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Mercredi 18 mars 2026Choisir son éternitéLa peur est entrée dans le monde avec le péché, et la plus grande des peurs est la peur de Dieu. Et c’est ainsi qu’Adam et Ève nous ont introduits dans un marchandage permanent avec un Dieu qui avait cessé d’être Père pour devenir un maître, et que nous comptons sur nos bonnes œuvres plus que sur son amour pour ne pas aller en enfer. Mais Saint Bernard nous assure que ce qui sert de bois au feu de l’enfer, c’est notre propre volonté. C’est une vérité si incontestable qu’il ajoute même que, si cette volonté propre disparaissait du monde, il n’y aurait plus d’enfer. Alexandre Piny, L’Abandon à la volonté de Dieu Mais pourquoi notre volonté propre se porte-t-elle si facilement vers ce que Dieu ne veut pas ? C’est tout le drame du péché originel, de ce choix de mener une vie autre que celle que Dieu donnait à nos premiers parents. Nous n’en sommes pas coupables, mais nous n’en sommes pas moins victimes, la méfiance de Dieu ayant remplacé la confiance en lui. Nous l’aurons vu à chaque jour de ce carême : ce ne sont pas les performances ni les bonnes œuvres qui font le chrétien, mais la foi, la confiance sans limite en Dieu : Toute l’œuvre de mon salut, depuis le commencement jusqu’à la consommation, dépend de Dieu. Il a entre les mains des moyens infaillibles de la faire réussir ; et malgré toute ma faiblesse, malgré mes misères, malgré mon penchant au mal, elle réussira infailliblement si je ne perds jamais la confiance en Dieu, si j’attends tout de lui, si je me tiens toujours attaché à lui. Ce n’est donc pas Dieu que je dois redouter en vue du jugement, c’est moi-même ! La connaissance de Dieu nous apprend qu’il est infiniment bon en lui-même ; qu’il aime ses créatures, qu’il ne peut pas ne pas les aimer et ne pas vouloir leur bien ; que leur perte ne peut jamais venir de lui. Jean-Nicolas Grou, Manuel des âmes intérieures Comment vivre au jour le jour cette foi d’enfant, comment décider à chaque instant mon éternité ? Persuadons-nous que le jugement que Dieu fait de nous est le seul d’où dépend notre bonheur ou notre malheur éternel, et qu’à l’article de la mort nous n’en n’aurons point d’autre à craindre. Disons donc quand on nous loue : de quoi me sert cette louange, si Dieu juge le contraire ? Et quand on nous blâme : quel mal me peut faire ce qu’on dit de moi, si Dieu en juge autrement ? Songeons que la règle de tout jugement équitable est celui de Dieu. Considérons que devant Dieu, tous les hommes joints ensemble ne sont que comme un grain de sable comparé à la plus haute montagne ; et après cela, gardons-nous bien de nous inquiéter de leurs jugements. Quand le genre humain tout entier serait d’un côté, et Dieu seul de l’autre, tout le genre humain ne devrait point nous étonner, si Dieu, quoique seul, était pour nous. Jean-Joseph Surin, Les fondements de la vie spirituelle
L´Auteur : Piny (Alexandre, 1640-1709) Alexandre Piny, dominicain géographiquement et spirituellement voisin de Claude-François Milley, représente la spiritualité du "pur amour", au moment où s'achève le siècle d'Or de la mystique française. Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803) Né à Calais, Jean-Nicolas Grou entre chez les jésuites à 15 ans. Brillant professeur de lettres, sa rencontre avec la visitandine Pélagie Lévêque l’ouvre à la mystique. La Révolution française l'exile en Angleterre à partir de 1792. Surin (Jean-Joseph, 1600-1665) D’une famille de parlementaires de Bordeaux, Jean-Joseph Surin, connu comme l'exorciste des possédées de Loudun, fut surtout l’un des mystiques les plus originaux de la Compagnie de Jésus au XVIIe siècle. ![]() |