Dimanche 30 août 2026

22e dimanche du Temps Ordinaire

Une alliance avec le Verbe

Je pense souvent à vous, ma très chère Sœur, et je parle de vous à Notre Seigneur très fréquemment ; je vous avais ce matin dans l’esprit pendant l’heure de l’oraison ; je m’entretenais de ce que j’avais lu dans l’épître de ce jour, où il est parlé du contrat d’alliance que Dieu avait fait avec Abraham, lui ayant promis son divin Fils Jésus-Christ ; je me suis sentie éprise à la vue de cette grande promesse, du désir que Dieu voulût bien passer un semblable contrat avec votre âme et faire avec elle cette même alliance, et qu’il voulût aussi un jour vous donner son divin Fils pour fruit de cette divine alliance. C’est un si grand bien, que je ne puis m’empêcher de le souhaiter aux âmes que j’aime et que je connais que Dieu aime aussi ; la vôtre est de ce nombre, je vous en réponds, et vous ferez plaisir à Dieu de lui demander cette grâce de contracter alliance avec votre pauvre âme, et de vous donner son divin Verbe Jésus-Christ pour être éternellement unie à lui, et ne faire qu’un même esprit et qu’un même amour avec le sien.

Cette grande œuvre s’accomplit différemment dans les âmes selon la mesure de leur grâce et de leur amour, mais enfin c’est toujours l’ouvrage de Dieu, elle n’est jamais petite, de quelque manière qu’elle s’accomplisse : désirez-la, ma très chère Sœur, avec ardeur, et demandez-la à Dieu par Jésus-Christ même. Il faut commencer à vous unir à ce divin Médiateur de notre paix, de notre grâce et de notre union avec la divinité ; il a tout fait pour nous ; il fait encore et il fera la même chose, qui est de nous attirer à son Père et de nous y conduire si nous le voulons suivre. Encore une fois, attachez-vous à sa divine Personne avec une vive foi, une sainte espérance et un ardent amour : ces trois vertus bien exercées sont les vrais moyens de vous acheminer à cette alliance que je vous propose. Mais il faut que le fondement de cette œuvre soit tout appuyé sur Jésus-Christ, je veux dire qu’il ne faut plus vivre, marcher, parler, agir, travailler, prier que dans l’esprit et en vertu et dans l’amour de Jésus-Christ ; cela n’est pas mal aisé à l’âme qui aime et qui tâche de s’habituer à la présence de ce divin Sauveur.

Nous n’y pensons pas, ce Dieu d’amour est au-dedans de nous ; il nous environne au-dehors, et nous n’y portons pas notre pensée : c’est à quoi je vous sollicite de travailler ; je veux dire, de porter votre pensée vers Notre Seigneur pour acquérir sa divine présence, puisque c’est ce qui sanctifie toutes nos actions, les faisant avec amour à son imitation, et pour lui plaire. Renouvelez-vous à tous moments dans ces pratiques, sans jamais vous décourager ni vous abattre de toutes les chutes que vous pourrez faire dans cette divine recherche, ni pour toutes les misères et faiblesses que vous pourriez découvrir en vous. Le meilleur remède à vos maux, c’est de vous en détourner pour ne penser qu’aux bontés et à l’amour que Dieu a pour vous : cela relève le cœur et le courage pour mieux faire qu’on a fait. Vous pouvez cependant, avec la grâce de Dieu, nourrir une amoureuse componction de cœur pour regretter vos fautes lorsque vous vous en apercevez. Ne soyez pas surprise si je m’étends un peu sur toutes ces choses, car je me sens une vive inclination de vous dire tout ce qui se présente à mon esprit, et je ne vous en dis jamais autant que je voudrais dans le désir que j’ai que vous en profitiez.

Marie de Sainte-Thérèse, Lettres tome I, p. 224

L´Auteur :

Marie de Sainte-Thérèse (1640-1717)

Carmélite converse de Bordeaux, dirigée d’un fils spirituel du carme Maur de l’Enfant-Jésus, elle connut des expériences mystiques intenses qui l’amenèrent à être elle-même de conseillère spirituelle bien au-delà des limites de sa communauté et même de son ordre. Ses lettres de direction, restées pratiquement ignorées après sa mort, gagneraient à être redécouverts, pour nous remémorer la primauté de l’amour de Dieu, qui nous appelle à une intimité nuptiale avec lui, et veut lui-même opérer la transformation nécessaire en nos âmes.