Samedi 4 avril 2026

Samedi Saint

Le silence de Dieu

Le Samedi saint est journée de silence dans nos églises dépouillées, invitation au seul recueillement près de Jésus enseveli.

Ô Sauveur, je vous adore, je vous aime dans le tombeau, je m’y renferme avec vous. Je ne veux plus que le monde me voie, je ne veux plus me voir moi-même, je descends dans les ténèbres et jusque dans la poussière ; je ne suis plus du nombre des vivants ; je suis mort, et la vie qui m’est préparée sera cachée avec Jésus-Christ en Dieu.

Fénelon, Entretien pour le Samedi Saint

Journée de silence, mais d’un silence plein de Dieu :

Le Samedi Saint est le jour où Dieu est caché. À notre époque, en particulier après avoir traversé le siècle dernier, l’humanité est devenue particulièrement sensible au mystère du Samedi Saint. Dieu caché fait partie de la spiritualité de l’homme contemporain, de façon existentielle, presque inconsciente, comme un vide dans le cœur qui s’est élargi toujours plus.

Après les deux guerres mondiales, les lager et les goulag, Hiroshima et Nagasaki, notre époque est devenue dans une mesure toujours plus grande un Samedi Saint : l’obscurité de ce jour interpelle tous ceux qui s’interrogent sur la vie, et de façon particulière nous interpelle, nous croyants. Nous aussi nous avons affaire avec cette obscurité.

Et toutefois, la mort du Fils de Dieu, de Jésus de Nazareth a un aspect opposé, totalement positif, source de réconfort et d’espérance. Le mystère le plus obscur de la foi est dans le même temps le signe le plus lumineux d’une espérance qui ne connaît pas de limite.

Jésus Christ « est descendu aux enfers ». Que signifie cette expression ? Elle signifie que Dieu, s’étant fait homme, est arrivé au point d’entrer dans la solitude extrême et absolue de l’homme, où n’arrive aucun rayon d’amour, où règne l’abandon total sans aucune parole de réconfort : « les enfers ». Jésus Christ, demeurant dans la mort, a franchi la porte de cette ultime solitude pour nous guider également à la franchir avec Lui. Nous avons tous parfois ressenti une terrible sensation d’abandon, et ce qui nous fait le plus peur dans la mort, est précisément cela, comme des enfants, nous avons peur de rester seuls dans l’obscurité, et seule la présence d’une personne qui nous aime peut nous rassurer. Voilà, c’est précisément ce qui est arrivé le jour du Samedi Saint : dans le royaume de la mort a retenti la voix de Dieu. L’impensable a eu lieu : c’est-à-dire que l’Amour a pénétré « dans les enfers » : dans l’obscurité extrême de la solitude humaine la plus absolue également, nous pouvons écouter une voix qui nous appelle et trouver une main qui nous prend et nous conduit au dehors. L’être humain vit pour le fait qu’il est aimé et qu’il peut aimer ; et si dans l’espace de la mort également, a pénétré l’amour, alors là aussi est arrivée la vie. À l’heure de la solitude extrême, nous ne serons jamais seuls.

Benoît XVI, 23 mai 2010

L´Auteur :

Fénelon (François de La Mothe, 1651-1715)

De vieille noblesse périgourdine, Fénelon étudie chez les jésuites, puis les sulpiciens. Prêtre en 1675, familier de la cour de Louis XIV, il devient précepteur de l’héritier du trône, le duc de Bourgogne, dont il rêve de faire un nouveau saint Louis. C’est dans ce milieu qu’il rencontrera Madame Guyon, dont il sera un fervent disciple, puis un défenseur inconditionnel face à Bossuet. Archevêque de Cambrai en 1695, en semi-disgrâce après les condamnations, infiniment plus politiques que doctrinales, de ses Maximes des Saints en 1699, il se révélera homme de Dieu et pasteur exemplaire.

C'est dans ses lettres et ses opuscules divers que l'on découvre l'âme de Fénelon, son extrême sensibilité, sa profondeur spirituelle, et une franchise qui n'hésitera pas à interpeler le Roi-Soleil en des termes demeurés célèbres : "Sire, votre peuple meurt de faim…" Fénelon mourra la même année que Louis XIV, en 1715, et avec eux c'est la période la plus brillante de l'Histoire de France qui s'achève, tandis que débute le glacial siècle des Lumières.