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Samedi 9 mai 2026 Camille de Soyecourt Carmélite, servante de Dieu (+ 1849) L'éloquence du silence Contemplons ce silence de Marie, adorons ce silence, imitons ce silence ; et comme elle est tirée et ravie dans le silence de Jésus enfant, allons et adhérons à Marie, et demandons-lui qu’elle nous y tire avec elle. Car, qui ne doit beaucoup plus désirer de demeurer en silence que de parler, voyant Jésus et Marie, le Fils unique de Dieu et sa Mère, en silence ? Outre que le silence est le plus grand hommage que nous puissions rendre à Dieu, dont l’immense grandeur nous ravit à nous-mêmes et nous ôte toute parole. Ce qui a induit le Sage à nous donner cet avis : « Dieu est au ciel et tu es en la terre, et c’est pourquoi parle peu. » (Eccl 5) D’autant plus que nous ne devrions jamais parler sinon quand l’Esprit de Jésus résidant dans nos cœurs nous y applique, en sorte que ce soit lui qui parle par notre bouche. C’est pourquoi, étant assurés que la plupart des paroles qui sortent de notre bouche, même dans les louanges de Dieu, prennent naissance de l’amour propre et du péché qui habite en nous, nous devons être beaucoup plus portés à nous taire par révérence, même quand il s’agit des grandeurs de Dieu, qu’à les orner de nos paroles. Mais gardons-nous de pensées basses et humaines sur ce sacré silence de la très sainte Vierge : c’est un silence divin, c’est un silence d’adoration et de transformation en Jésus enfant, c’est un silence procédant de la disposition intérieure de la plus sainte de ses créatures, toute abîmée et toute plongée en son immensité. Guillaume Gibieuf (1580 ?-1650), Vie et grandeurs de la Vierge Marie, II, 8 MÉDITATION Jésus a reçu « le nom qui est au-dessus de tout nom » (Phi 2, 9) : dès lors, comment parler de lui ? « Son immense grandeur nous ravit à nous-mêmes et nous ôte toute parole. » Tant que nous ne préférons pas le silence à la parole, nous ne sommes pas mûrs pour annoncer la Parole. Ce serait confondre évangélisation et bavardage. Il n’y a d’évangélisation que « dans le débordement de la contemplation », nous dit saint Thomas. Marie est la plus grande évangélisatrice, parce que la plus grande contemplative : au cœur de l’Église et au cœur de nos vie chrétienne, notre fécondité apostolique est mesurée par notre « silence d’adoration ». L´Auteur : Gibieuf (Guillaume, 1580 ?-1650) D’une famille de magistrats berrichons, il rejoint l’Oratoire de son ami Bérulle, et en assume pratiquement le gouvernement avant d’en être évincé. Il fut très mêlé à l’installation du Carmel thérésien en France. La Vie et les grandeurs de Marie appartient au meilleur de la littérature mariale de son époque. ![]() |