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Jeudi 14 mai 2026 L'Ascension du Seigneur Nos impuissances Les grandes peines jettent tout le monde dans quelque abattement : on ne peut s’en bien relever que par la confiance en Dieu et l’abandon à sa divine Providence. Et quand il semble qu’on ne peut pas le faire, qu’on ne le fait pas bien, ou qu’à demi, il faut se résigner en cela même à la divine volonté, toujours avec une humilité douce et patiente. Car Dieu ne permet que nous tombions dans ces abattements et dans ces impuissances que pour nous faire mieux connaître et sentir notre misère, afin qu’il n’y ait pas le moindre brin de confiance en nous-mêmes, mais toute en lui seul et en sa grâce toute-puissante. Sur quoi je dois vous dire que je remarque depuis longtemps en vous une grande grâce à laquelle vous ne réfléchissez pas : c’est que vous me paraissez vivement pénétrée de vos misères, faiblesses, défauts et imperfections. Or, cela n’arrive qu’à mesure que Dieu s’approche de nous et que nous vivons et marchons dans sa lumière, qui, sans réflexion de notre part, nous fait voir et sentir, connaître et apercevoir au-dedans de nous un abîme de misère et de corruption. Voilà une des plus grandes marques du progrès dans les voies de Dieu et de l’intérieur. Et c’est à quoi vous n’avez jamais pensé pour en rendre grâces ! Il ne reste plus à présent qu’à tâcher de vivre en paix par conformité à la divine volonté au milieu de cet abîme de misère et de faiblesse. Si vous pouviez même aimer la sainte abjection, le mépris et l’horreur de vous-même qui naît de cette vive connaissance expérimentale, ce serait un autre point encore plus grand pour votre avancement spirituel. Voyez donc quelle est la bonté de Dieu, de vouloir vous enrichir par la vue de votre pauvreté même, bien connue, agréée et chérie parce qu’il le veut ainsi, sans exclure, cependant, le désir d’y remédier, car nous devons toujours joindre à la vue de nos défauts et à leur haine, le désir et la vigilance pour nous en corriger. J. P. de Caussade, Lettre 57
L´Auteur : Jean-Pierre de Caussade (1675-1751) D'une noble famille du Quercy, Jean-Pierre de Caussade étudia chez les Jésuites de Cahors, avant d'entrer en 1693 dans la Compagnie à Toulouse. Il enseigne jusqu'en 1720 dans de nombreux collèges du midi de la France, avant d'en parcourir aussi le nord et l'est comme missionnaire et prédicateur. Directeur spirituel particulièrement vigoureux, il pousse à ses dernières conséquences l'invitation à l'abandon à la volonté divine, ce qui le fera accuser de quiétisme en ces années où s'impose un certain moralisme janséniste. En Lorraine, son amitié pour le monastère de la Visitation sera l'occasion de ses Instructions Spirituelles et de l'essentiel de sa correspondance. Proche de Fénelon et de la tradition salésienne, lecteur des maîtres du Carmel, il sera peu à peu mis à l'écart à partir de 1731, jusqu'à sa mort en 1751 à Toulouse. ![]() |