Dimanche 5 juillet 2026

14e dimanche du Temps Ordinaire

Les fondements de la vie en Christ

La crainte de Dieu est le commencement de la vertu. Comme on l’a dit, elle naît de la foi. Elle est semée dans le cœur de l’homme lorsqu’il retire sa pensée des embarras du monde, pour rassembler ses pensées errantes, en les écartant de la distraction, dans la méditation de la restauration universelle à venir.

Pour poser le fondement de la vertu, il n’est rien de meilleur que se recueillir en soi-même en s’éloignant des choses de ce monde et en concentrant son attention sur la Parole lumineuse qui enseigne les voies droites et saintes, et que le Psalmiste appelle une lampe (cf Ps.118, 105).

Le commencement de la voie de la Vie (cf. Ps.16, 11) consiste à appliquer constamment son intellect aux paroles de Dieu et à vivre dans la pauvreté. En effet, les premières aident à parfaire la seconde, car la méditation des paroles de Dieu, en irriguant ton âme, t’incite à pratiquer la pauvreté ; et la liberté à l’égard des possessions terrestres nous procure le loisir nécessaire pour nous appliquer constamment aux paroles de Dieu. Ainsi, l’une et l’autre nous aident à bâtir rapidement tout l’édifice des vertus.

Personne ne peut s’approcher de Dieu, sinon celui qui s’est séparé du monde. Par séparation, je n’entends pas la sortie du corps, mais l’abandon des occupations du monde.

Tant que l’âme, dans sa foi en Dieu, n’a pas atteint l’ivresse, en éprouvant sensiblement la puissance de cette foi, elle ne peut être guérie de la maladie qui lui vient des sens, et elle ne peut fouler vigoureusement aux pieds la matière visible, qui lui ferme l’accès aux réalités intérieures et invisibles.

Quand la grâce abonde dans l’homme, alors, dans son amour de la justice, il méprise facilement la crainte de la mort, et il trouve dans son âme de nombreux motifs qui le convainquent de la nécessité de supporter la tribulation à cause de la crainte de Dieu. Dès lors, toutes les choses qui paraissent léser le corps et qui attaquent soudainement sa nature, et par conséquent le font souffrir, comptent désormais pour rien à ses yeux, en comparaison de ce qu’il espère obtenir un jour (cf. Rom., 8, 18). Il nous est d’ailleurs impossible de connaître la vérité sans avoir été soumis aux épreuves. De cela, un tel homme ressent dans sa pensée la certitude intime, ainsi que du grand soin que Dieu prend des hommes, sans qu’aucun n’échappe à sa Providence ; tout cela lui est manifesté clairement et comme montré du doigt, surtout s’il est du nombre de ceux qui sont partis au désert pour chercher Dieu et qui supportent la souffrance à cause de lui. Mais quand l’homme est privé de cette abondance de grâce, tout ce que nous avons dit se change en son contraire. Il accorde alors plus d’importance à la connaissance née de ses propres raisonnements qu’à la foi, sa confiance en Dieu ne s’étend plus à toutes choses, il a d’autres pensées à l’égard de la Providence de Dieu envers l’homme ; aussi est-il sans cesse exposé aux embuscades de ceux qui le guettent dans l’ombre pour le percer de leurs flèches (cf Ps. 10, 2).

L’intellect ne fait que nager à la surface des eaux, je veux dire de l’océan des saintes Écritures, et si ses pensées ne parviennent pas à plonger dans ses profondeurs pour saisir tous les trésors qui y gisent, néanmoins la seule méditation pleine d’amour des paroles suffira pour lier fortement ses pensées en une seule pensée d’émerveillement. Elles seront ainsi empêchées de courir après les réalités matérielles, comme l’a dit l’un des Pères théophores. Et cela, ajoutait-il, vient de ce que le cœur est faible et ne peut supporter ni les coups qui lui viennent de l’extérieur, ni les combats intérieurs. Vous savez combien une pensée mauvaise a de poids sur l’âme ; si le cœur n’est pas occupé par la connaissance divine, il ne peut supporter l’agitation intérieure que provoquent les attaques venant du corps.

Saint Isaac le Syrien, Discours ascétiques, 1

L´Auteur :

Isaac le Syrien (Saint, 640-700)

Né dans l'actuel Qatar, moine très jeune, saint Isaac le Syrien est sacré, vers 676, évêque de Ninive. Très rapidement, il renonce à cette charge qui l’empêche de continuer sa vie d’ermite. Il entre au monastère de Rabban Shabur sur le mont Shoustar (Kurdistan septentrional) et finit aveugle. Il meurt à une date inconnue. Ses écrits ont profondément marqué la tradition spirituelle orientale.