Vendredi 19 juin 2026

« C’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. »

La croix de Jésus ne s’explique pas tant par la justice de Dieu, que par son amour : avant d’être sa croix, elle est la nôtre, provoquée par le drame du péché. Car il veut ne faire qu’un avec nous, sans marchander les conditions, nous recevant tels que nous sommes en notre humanité désormais blessée :

Celui qui a assumé l’homme tout entier, en a reçu et la sensibilité corporelle et les affections de l’âme. Et ce n’est pas parce que tout en lui était plein de grâces et plein de miracles, que les larmes qu’il a versées étaient fausses, que la faim qui l’a fait manger était mensongère, ou que le sommeil dont il a dormi était simulé. C’est dans notre humble condition qu’il a été méprisé, dans notre tristesse qu’il a été affligé, dans notre douleur qu’il a été crucifié. Car sa miséricorde a subi les épreuves de notre mortalité afin de la guérir, sa force les a acceptées afin d’en être victorieux.

Saint Léon le Grand, Sermon sur la Passion

Et c’est dans toutes ces croix, grandes ou petites, de bois, de fer, ou de paille, que Jésus nous rejoint : l’important pour lui est de ne plus être séparé de nous.

Dieu ne pouvait-il point fournir au monde un autre remède que celui de la mort de son Fils ? Ô certes, il le pouvait bien faire, et par mille autres moyens que celui-là ; car n’était-il pas en sa puissance de pardonner à la nature humaine d’un pouvoir absolu et par pure miséricorde, sans y faire intervenir sa justice et sans l’intervention d’aucune créature ? Il le pouvait sans doute, et qui eût osé parler ou trouver à redire ? Personne, car il est Maître souverain et peut tout ce qu’il lui plaît.

La question n’est pas d’un prix à payer et d’une punition à accepter, mais d’un amour que rien n’arrête :

Assurément, il pouvait nous racheter par mille autres moyens que celui de la mort de son Fils, mais il ne l’a pas voulu, car ce qui était suffisant à notre salut ne l’était pas à assouvir son amour ; et pour nous montrer combien il nous aimait, ce divin Fils est mort de la mort la plus rude et la plus ignominieuse, qui est celle de la croix.

Et cela pour que tout ce qu’il y a de rude et d’ignominieux dans nos vies ne nous prive plus de Dieu, et ne le prive plus de nous.

Que reste-t-il donc, et quelle conséquence pourrons-nous tirer de cela, sinon que, puisqu’il est mort d’amour pour nous, nous mourions aussi d’amour pour lui, ou, si nous ne pouvons mourir d’amour, que du moins nous ne vivions pour autre que pour lui ? Que si nous ne l’aimons et ne vivons pour lui, nous serons les plus déloyales, infidèles et perfides créatures qui se puissent trouver.

Saint François de Sales, Sermon du Vendredi Saint 1622

L´Auteur :

Léon le Grand (Saint, † 461)

Toscan d’origine, Léon est élu pape en 440, au moment où l’Empire romain est chancelant. Il devra souvent en assumer les charges civiles, ce qui contribue à la très forte affirmation de la primauté du pape sous son pontificat, notamment face à Byzance en train de prendre son autonomie politique et religieuse par rapport à l’Occident. L’autorité de saint Léon s’affirme également face aux hérésies nestoriennes (séparant Dieu et l’homme en prêtant une double personnalité au Christ) et pélagienne (attribuant à l’homme un rôle décisif dans son salut, là où seule la grâce de Dieu le lui mérite). Le concile de Chalcédoine (451) marque définitivement la place de l’évêque de Rome dans les questions doctrinales. Les sermons et les lettres de saint Léon auront une profonde influence sur le moyen-âge, notamment dans la conscience que la papauté aura d’elle-même comme fondement de la civilisation chrétienne. Son titre de «grand», qu’il partage avec saint Grégoire, souligne son rôle dans la naissance de cette civilisation.

François de Sales (Saint, 1567-1622)

Noble savoyard, après une éducation de gentilhomme et de juriste à Paris et à Padoue, il entre dans les ordres et ramène au catholicisme le nord de la Savoie. Évêque de Genève en 1602, il réside en fait à Annecy, et réforme son diocèse dans l’esprit du Concile de Trente. En 1610, il inaugure une nouvelle forme de vie consacrée en fondant la Visitation avec Jeanne de Chantal. L’activité pastorale épuisante de François de Sales reposait sur une vie intérieure des plus riches, dont témoignent autant son enseignement « grand public » (dans l’Introduction à la Vie dévote et dans sa correspondance) que son magistral Traité de l’Amour de Dieu. Directeur spirituel, prédicateur, diplomate, écrivain… : un des maîtres absolus de la contre-réforme catholique !