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Mardi 24 février 2026 Mardi de la 1ère semaine de Carême La voie de la foi "Dieu, nul ne l'a jamais vu !" (Jn 1, 18), nous dit saint Jean dès la première page de son évangile. À en rester là, et beaucoup en restent là, il n'y a plus qu'à renoncer à connaître Dieu. Mais Dieu n'en est pas resté là : Il a plu à Dieu, dans sa bonté et sa sagesse, de se révéler lui-même et de faire connaître le mystère de sa volonté. Par cette révélation provenant de l'immensité de sa charité, Dieu, qui est invisible, s'adresse aux hommes comme à des amis et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et pour les recevoir en cette communion. Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum Au fil de cette révélation vont se former l'Écriture Sainte et la Tradition de l'Église jusqu'à son enseignement actuel (son "magistère"). Mais depuis la chute d'Adam et Ève, nous avons la mauvaise habitude de suivre les fausses lumières qui ont égaré nos premiers parents : le fruit défendu "semblait beau à voir et bon à manger" (Gn 3, 6), mais ce n'était qu'une impression ! C'est pourquoi Il est essentiel à cette voie de la foi que l’âme y marche à l’aveugle, et qu’elle se repose sur Dieu du soin de la gouverner et de la conduire sûrement au terme, sans qu’elle sache où elle est, où elle va, où elle aboutira. Ainsi, tout raisonnement, toute prévoyance, tout examen, tout regard sur soi, est sévèrement interdit comme une infidélité, un écart hors de la voie, une tentation dont l’effet immanquable est de retirer l’âme de la conduite de Dieu. Ce renoncement peut nous faire peur, car Adam et Ève nous ont transmis la fausse sécurité de ne compter que sur nous-mêmes ; mais il est en même temps facile et doux, car Dieu lui-même va maintenant nous porter : La voie de foi est essentiellement une voie obscure, une voie où l’âme ne connaît rien par les lumières ordinaires de la raison, une voie où Dieu se propose principalement de faire mourir le propre esprit. Il est donc évident que, dans une telle voie, ce n’est plus par nos réflexions que nous devons nous conduire, mais par la lumière de la foi et par le mouvement du Saint-Esprit. Jean-Nicolas Grou, Manuel des âmes intérieures N'ayons plus peur, et entrons résolument dans cette voie de la foi : Oui, heureux celui qui, ayant donné son esprit et son cœur à Dieu, ne sait plus s’il a un esprit et un cœur ; il ne regarde pas même à ce que Dieu fait en lui ; heureux qui pratique la vertu sans songer qu’il la pratique ; qui prie sans savoir comment il prie ni même s’il prie ; qui aime sans s’occuper de son amour ; qui marche sans connaître la voie sans voir son progrès ; qui est, en un mot, dans un parfait oubli de soi-même, et qui, sans soin, sans réflexion, sans attention, se repose pleinement dans le sein de Dieu, comme un petit enfant sur le sein de sa mère. Jean-Nicolas Grou, Manuel des âmes intérieures
L´Auteur : Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803) Né à Calais, Jean-Nicolas Grou entre chez les jésuites à 15 ans. Brillant professeur de lettres, sa rencontre avec la visitandine Pélagie Lévêque l’ouvre à la mystique. La Révolution française l'exile en Angleterre à partir de 1792. ![]() |