Jeudi 15 janvier 2026

Le pain de vie éternelle

Quel est-il, ce pain, ô mon Dieu ? Ce n’est pas seulement le soutien que votre providence nous donne pour les nécessités de la vie, c’est encore cette nourriture de vérité que vous donnez chaque jour à l’âme. C’est un pain qui nourrit pour la vie éternelle, qui fait croître et qui rend l’âme robuste dans les épreuves de la foi. Vous le renouvelez chaque jour : vous donnez au-dedans et au-dehors précisément ce qu’il faut à l’âme pour s’avancer dans la vie de la foi et dans le renoncement à elle-même.

Je n’ai donc qu’à manger ce pain et qu’à recevoir en esprit de sacrifice tout ce que vous me donnerez d’amer dans les affaires extérieures et dans le fond de mon cœur, car tout ce qui m’arrivera dans le cours de la journée est mon pain quotidien, pourvu que je ne refuse pas de le prendre de votre main et de m’en nourrir.

La faim est ce qui donne le goût aux aliments et ce qui nous les rend utiles. Que n’avons-nous faim et soif de la justice ! Pourquoi nos âmes ne sont-elles pas affamées et altérées comme nos corps ? Notre âme languit en ne recherchant ni le rassasiement ni la nourriture qui vient de Dieu. L’aliment de l’âme est la vérité et la justice. Connaître le bien, s’en remplir, s’en fortifier, voilà le pain spirituel, le pain céleste qu’il faut manger. Mangeons-en donc, ayons-en faim ! Soyons devant Dieu comme des pauvres qui mendient et qui attendent un peu de pain.

François de la Mothe-Fénelon (1651-1715), Méditations pour tous les jours du mois, 16e jour

MÉDITER LE NOTRE PÈRE

En nous disant : « Je suis le pain de vie », Jésus nous dit aussi : « Je suis la Vérité. » Il y a deux parties à la messe, et si la liturgie eucharistique nous donne ce pain de vie, la liturgie de la Parole nous donne cette Vérité. Il faut les deux pour devenir Jésus, et l’Église annonce l’Évangile avant d’en célébrer les mystères, parce que l’amour de Dieu suppose sa connaissance.

Connaissance de Dieu : pas de vie chrétienne sans écoute assidue de la Parole de Dieu. Elle est le pain quotidien de notre intelligence, reçu dans la méditation de l’Écriture, la lecture de la Tradition de l’Église et l’écoute de son enseignement.

Amour de Dieu : pas de vie chrétienne sans sacrements, puisque c’est là que se réalise réellement l’union entre Dieu et nous.

Mais pas de vie chrétienne non plus sans pratique de ce que cette Parole annonce et que ces sacrements signifient : une vie selon la vérité et la justice.

VIVRE LE NOTRE PÈRE

Demander à Dieu notre pain quotidien nous conduit finalement à la pratique effective de la vérité et de la justice dans la vie quotidienne, dans cette vie concrète qui est l’expression la plus directe et la plus claire de sa volonté sur nous. C’est là qu’il vient prendre corps en nous, et que s’accomplit le mystère de l’Incarnation, qui nous conduit tout droit à celui de l’eucharistie.

L´Auteur :

Fénelon (François de La Mothe, 1651-1715)

De vieille noblesse périgourdine, Fénelon étudie chez les jésuites, puis les sulpiciens. Familier de l’entourage de Louis XIV, éloigné de la cour sous prétexte de quiétisme, il devient archevêque de Cambrai en 1695. Il s’y révèle un pasteur modèle, en même temps que le dernier représentant du Siècle d’Or de la spiritualité française face au jansénisme et au gallicanisme envahissants.