Vendredi 6 mars 2026

❧ Abstinence de viande

Pourquoi fallait-il que Dieu connaisse la mort ?

Adam et Ève ont délibérément interrompu leur relation filiale à Dieu. Pour la rétablir, Dieu va sacrifier son Fils unique, comme notre Credo l’énonce maintenant. Au moment d’aborder ce nouvel article de notre foi, posons une question simple : pourquoi Dieu a-t-il voulu ce sacrifice ? Pourquoi a-t-il voulu passer par la mort ? Pourquoi, dans sa bonté infinie, n’a-t-il pas plutôt fermé les yeux sur le péché ?

Dieu ne pouvait-il point fournir au monde un autre remède que celui de la mort de son Fils ? Ô certes, il le pouvait bien faire, et par mille autres moyens que celui-là ; car n’était-il pas en sa puissance de pardonner à la nature humaine d’un pouvoir absolu et par pure miséricorde, sans y faire intervenir la justice et sans l’intermission d’aucune créature ? Il le pouvait sans doute. Ou encore, s’il se voulait servir pour cette rédemption de l’entremise de quelque créature, n’en pouvait-il pas créer une d’une telle excellence et dignité que, par ce qu’elle eût fait ou souffert, elle eût suffisamment satisfait pour les péchés de tous les hommes ? Assurément, et il pouvait nous racheter par mille autres moyens que celui de la mort de son Fils ; mais il ne l’a pas voulu, car ce qui était suffisant à notre salut ne l’était pas à assouvir son amour.

Saint François de Sales, Sermon du 25 mars 1622

Encore une fois, il s’agit d’une histoire d’amour entre Dieu et nous : on ne répare pas une blessure d’amour en fermant les yeux, mais en embrassant le coupable. Dieu nous a vus dans la misère du péché : cela était suffisant pour qu’il nous y rejoigne et en accepte d’avance toutes les conséquences.

Mais si l’amour dépasse la justice, celle-ci n’y perd rien pour autant : en se faisant homme,

Jésus a rattaché et uni l’homme à Dieu. Car si ce n’était pas un homme qui avait vaincu l’ennemi de l’homme, l’ennemi n’aurait pas été vaincu en toute justice. Et si ce n’était pas Dieu qui nous avait donné le salut, nous ne le posséderions pas solidement. Et si l’homme n’était pas conjoint à Dieu, il n’aurait pas pu devenir participant de l’incorruptibilité. Il fallait en effet que le médiateur entre Dieu et les hommes, par son appartenance à l’un et à l’autre, les ramène l’un et l’autre à l’amitié et à la concorde, faisant en sorte que Dieu assume l’homme, et que l’homme se donne à Dieu. Comment aurions-nous pu être participants de l’adoption des fils, sans recevoir de Dieu par le Fils la communion avec Dieu, sans que son Verbe ne communie à nous en se faisant chair ? Et c’est pour cela qu’il est aussi entré dans tous les âges de la vie, rendant à tous les hommes la communion avec Dieu.

Il fallait donc que Celui qui devait tuer le péché et racheter l’homme digne de mort, se fît cela même qu’était celui-ci, c’est-à-dire cet homme réduit en esclavage par le péché et retenu sous le pouvoir de la mort, afin que le péché fût tué par l’homme et que l’homme sortît de la mort.

Saint Irénée, Contre les Hérésies

L´Auteur :

François de Sales (Saint, 1567-1622)

Noble savoyard, évêque de Genève en 1602 tout en résidant à Annecy, François de Sales réforme son diocèse dans l’esprit du Concile de Trente. En 1610, il fonde la Visitation avec Jeanne de Chantal.

Irénée de Lyon (130-202 ?)

Originaire de Turquie, deuxième évêque de Lyon après saint Pothin, son traité Contre les hérésies est l'une des premières synthèses théologiques de la foi chrétienne.