne du XVIe S, écrivain fécond, prédicateur, directeur, son influence s’exercera notamment en France à travers saint François de Sales.