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Mardi 4 août 2026 Saint Jean-Marie-Vianney Le combat qui se livre en nous Il y a dans l'homme deux volontés, l'une supérieure, l'autre inférieure. La première est celle que nous appelons communément la raison : l'autre, celle à qui nous donnons le nom d'appétit, de chair, de sens, de passion. Cependant, comme, à proprement parler, on n'est homme que par la raison, ce n'est pas vouloir quelque chose que de s'y porter par un premier mouvement de l'appétit sensitif, à moins que la volonté supérieure ne s'y porte ensuite et ne s'y attache. C'est pourquoi toute notre guerre spirituelle consiste en ce que la volonté raisonnable ayant au-dessus de soi la divine volonté, et au-dessous l'appétit sensitif, et se trouvant comme au mi lieu, elle est combattue presque également des deux côtés ; parce que Dieu d'une part, et la chair de l'autre, la sollicitent sans relâche, et n'omettent rien pour la faire entrer dans leurs sentiments. Voilà ce qui cause des peines in concevables à ceux qui dans leur jeunesse ayant contracté de méchantes habitudes, prennent enfin la résolution de changer de vie, de dompter leur chair, et de rompre avec le monde pour se dévouer entièrement au service de Notre Seigneur. Car leur volonté est en même temps attaquée avec beaucoup de violence par la volonté divine et par l'appétit sensitif : et de quelque côté qu'elle se tourne, elle ne peut résister qu'avec peine à de si rudes attaques. Ce combat n'arrive pas dans ceux qui depuis longtemps se sont fait une habitude ou de la vertu ou du vice, et qui ayant pris leur parti, veulent toujours vivre comme ils ont vécu. Car les âmes saintes se conforment à la volonté de Dieu, et celles que le vice a corrompues suivent la sensualité. Mais que personne ne s'imagine pouvoir acquérir les véritables vertus et servir Dieu comme il faut, s'il n'est dans la résolution de se faire violence à lui-même, de vaincre la difficulté qu'il y a de renoncer à tous les plaisirs du monde, soit grands, soit petits, auxquels il a eu quelque attachement criminel. De là vient qu'il se trouve si peu de gens qui arrivent à un haut degré de perfection ; car après avoir surmonté les plus grands travaux, ils perdent cœur, et ne peuvent continuer à se vaincre, quoiqu'ils n'aient plus que de légers combats à soutenir pour détruire quelques faibles restes de leur propre volonté, et pour étouffer beaucoup de petites passions, qui, venant à se fortifier de jour en jour, se rendent enfin tout à fait maîtresses de leur cœur. De ceux-là plusieurs, par exemple, ne dérobent point le bien d'autrui, mais ils aiment le leur passionnément. Ils n'usent pas de moyens illicites pour se procurer des honneurs mondains ; mais bien loin de rejeter, comme ils devraient, ces vains honneurs, ils les désirent souvent et tâchent même d'y parvenir par d'autres voies qui leur semblent légitimes. Ils gardent les jeûnes d'obligation, mais ils aiment la bonne chère et les viandes les plus délicates. Ils sont chastes et continents, mais ils ne s'abstiennent pas de certains plaisirs qui leur sont de grands obstacles aux fonctions de la vie spirituelle et à l'intime union avec Dieu. Comme donc ces choses sont dangereuses pour toutes sortes de personnes, et particulièrement pour ceux qui n'en craignent pas les suites funestes, il faut que chacun apporte tous les soins imaginables pour les éviter : sans cela il est impossible qu'on ne fasse la plupart de ses bonnes œuvres avec un esprit de tiédeur, et qu'on n'y mêle beaucoup d'amour-propre, de respect humain, d'imperfections cachées, d'estime de soi même, d'envie de paraître et d'être applaudi du monde. Ceux qui se négligent en ce point non seulement ne font nul progrès dans la voie de leur salut mais retournent en arrière, et s'exposent à retomber dans leurs anciens vices, parce qu'ils ne s'attachent point à la solide vertu, qu'ils ressentent peu la grâce que Dieu leur a faite de les affranchir de la tyrannie du démon, qu'ils ne connaissent pas même le mauvais état où ils sont, et qu'ils demeurent ainsi toujours dans une paix et dans une sécurité trompeuse. Lorenzo Scupoli, Le Combat spirituel, chapitre 12
L´Auteur : Scupoli (Laurent, 1530-1610) Né à Otrante en 1530, François Scupoli rencontre à Naples la fervente et jeune famille sacerdotale des Théatins, fondée à Rome en 1524. Il y entre en 1569, y reçoit le nom de Laurent, et y sera formé par saint André Avellin, avant d’être transféré à Plaisance, où il sera ordonné prêtre en 1577, puis à Milan, Gênes, Venise, et Naples. Accusé, sans doute à tort, d’un grave délit en 1585, il fut en disgrâce parmi les siens, jusqu’à sa réhabilitation au soir d’une vie dont on ne connaît guère que l’humilité et la discrétion. Édité à Venise en 1588 sans nom d’auteur, le Combat Spirituel connut très vite un immense succès qui lui valut plus de 600 éditions dans toutes les langues jusqu’à nos jours. Son plus fameux lecteur sera saint François de Sales, qui ne s’en séparait jamais et en donnera une traduction française. Petit manuel de confiance absolue en la bonté de Dieu et de défiance envers soi-même, on y trouve déjà le secret du salésianisme : l’attention à la présence amoureuse de Dieu dans les moindres détails de la vie la plus ordinaire. ![]() |