Jeudi 23 juillet 2026

Sainte Brigitte de Suède

Veuve, fondatrice de l'ordre du Saint-Sauveur (+ 1373)

Péchés mignons

Chacun prétend garder ses habitudes, ne rien quitter de ses attaches, aussi ne sent-on pas Dieu et sa consolation ; mais de cela, ils ne s'en font point de peine et se tournent vers les objets de leurs affections et les créatures, ils s'y tiennent et ils demeurent ainsi quarante à cinquante ans dans un état qui n'a que l'apparence de la vie spirituelle. Sachez-le bien, leur salut est vraiment sérieusement en question, car leur fond est embarrassé et entravé par leur attachement à la créature. Sachez-le : ceux-là ne savent pas où ils en sont. Ils trouvent assurément beaucoup d'excuses : « Je ne peux me passer de ceci ; il n'y a pas de mal à ceci ; il n'y a pas de mal à cela. » Ils reportent ainsi ces obstacles en eux-mêmes, et, finalement, ceux-ci entrent tellement dans leur nature, qu'ils n'en ont plus conscience et n'y font plus attention. Ce sont là de forts, de grands obstacles, de vrais bastions opposés à l'œuvre de Dieu qu'ils ne pourront jamais expérimenter, quoi qu'ils fassent ; car dans la mesure où la créature remplit l'homme, dans cette mesure même Dieu doit se retirer avec ses grâces.

Jean Tauler, Sermon XXXIII

Méditation

On se plaint de manque de ferveur, de manque de « consolation », au sens que ce mot aura chez saint Ignace deux siècles après Tauler, c’est-à-dire d’élan pour suivre le Christ. Mais on oublie de desserrer les freins !

Les freins, se sont nos petits « péchés mignons », apparemment (presque) innocents : je veux bien aller à la messe, mais si l’heure me convient ; je veux bien pardonner à mon voisin, mais pas à ma belle-mère…

Bah ! « Il n’y a pas de mal à ceci ; il n’y a pas de mal à cela. » Mais un oiseau est retenu par un fil aussi bien que par une corde, ce qui fait que l’on piétine dans sa vie chrétienne.

L´Auteur :

Tauler (Jean, 1300?-1361)

Né et mort à Strasbourg, prédicateur dominicain, Jean Tauler, avec Maître Eckhart et Suso, est l'un des grands de la mystique rhénane. Par les traductions de la Chartreuse de Cologne, toute la spiritualité nordique des XIIIe et XIVe siècles passera sous son nom à l'Espagne de sainte Thérèse et saint Jean de la Croix.