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Dimanche 3 mai 2026 5ème Dimanche de Pâques Une vie dévote Le mot dévotion, qui est latin, répond à celui de dévouement. Une personne dévote est donc une personne dévouée à Dieu. Il n’y a point d’expression plus forte que celle de dévouement pour marquer la disposition où est l’âme de tout faire et de tout souffrir pour celui auquel elle est dévouée. Le dévouement aux créatures (j’entends celui qui est légitime et autorisé de Dieu) a nécessairement des bornes. Le dévouement à Dieu n’en a point, et n’en peut avoir. Dès qu’on y met la moindre réserve, la moindre exception, ce n’est plus un dévouement. La vraie et solide dévotion est donc cette disposition du cœur par laquelle on est prêt à faire et à souffrir, sans exception ni réserve, tout ce qui est du bon plaisir de Dieu. Cette disposition est le don le plus excellent du Saint-Esprit. On ne saurait la demander trop souvent et avec trop d’ardeur ; et l’on ne doit jamais se flatter de l’avoir dans toute sa perfection, puisqu’elle peut toujours croître, soit dans elle-même, soit dans ses effets. On voit, par cette définition, que la dévotion est quelque chose d’intérieur et même d’intime, puisqu’elle affecte le fond de l’âme, et ce qu’il y a en elle de plus spirituel, savoir : l’intelligence et la volonté. La dévotion ne consiste donc, ni dans le raisonnement, ni dans l’imagination, ni dans le sensible. On n’est pas dévot précisément parce que l’on est en état de bien raisonner sur les choses de Dieu, ni parce qu’on a de grandes idées, de belles images des objets spirituels, ni parce qu’on est quelquefois attendri jusqu’à verser des larmes. Jean-Nicolas Grou (1731-1803), Manuel des âmes intérieures, De la vraie et solide dévotion MÉDITATION Le mot dévotion a mal vieilli, évoquant une piété étroite et surannée. Il a pourtant une grande tradition pour dire l’essentiel de l’attitude chrétienne : tout faire et tout souffrir pour celui auquel nous sommes voués par notre baptême. Obéir aux commandements de Dieu est bien et nécessaire pour rester dans sa grâce. Mais être chrétien est beaucoup plus : c’est une affaire d’amoureux entre lui et nous, et c’est son bon plaisir qui règle nos actions, très au-delà de ses seuls commandements, qui ne sont que des avertissements pour nous éviter la mort éternelle. Une vie dévote ne se contente pas du minimum chrétien, mais cherche systématiquement à vivre le maximum. L´Auteur : Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803) Né à Calais, le jeune Grou entre chez les jésuites à 15 ans. Brillant professeur de lettres à La Flèche, il s’exile en Lorraine lors de la suppression de la Compagnie en 1763. Bientôt à Paris, sa rencontre avec la visitandine Pélagie Lévêque l’ouvre à la mystique. Il se partagera désormais entre la direction spirituelle et la rédaction d’ouvrages connexes, notamment en Angleterre, car la Révolution française le force à un nouvel exil à partir de 1792. ![]() |