Mercredi 1er juillet 2026

Saint Cybard

Moine près d'Angoulême (+ 581)

Quand l’humilité rencontre la virginité

Comme est belle en Marie l’union de la virginité et de l'humilité ! Et comme elle plaît à Dieu, cette âme en laquelle l’humilité renforce la virginité, tandis que la virginité rehausse l’humilité ! Tu as entendu que Marie est à la fois vierge et humble : si tu n’es pas capable de la virginité de celle qui est humble, imite l’humilité de celle qui est vierge. La vertu de virginité est louable, mais l'humilité est plus nécessaire ; la première est conseillée, l’autre prescrite ; tu es invité à la première, obligé à l'autre. De la première il est dit : « Qui peut la comprendre, qu’il la comprenne ! » (Mt 19,12) ; de l’autre : « Qui ne devient pas comme ce petit enfant, n’entrera pas dans le royaume des cieux » (Mt 18,3). La première mérite récompense, l'autre est exigée. Bref, on peut se sauver sans la virginité, mais non sans l'humilité.

L’humilité qui déplore la virginité perdue peut plaire à Dieu, mais j’oserais dire que sans humilité, la virginité même de Marie ne lui eût pas plu. Si Marie n'eût pas été humble, l'Esprit Saint n’aurait pas reposé sur elle, et sans reposer sur elle, il ne l’aurait pas rendue mère : comment, en effet, aurait-elle conçu de lui sans lui ? Pour qu'elle conçût du Saint-Esprit, comme elle le souligne elle-même, il est donc manifeste que Dieu a considéré l'humilité de sa servante plutôt que sa virginité ; et si elle lui a plu par sa virginité, c’est par son humilité qu’elle a conçu. D'où il ressort que, même si sa virginité lui a plu, c'est assurément son humilité qui a fait cela.

Saint Bernard (1090-1153), Louanges de la Vierge Mère, 1ère homélie, 5

Méditation

La virginité de Marie est directement liée au mystère de l’Incarnation : si Marie est mère de Jésus, Dieu seul est son père, ce qui nous permet de dire qu’il est indissociablement homme et Dieu. Mais il y avait une convenance particulière à ce que Marie vécût la condition humaine dans une plénitude de sainteté qui était celle d’Adam et Ève au paradis, de telle sorte qu’elle soit capable de dire à Dieu un « oui » parfaitement libre, parce qu’à l’abri de toutes les infirmités d’une volonté désorientée par le péché originel.

Or la plénitude de la sainteté suppose la plénitude de l’humilité, parce que la sainteté est tout entière l’œuvre de Dieu, et l’humilité la pleine disponibilité à cette œuvre de Dieu.

La virginité n’est demandée et donnée qu’à ceux que Dieu appelle à vivre dès ici-bas selon un mode qui est déjà celui du Royaume des cieux ; l’humilité est demandée et donnée à tous ceux qui veulent suivre le Christ : Si vous ne pouvez imiter sa virginité, imitez au moins son humilité.

L´Auteur :

Bernard (Saint, 1090-1153)

De noble famille bourguignonne, Bernard entre au monastère de Cîteaux en 1112. Bientôt abbé de Clairvaux, il est à l’origine d’un prodigieux renouveau monastique en Occi­dent (celui des Cisterciens), caractérisé par l’attachement à la sobriété primitive de la règle de saint Benoît. Arbitre des conflits politiques, intellectuels et religieux de son temps, saint Bernard fut d’abord un immense mystique, dont l’influence, conjuguée à celle de saint Augustin, dominera la suite de la littérature chrétienne.