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Mardi 17 mars 2026Une menace ou une promesse ?Au jour de l’Ascension, un grand rendez-vous nous a été donné : « Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » (Ac 1, 11) Ce rendez-vous, c’est celui de la fin du monde, de ce monde « créé par lui et pour lui » (Col 1, 16), et dont l’histoire aura été celle de nos fidélités et infidélités à répondre à ses invitations. C’est à ce titre qu’il nous jugera ; ses invitations auront pris bien des chemins depuis Adam et Ève : le chemin royal et direct de l’appartenance pleine à l’Église, telle qu’en témoignent les saints, le chemin plus tortueux de ceux qui auront vécu leur baptême en traînant les pieds, et le chemin de cette foule immense que l’Évangile n’aura pu atteindre, mais qui aura suivi tant bien que mal la voix de Jésus dans sa conscience. La justice de Dieu est bien terrible, dit-on, et l’on doit toujours la craindre. Cela est vrai ; mais pour qui est-elle terrible ? Est-ce pour les enfants qui adorent Dieu, qui l’aiment, qui le servent comme leur Père, qui sont déterminés à ne lui rien refuser, à ne lui déplaire en rien ? Non. Si ces enfants aiment Dieu, Dieu les aime encore plus ; il voit que leurs fautes ne sont point des fautes de malice, mais d’imperfection et de fragilité : au premier regard d’amour et de regret qu’ils jettent sur lui, il les leur pardonne : et, s’il a à les en punir, il les en punit dans ce monde d’une manière avantageuse à leur salut. Est-ce pour les pécheurs qui reviennent sincèrement à Dieu que sa justice est terrible ? Non. Ils éprouvent les effets de sa grande miséricorde ; et souvent ils sont traités avec tant de bonté, que les justes mêmes en conçoivent de la jalousie : témoin l’enfant prodigue, témoin Madeleine. La justice divine n’est terrible que pour ceux qui n’ont pas recours à sa miséricorde, soit par présomption, soit par désespoir ; pour ceux qui aiment le péché, qui n’en veulent pas sortir ; pour ceux dont la volonté n’est pas droite, et qui voudraient, s’il se peut, tromper Dieu. Mais il est clair que tous ces pécheurs n’ont pas ni ne peuvent avoir de confiance en Dieu ; il est clair qu’ils n’ont pas droit à cette confiance ; car la confiance ne peut commencer qu’au moment où commencent le désir sincère de renoncer au péché, la honte et le regret d’avoir offensé Dieu. La crainte même de la justice divine est alors l’aiguillon qui nous porte à la confiance. Mais jusqu’où doit aller la confiance en Dieu ? Aussi loin que sa puissance et sa bonté, aussi loin que notre faiblesse et notre misère ; c’est-à-dire qu’elle ne doit point avoir de bornes. Aussi, quelque difficile que soit la perfection, il faut y tendre avec assurance, sans s’effrayer ni des difficultés ni des dangers. Jean-Nicolas Grou, Manuel des âmes intérieures
L´Auteur : Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803) Né à Calais, Jean-Nicolas Grou étudie au collège Louis-le-Grand, place-forte des jésuites à Paris, et entre à 15 ans au noviciat de la Compagnie. Il y deviendra un brillant professeur de lettres au prestigieux collège de La Flèche (sa traduction de Platon reste un classique). Grou s’exilera en Lorraine lors de la suppression de la Compagnie en 1763. De retour à Paris, sa rencontre avec la mystique visitandine Pélagie Lévêque l'oriente définitivement vers la vie intérieure, dans une voie spirituelle très salésienne. Il se partagera désormais entre la direction spirituelle et l'écriture, notamment en Angleterre, où la Révolution le force à un nouvel exil à partir de 1792. Humaniste du XVIIIe siècle, Grou est à la fois un philosophe, un controversiste, un apologiste, un moraliste et un maître spirituel. Son enseignement culmine dans le Manuel des Âmes intérieures, recueil d’une soixantaine d’entretiens publié par ses disciples, au succès constant dans toute l’Europe jusque vers 1950. Rédigé dans une langue superbe, on y reconnaît la tradition salésienne de l’abandon, une extrême finesse d’analyse psychologique, et la sensibilité spirituelle d’un très grand contemplatif.
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