Lundi 16 mars 2026

Jésus continué en ses disciples

Dans la succession des articles de notre foi, nous aurons remarqué ce qui en constitue la continuité, de la création d’Adam à l’ascension de Jésus : la volonté de Dieu de vivre en communion avec ses enfants, sa volonté d’union entre lui et nous. La séparation née du péché a disparu le Vendredi saint, et si le chrétien continue de vivre sur cette terre, parce qu’il ne fait qu’un avec Jésus, « sa vie est désormais cachée en Dieu avec le Christ » (Col 3, 3) :

Les mystères de Jésus-Christ sont passés quant aux circonstances, mais ils durent non comme des réalités passées et éteintes, mais comme des réalités vivantes et présentes, et même éternelles, dont nous avons aussi à recueillir un fruit présent et éternel.

Prenons un exemple. L’enfance du Fils de Dieu est un état passager : les circonstances de cette enfance sont passées, et il n’est plus enfant ; mais il y a quelque chose de divin de ce mystère, qui persévère dans le ciel, et qui opère une manière de grâce semblable dans les âmes qui sont en la terre, âmes qu’il plaît à Jésus-Christ d’affecter et de dédier à cet humble et premier état de sa personne. Et c’est par cette manière de grâce que les mystères de Jésus-Christ, son enfance, sa souffrance et les autres, continuent et vivent en la terre jusqu’à la fin des siècles.

Pierre de Bérulle, De la perpétuité des Mystères de Jésus-Christ

Et au cœur de l’histoire du monde, l’histoire de l’Église est celle de la part de l’humanité déjà sauvée par le Christ :

Le Fils de Dieu a dessein de mettre une participation, et de faire comme une extension et continuation en nous et en toute son Église, de ses mystères, par les grâces qu’il veut nous communiquer, et par les effets qu’il veut opérer en nous par ces mystères. Et par ce moyen il veut les accomplir en nous.

Il a dessein de perfectionner en nous le mystère de sa Passion, de sa mort et de sa Résurrection, en nous faisant souffrir, mourir et ressusciter avec lui et en lui. Il a dessein d’accomplir en nous l’état de vie glorieuse et immortelle qu’il a au ciel, en nous faisant vivre avec lui et en lui, lorsque nous serons au ciel, d’une vie glorieuse et immortelle. Et ainsi il a dessein de consommer et accomplir en nous et en son Église tous ses autres états et mystères, par une communication et participation qu’il veut nous donner, et par une continuation et extension qu’il veut faire en nous de ces mêmes états et mystères.

Ainsi les mystères de Jésus ne seront point accomplis jusqu’à la fin du temps qu’il a déterminé pour la consommation de ses mystères en nous et en son Église, c’est-à-dire jusqu’à la fin du monde. La vie que nous avons sur la terre ne nous est donnée que pour l’employer à l’accomplissement de ces grands desseins que Jésus a sur nous. C’est pourquoi nous devons employer notre temps, nos jours et nos années à coopérer et travailler avec Jésus à ce divin ouvrage de la consommation de ses mystères en nous.

Saint Jean Eudes, La Vie et le Royaume de Jésus

L´Auteur :

Bérulle (Pierre de, 1575-1629)

D’une famille de magistrats champenois, Bérulle incarne le milieu de la reconquête catholique parisienne après les guerres de religion. Élève des jésuites et de la Sorbonne, grand lecteur des Pères et de saint Thomas, imprégné de la mystique nordique et espagnole, il introduit le Carmel thérésien en France en 1604, fonde en 1611 l’Oratoire de France, et est créé cardinal en 1627.

Eudes (Saint Jean, 1601-1680)

D'une famille paysanne normande, lié à l'Oratoire de France, prédicateur infatigable, recours de tous les pauvres, fondateur de congrégations, il incarne la Normandie mystique du XVIIe siècle.