Lundi 22 avril 2024

Du tombeau vide à la foi

C’est sur la résurrection du Christ qu’est établie notre foi. Les païens, les impies et les juifs croient bien la Passion du Sauveur, mais les chrétiens seuls croient sa résurrection. Le Christ est source de vie. C’est vers nous que s’est dirigée cette source, c’est pour nous qu’elle est morte.

Où est maintenant la mort ? Cherche dans le Christ, elle n’y est pas ; elle y a été, mais elle est morte en lui. Ô vie suprême, vous êtes la mort de la mort. Courage, mes frères, en nous aussi la mort mourra. Ce qui s’est fait d’abord dans le Chef se fera aussi dans les membres ; en nous aussi la mort mourra. Mais quand ? À la fin des siècles, à la résurrection des morts, que nous croyons sans élever contre elle le moindre doute.

Écoutez donc ces paroles que répéteront les triomphateurs quand sera anéantie la mort, quand en nous la mort sera morte comme elle l’est dans notre Chef : Il faut, dit l’Apôtre saint Paul, que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que mortel il revête l’immortalité. Alors s’accomplira cette parole de l’Écriture : la mort a succombé dans sa victoire (I Co 15, 53-55). Je vous ai dit qu’en nous-mêmes la mort serait anéantie : C’est que la mort a succombé dans sa victoire ; la mort est ainsi devenue la mort de la mort. Elle succombera pour ne plus se montrer. Pour ne plus se montrer, qu’est-ce à dire ? Pour n’exister plus ni dans l’âme ni dans le corps.

Saint Augustin (354-430), Sermon 233, pour la semaine de Pâques

MÉDITER :

Pour peu qu’il soit un peu sincère, tout homme est capable d’affirmer l’existence historique de Jésus, jusqu’à sa mise au tombeau comprise. À partir de là, passer de la constatation du tombeau vide au matin de Pâques, à l’affirmation de sa résurrection, appartient à une autre logique, à une logique qui définit la foi chrétienne.

Si la foi suppose la raison – et celle-ci nous dit que le tombeau était vide, la résurrection en étant une explication possible, mais pas plus –, ses conclusions s’appuient sur la cohérence d’un certain nombre de témoignages, et non sur les lois de la nature ; elle suppose d’entrer dans une logique de confiance en quelqu’un, bref, une logique d’amour.

Une logique d’amour, c’est-à-dire de vie commune : saint Augustin nous montre que l’éventuelle résurrection de Jésus n’est « intéressante » que parce qu’elle permet d’envisager notre propre résurrection. Demain et après-demain, nous verrons que ce pas décisif de la foi suppose que Jésus lui-même vienne à notre rencontre.

L´Auteur :

Augustin d’Hippone (Saint, 354-430)

Saint Augustin, fils d’un père païen et de la pieuse sainte Monique, le plus célèbre, le plus lu et le plus commenté des Pères de l’Église latine, est un berbère de l’actuelle Algérie. Converti par la prédication de saint Ambroise (en 386) après une jeunesse orageuse et la parfaite éducation d’un rhéteur de l’Empire romain finissant, il est évêque d’Hippone en 395. Son œuvre immense ouvre le Moyen Âge ; rédigée au moment où les invasions barbares marquent la fin de l’Antiquité, domine la théologie et la spiritualité occidentales.