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Lundi 31 août 2026 Saint Aristide Heureuse pauvreté qui nous fait posséder tout ! Vivez en paix, ma chère Sœur, avec cette sainte confiance que vous avez en Dieu. Vous n’en sauriez trop avoir, dès que vous ne cherchez rien en vous et que vous n’y trouvez rien sur quoi vous appuyer, et que tout votre recours est aux miséricordes de Jésus-Christ et à ses mérites, qui sont votre trésor et le mien. Heureuse pauvreté qui ne nous laisse rien en nous sur quoi nous reposer, pour nous faire posséder tout en notre divin Sauveur ! J’ai bien peur que la lecture de notre exposition sur les Cantiques ne gâte notre chère sœur N., pensant que l’on peut acquérir par soi-même ce qu’elle trouve dans ces écrits. Ah, qu’il s’en faut bien que la créature puisse arriver à de tels états, si Dieu même ne le fait ! Il est le maître, et ce que nous devons faire, c’est de correspondre fidèlement à la grâce et l’aimer pour l’amour de lui-même et non pour l’amour de nous. Mettez-vous donc entre ses mains comme un instrument inutile, afin qu’il se serve de vous comme bon lui semblera et qu’il y fasse tout ce qu’il y veut faire, sans que vous y mettiez empêchement. Vivez sans trop réfléchir sur vous comme vous avez fait jusqu’ici, mais appliquez-vous à Dieu par amour, autant que vous le pourrez. Et à mesure que vous l’aimerez davantage, tout votre intérieur se réformera ; et quand l’intérieur sera bien ordonné, il réformera tout l’extérieur selon que Dieu le veut. Aimez sans mesure, puisque l’amour doit faire ces merveilles sans que vous vous en aperceviez, ne songeant qu’à vous rendre flexible aux opérations de la grâce. Pour ce qui est des égarements du passé, cela se réparera par un regret amoureux de n’avoir pas toujours aimé Dieu et de vous en être éloignée pour suivre les pentes de votre nature ; cela servira encore à vous humilier devant Dieu ; de cette manière le mal du passé se tournera en bien pour le présent et pour l’avenir. Si vous pouvez parvenir à cette habitation du cœur que saint Augustin vous a enseignée, ne doutez point que vous n’obteniez aussi de vous reposer sur le sein de l’Époux. C’est dans ce fond intérieur où Dieu se communique véritablement à l’âme en esprit et en vérité ; tout le reste est suspect, mais dans ce fond il n’y a que Dieu ; quand je vous en ai parlé au commencement, il semblait que c’était pour vous un centre inaccessible, mais j’ai bien cru que la foi et l’amour vous en ouvrirait la porte. Ah, ma chère Sœur, que c’est une admirable demeure à qui en connaît la beauté, la grandeur et les richesses ! Dieu y réside, c’est tout dire ; nous sommes son paradis en terre quand nous l’aimons et que nous lui tenons compagnie, et c’est un malheur pour nous de ne pas connaître le bien que nous possédons au-dedans de nous. Marie de Sainte-Thérèse, Lettres tome I, p. 432
L´Auteur : Marie de Sainte-Thérèse (1640-1717) Carmélite converse de Bordeaux, dirigée d’un fils spirituel du carme Maur de l’Enfant-Jésus, elle connut des expériences mystiques intenses qui l’amenèrent à être elle-même de conseillère spirituelle bien au-delà des limites de sa communauté et même de son ordre. Ses lettres de direction, restées pratiquement ignorées après sa mort, gagneraient à être redécouverts, pour nous remémorer la primauté de l’amour de Dieu, qui nous appelle à une intimité nuptiale avec lui, et veut lui-même opérer la transformation nécessaire en nos âmes. ![]() |