Samedi 23 mai 2026

Le pouvoir de Marie sur Dieu

Du plus profond de nos entrailles, vénérons Marie : telle est la volonté de Celui qui a voulu que nous ayons tout par Marie.

Tu craignais d'approcher le Père ? Il t'a donné Jésus pour médiateur. Que n'obtiendrait un tel Fils auprès d'un tel Père ? Aurais-tu peur encore de ce Fils ? Il est ton frère, il est ta chair, tenté en tout hormis le péché, pour qu'il devienne miséricordieux. C'est Marie qui te l'a donné pour frère. Mais peut-être crains-tu tout de même en lui sa majesté divine, car même s'il s'est fait homme, il n'en demeure pas moins Dieu ? Alors veux-tu un avocat auprès de lui ? Recours à Marie. En Marie, assurément, l'humanité est pure, non seulement pure de toute souillure, mais humanité pure et simple. Je l'affirme sans aucun doute : Marie sera exaucée à cause de la considération qui lui est due ; de toute façon le Fils exaucera la Mère, et le Père exaucera le Fils.

Mes petits enfants, voilà l'escalier des pécheurs, voilà ma plus grande confiance, voilà tout le fondement de mon espérance. Eh quoi ? Le Fils pourrait-il refuser ou essuyer un refus ? Le Fils pourrait-il ne pas écouter ou ne pas être écouté ? Ni l'un ni l'autre, assurément. "Tu as trouvé grâce auprès de Dieu", dit l'ange. Bravo ! Marie trouvera toujours grâce, et nous, nous n'avons jamais besoin que de la grâce. La Vierge prudente n'a pas, comme Salomon, demandé la sagesse, les richesses, les honneurs ou la puissance, mais la grâce de Dieu, cette grâce seule par laquelle nous sommes sauvés.

Saint Bernard (1090-1153), Sermon sur la Nativité de la Vierge

MÉDITATION

Dieu a voulu dépendre de Marie en toute chose, comme un enfant dépend de sa mère. Pourquoi ? L'amour n'a aucun compte à rendre, et nous devons simplement nous incliner devant cette volonté, qui bouleverse totalement l'idée que les hommes se font habituellement de Dieu : du plus profond de nos entrailles, vénérons Marie : telle est la volonté de Celui qui a voulu que nous ayons tout par Marie.

Les choses étant ainsi, saint Bernard résume le rôle de Marie dans le mystère de Jésus : C'est Marie qui te l'a donné pour frère. "Dieu marche avec l'homme au pas de l'homme", dira saint Jean de la Croix. Marie a mis Dieu au pas de l'homme, elle a sur lui tous les droits d'une mère sur son enfant. Et cela, répétons-le, non pas parce qu'elle serait en-dehors et au-dessus de notre condition humaine, mais parce que Dieu a voulu qu'il en soit ainsi.

Dieu a voulu que nous ayons tout par Marie. Le mystère chrétien est celui de cette élection que Dieu fait de certains qui vont porter le salut de tous les autres. Dieu n'aime pas l'humanité en général : il choisit ses enfants un par un, et assigne à chacun sa place dans le déploiement de son amour. Et la place de Marie est celle de sa mère et de notre mère.

Marie est le chemin par lequel Dieu vient à nous. Prier Marie, imiter Marie, loin de remplacer notre foi au Christ, la renforce : escalier des pécheurs, elle nous conduit à Dieu par son humanité pure et simple, nous invitant à entrer en petits enfants dans le Royaume des cieux.

L´Auteur :

Bernard (Saint, 1090-1153)

Né en 1090 dans une noble et nombreuse famille bourguignonne, après avoir fréquenté l’école canoniale de Châtillon-sur-Seine où il aura reçu une excellente culture classique, Bernard entre au monastère de Cîteaux en 1112, accompagné d’une trentaine de ses cousins. Fondée en 1098 par Robert de Molesme, cette première abbaye « cistercienne » s’est détachée de Cluny pour vivre de plus près les observances de la règle de saint Benoît : face à la magnificence de Cluny, Cîteaux recherche une vie simple, une architecture sobre et une prière plus intérieure. Bientôt abbé de Clairvaux, fondation de Cîteaux à côté de Bar-sur-Aube, Bernard sera en fait le vrai propagateur de ce renouveau monastique. Le succès en est énorme, et notamment les cinq frères de Bernard le rejoignent à Clairvaux, qui sera à l’origine de 341 filiales à la mort de Bernard en 1153 ! En même temps que rénovateur de la vie monastique, Bernard, « le dernier des Pères de l’Église », dit-on parfois, aura une importance considérable dans la littérature occidentale : ses sermons sur le Cantique des cantiques, associant les commentaires des Pères grecs aux thèmes courtois des troubadours de son époque, fondent pour les siècles suivants une nouvelle façon de parler de l’expérience de Dieu. Par ailleurs prédicateur populaire, conseiller des rois et des papes, arbitre des conflits de son époque, Bernard fut un personnage immense, comparable à un saint Augustin pour son influence sur le cours de l’histoire de l’Église.