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Jeudi 2 avril 2026Jeudi Saint La part du pauvreLe Jeudi Saint, Jésus se donne à nous dans l’eucharistie sous l’apparence du pain ; et en lavant les pieds de ses disciples, il se donne sous l’apparence du pauvre : dans les deux cas, c’est le même Jésus qui nous demande de l’accueillir. La vie chrétienne avance sur ces deux rails, et le Jeudi saint, le lavement des pieds a la même importance que l’institution de l’eucharistie. Et il est probable que si nous vivons mal l’un, nous vivrons mal l’autre. Vivre l’eucharistie : Jésus a mis son corps au très Saint-Sacrement, non point selon les lois des autres corps, mais par une façon qui le rend, et plus aimable, et plus admirable tout ensemble, qu’au reste de toutes ses œuvres. Son amour le tient là, réduit en un état où il n’a d’être, de vie et de présence que pour nous ; en un état non pas digne de sa grandeur, mais proportionné à notre nécessité. Là, il se prive de sa gloire extérieure, mais ce n’est rien pourvu qu’il puisse nous être utile et nous communiquer plus aisément la vie en sa source primitive. Car dans ce sacrement, Jésus n’est pas rebuté par la cabane des pauvres ou la hutte des pestiférés. Il ne préfère pas la cellule du lépreux aux cabinets des princes, ou aux palais magnifiques des plus glorieux monarques. Les lèvres et les entrailles les plus repoussantes ne donnent point d’aversion à l’inclination amoureuse qu’il a de se répandre. S’il est foulé aux pieds des plus scélérats, cela lui est indifférent ; Judas, le traître, le reçoit aussi bien que l’apôtre bien-aimé. Qu’il y soit honoré ou méprisé, adoré ou maudit, loué ou en horreur, cela ne le touche point, pourvu qu’il laisse dedans la terre cette devise d’un Dieu qui aime, comme dit saint Denis, jusqu’à l’extase : « Voilà que je suis avec vous jusqu’à la fin du monde. » Louis Chardon, La Croix de Jésus Vivre le lavement des pieds : Voulez-vous donc honorer le corps de Jésus-Christ ? Ne le méprisez pas lorsqu’il est nu, et pendant qu’en cette église vous le couvrez d’étoffes de soie, ne le laissez pas souffrir ailleurs le froid et la nudité. Car celui qui a dit « ceci est mon corps », et qui l’a produit par la vertu de sa parole, a dit aussi « vous m’avez vu souffrir la faim et vous ne m’avez pas donné à manger. Car quand vous l’avez refusé à l’un de ces petits, c’est à moi-même que vous l’avez refusé ». Honorons Jésus-Christ comme il veut être honoré de nous. Le culte le plus agréable que nous puissions rendre à celui que nous voulons honorer, c’est le culte qu’il choisit lui-même et qu’il aime, et non celui que nous choisissons. Saint Pierre prétendait autrefois honorer Jésus-Christ en l’empêchant de lui laver les pieds, mais il le déshonorait plus qu’il ne l’honorait par sa résistance. Honorez-le donc aussi de la manière qu’il le désire, c’est-à-dire en lui donnant l’aumône dans la personne des pauvres. Dieu, comme je vous l’ai déjà dit, ne cherche point des vases d’argent, mais des âmes d’or. Saint Jean Chrysostome, Homélie sur l’Évangile de Matthieu
L´Auteur : Chardon (Louis, 1595-1651) Né dans l’Oise, d’une famille de juristes et d’hommes d’Église, Louis Chardon passera le plus clair de sa vie à Paris. Après ses études universitaires, il entre en 1618 au couvent dominicain de l’Annonciation en plein renouveau intellectuel et spirituel. Confesseur et directeur apprécié, mêlé aux querelles politico-religieuses de la Fronde, ce n’est que quatre ans avant sa mort qu’il se met à publier divers ouvrages de spiritualité, notamment des traductions de Catherine de Sienne et des Institutions taulériennes. Jean Chrysostome (Saint, 350-407) Né à Antioche, baptisé en 372, moine, prédicateur, puis évêque de Constantinople, Jean Chrysostome fut l'ami des pauvres et le dénonciateur intransigeant des vices de la cour, ce qui lui valut d'être banni et de mourir sur la route de l'exil. ![]() |