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Mardi 2 juin 2026 Lucien Bunel, Jacques de Jésus "Serviteur de Dieu" prêtre du Carmel (+ 1945) Jésus, doucement présent en moi J’avoue que le Verbe s’est manifesté à moi aussi, et à plusieurs reprises. Souvent il est entré en moi, mais pourtant jamais je n’ai senti cette entrée. J’ai senti qu’il était là, je m’en souviens ; et j’ai même pu pressentir une fois ou l’autre son arrivée, mais non pas la sentir, pas plus que son départ. D’où venait-il, où repartait-il en quittant mon âme, par où est-il passé pour entrer ou sortir, j’avoue que je l’ignore encore, comme il est écrit : « Tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va. » (Jn 3, 8) Assurément, il n’est pas entré par mes yeux, car il n’a pas de couleur ; ni par mes oreilles, car il ne fait pas de bruit ; ni par le nez, car ce n’est pas à l’air qu’il se mêle, mais à l’esprit… Par où est-il donc entré ? Comment ai-je su qu’il était là ? « Le Verbe est vivant et efficace » (Hb 4, 12) ; sitôt entré, il a réveillé mon âme somnolente ; il a remué, adouci et blessé mon cœur qui était dur comme pierre et maladif. Il s’est mis aussi à arracher, à détruire, à construire et à planter (Jér 1, 10), à irriguer un sol desséché, à illuminer des régions ténébreuses, à forcer des cachettes, à enflammer des parties gelées ; il a aussi redressé des voies tortueuses et aplani des chemins défoncés, si bien que mon âme a béni le Seigneur, et que tout en moi a chanté son saint nom (Ps 102, 1). Oui, c’est au mouvement de mon cœur que j’ai compris que le Verbe était là. Saint Bernard (1090-1153), Sermon 74 sur le Cantique des Cantiques Méditation La plupart des chrétiens ne sauraient pas dire quand ils ont commencé à l’être, d’autant qu’ils ont le plus souvent été baptisés dans le sommeil de la petite enfance. Et pourtant, ils cherchent à vivre l’Évangile, ils prient, ils reçoivent les sacrements, bref, ce qui les fait vivre est surnaturel : Oui, c’est au mouvement de mon cœur que j’ai compris que le Verbe était là. Arracher ce qui n’est pas bon, irriguer ce qui est sec, forcer les replis de l’âme, etc., tel est le travail de la grâce de Dieu en nous. Et c’est ainsi qu’elle redresse et reconstruit peu à peu ce que le péché avait faussé. Retrouvant sa vocation à aimer, retrouvant la paternité divine, notre personnalité abîmée, complexée, malheureuse, est rétablie par la grâce dans sa normalité originelle. La résurrection de Jésus n’a guère été remarquée au matin de Pâques, même s’il y a eu les rencontres fortes avec Marie-Madeleine ou les apôtres ; aujourd’hui comme il y a 20 siècles, Jésus vient sans bruit, mais partout où il passe, on se met à compter les années « depuis Jésus-Christ », parce que plus rien n’est comme avant. Je repère les « visites du Verbe » dans ma vie, ces moments où j’ai compris l’appel de Dieu, et décidé d’y répondre, ces moments de conversion et de charité vraie ; ou bien ces moments où la présence de Dieu s’est imposée avec une sorte d’évidence. Et ma prière aujourd’hui sera pour en rendre grâce et essayer d’y correspondre par une vie plus conforme à l’Évangile. L´Auteur : Bernard (Saint, 1090-1153) Né en 1090 dans une noble et nombreuse famille bourguignonne, après avoir fréquenté l’école canoniale de Châtillon-sur-Seine où il aura reçu une excellente culture classique, Bernard entre au monastère de Cîteaux en 1112, accompagné d’une trentaine de ses cousins. Fondée en 1098 par Robert de Molesme, cette première abbaye « cistercienne » s’est détachée de Cluny pour vivre de plus près les observances de la règle de saint Benoît : face à la magnificence de Cluny, Cîteaux recherche une vie simple, une architecture sobre et une prière plus intérieure. Bientôt abbé de Clairvaux, fondation de Cîteaux à côté de Bar-sur-Aube, Bernard sera en fait le vrai propagateur de ce renouveau monastique. Le succès en est énorme, et notamment les cinq frères de Bernard le rejoignent à Clairvaux, qui sera à l’origine de 341 filiales à la mort de Bernard en 1153 ! En même temps que rénovateur de la vie monastique, Bernard, « le dernier des Pères de l’Église », dit-on parfois, aura une importance considérable dans la littérature occidentale : ses sermons sur le Cantique des cantiques, associant les commentaires des Pères grecs aux thèmes courtois des troubadours de son époque, fondent pour les siècles suivants une nouvelle façon de parler de l’expérience de Dieu. Par ailleurs prédicateur populaire, conseiller des rois et des papes, arbitre des conflits de son époque, Bernard fut un personnage immense, comparable à un saint Augustin pour son influence sur le cours de l’histoire de l’Église. ![]() |