Jeudi 20 août 2026

Saint Bernard de Clairvaux

Abbé, Docteur de l'Église (+ 1153)

Vraie et fausse grandeur

De toutes les infirmités ou de toutes les injures humaines qu'a subies pour nous la bonté divine, la première dans l'ordre du temps et presque la plus grande par rapport à son abaissement, c'est que sa majesté infinie a souffert d'être conçue dans le sein d'une femme et d'y être renfermée durant l'espace de neuf mois. Quand, en effet, un homme s'est-il ainsi anéanti ? Quand a-t-il paru défaillir ainsi de lui-même ? Durant une espace si considérable, cette sagesse ne dit rien, cette puissance n'opère rien au dehors, cette majesté emprisonnée ne se révèle par aucun signe.

Sur la croix, le Seigneur ne parut pas aussi faible ; sa faiblesse parut même plus forte que ce qu'il y a de plus puissant parmi les hommes, puisque, en mourant, il donna la gloire au bon larron, et en expirant, il inspira le centurion : sa souffrance d'une heure excita la compassion des créatures, et, ce qui est plus encore, soumit ses ennemis à d'éternelles douleurs. Dans le sein de sa mère, il est comme s'il n'était pas : sa puissance infinie sommeille comme si elle était impuissante, et le Verbe se cache sous le silence.

Saint Bernard, 3e Sermon sur l’Annonciation, 4

Méditation

Jusqu’à l’époque moderne, le regard sur la petite enfance était plutôt négatif : « Dans le sein de sa mère, Jésus est comme s’il n’était pas. » Notre regard sur l’enfant a changé, mais retenons que la naissance humaine de Jésus renverse l’idée habituelle que l’on se fait du Dieu tout-puissant.

L’important dans la vie chrétienne, n’est donc pas ce dont on est capable, mais cette simple offrande de soi-même à ce que Dieu et nos frères feront de nous.

Où est la vraie grandeur, la vraie force ? Qu’est-ce que Dieu est venu apporter sur la terre ?

L´Auteur :

Bernard (Saint, 1090-1153)

De noble famille bourguignonne, Bernard entre au monastère de Cîteaux en 1112. Bientôt abbé de Clairvaux, il est à l’origine d’un prodigieux renouveau monastique en Occident (celui des Cisterciens), caractérisé par l’attachement à la sobriété primitive de la règle de saint Benoît.