Jeudi 26 février 2026

Jeudi de la 1ère semaine de Carême

Un Dieu Père

Je vous ai aimés d’un amour éternel. (Ps 120, 1) Dieu n’a pas attendu que nous fussions quelque chose pour nous aimer : avant tous les siècles, et avant même que nous ayons l’être que nous possédons, il pensait à nous, et il n’y pensait que pour nous faire du bien. Ce qu’il avait médité dans l’éternité, il l’a exécuté dans le temps. Sa main bienfaisante a répandu sur nous toutes sortes de biens : nos infidélités mêmes, ni nos ingratitudes, presque aussi nombreuses que ses faveurs, n’ont pu encore tarir la source de ses dons, ni arrêter le cours de ses grâces. Ô amour sans commencement, qui m’avez aimé durant des siècles infinis, et lors même que je ne pouvais le ressentir ni le reconnaître !

Fénelon, Méditation pour le 29e jour du mois

Quel est celui qui veille sur nous avec amour, et qui dispose de nous par sa Providence ? C'est le bon Dieu ! Il est tellement bon, qu'il est la bonté par essence, et la Charité même, et, dans ce sens, "personne n'est bon que Dieu seul". Il a paru des saints qui ont merveilleusement participé à cette bonté divine. Et cependant les meilleurs parmi les hommes n'ont eu qu'un ruisseau, une rivière, ou tout au plus un fleuve de bonté, tandis que Dieu est l'océan de la bonté, une bonté inépuisable et sans limites. Après qu'il aura versé sur nous des bienfaits presque innombrables, qu'on ne le croie ni fatigué de se répandre, ni appauvri par ses dons : il lui reste encore infiniment de bonté à dépenser. Il est bon pour tous : "Il fait luire son soleil sur les bons et les méchants, il fait tomber la pluie sur les justes et les pécheurs." Il ne se lasse pas d'être bon : à la multitude de nos fautes il oppose la multitude de ses miséricordes, pour nous conquérir à force de bonté.

Dieu est père par le dévouement, mère par la tendresse. Ici-bas, rien n’est comparable au cœur d'une mère pour l'oubli de soi, l'affection profonde, la miséricorde inlassable ; rien n'inspire autant la confiance et l'abandon. Et cependant Dieu surpasse infiniment pour nous la meilleure des mères. "Une femme peut-elle oublier son enfant, n'avoir pas compassion du fruit de ses entrailles ? Et quand même elle l'oublierait, moi je ne vous oublierai pas." Celui qui a aimé le monde au point de lui donner son Fils unique, que pourrait-il nous refuser ? Il sait bien mieux que nous de quoi nous avons besoin pour le corps et pour l'âme : il veut être prié, mais il nous reprochera seulement de ne pas demander assez, et il ne donnera pas une pierre à son enfant qui lui demande du pain. Et s'il faut qu'il sévisse pour nous empêcher de courir à notre perte, c'est son cœur qui arme son bras : il mesure les coups, et dès qu'il le jugera bon, il essuiera nos larmes et versera le baume sur la blessure. Croyons à l'amour de Dieu pour nous, et ne doutons jamais du cœur de notre Père.

Vital Lehodey, Le saint Abandon

L´Auteur :

Fénelon (François de la Mothe, 1651-1715)

De vieille noblesse périgourdine, familier de l’entourage de Louis XIV, Fénelon devient précepteur de l’héritier du trône, le duc de Bourgogne. Archevêque de Cambrai en 1695, en semi-disgrâce après les condamnations du quiétisme, il se révélera homme de Dieu et pasteur exemplaire.

Lehodey (Vital, 1857-1948)

Né près de Coutances, Vital Lehodey entre à la Trappe de Bricquebec (Manche) en 1890, et en devient l'abbé en 1895.