Samedi 5 septembre 2026

Sainte Teresa de Calcutta

« La pensée sainte vous gardera. »

Je vous dirai à présent ce que Notre Seigneur me mettra dans l’esprit sur ce petit mot de notre règle, qui me paraît très abondant : « La pensée sainte vous gardera », dit-elle [règle du Carmel]. Ce mot renferme toutes choses et nous instruit parfaitement. Or, pour vous, la pensée sainte doit être une intime union avec notre divin Sauveur qui ne vous sépare jamais de lui, ni de sa divine présence ; la pensée sainte, c’est une continuelle tendance vers son divin Père pour l’accomplissement de ses desseins et divines volontés ; la pensée sainte, c’est de faire toutes vos actions avec un esprit intérieur enflammé d’amour pour Dieu ; la pensée sainte, c’est de vous occuper des bontés et miséricordes de Dieu sur vous, et de lui en rendre grâces et l’en remercier ; la pensée sainte, c’est de marcher avec un cœur et un esprit élevé en Dieu, de contempler ses divines perfections, de les imiter autant qu’il vous sera possible ; la pensée sainte, c’est de vous occuper quand vous le pourrez des mystères que Notre Seigneur a opérés sur la terre pour notre salut, c’est de penser à ce qu’il a souffert pour nous racheter ; la pensée sainte, c’est aussi de penser à l’amour qu’il nous porte, à ses faveurs et aux biens qu’il nous fait, quoique nous lui soyons ingrates et infidèles ; enfin la pensée sainte est si féconde qu’on n’en saurait trouver le fond, et je ne finirais jamais si je voulais parler de toute son étendue ; mais il faut voir aussi comment elle vous garde, puisqu’il est dit : « La pensée sainte vous gardera. » Il est très vrai qu’elle nous garde de toutes les misères où nous pourrions tomber, pourvu que nous lui soyons fidèles ; elles nous garde des attentes du démon, du monde, et de la chair, et de nous-mêmes ; elles nous garde de la perte du temps, des pensées vaines, de l’amour-propre et des choses inutiles ; elle nous garde dans nos tentations, et nous empêche d’y succomber ; elle nous garde dans nos épanchements naturels, dans les saillies des sens quand nos passions se soulèvent en nous ; en un mot, elle nous garde dans toutes les occasions où nous pouvons tomber qui pourraient être désagréables à Dieu. Je ne puis pas dire combien la pensée sainte nous est avantageuse, combien elle nous garde, et combien nous serions pauvres sans elles.

Marie de Sainte-Thérèse, Lettres tome II, p. 488

L´Auteur :

Marie de Sainte-Thérèse (1640-1717)

Carmélite converse de Bordeaux, dirigée d’un fils spirituel du carme Maur de l’Enfant-Jésus, elle connut des expériences mystiques intenses qui l’amenèrent à être elle-même conseillère spirituelle bien au-delà des limites de sa communauté et même de son ordre. Ses lettres de direction, restées pratiquement ignorées après sa mort, gagneraient à être redécouverts, pour nous remémorer la primauté de l’amour de Dieu, qui nous appelle à une intimité nuptiale avec lui, et veut lui-même opérer la transformation nécessaire en nos âmes.