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Jeudi 28 mai 2026
Saint Germain de Paris
Évêque (+ 576)
Une âme engluée
L’amour du monde est comme la glue qui retient les ailes spirituelles de l’âme, si bien qu’elle ne peut s’élever, ou comme une colle qui lui tient aux pieds et l’empêche d’avancer, ou comme une chaîne qui l’attache au corps pour qu’elle ne s’en éloigne pas, rendue semblable à l’ours ou au singe qui tourne en rond là où il est retenu prisonnier.
Cet amour est la mauvaise terre, stérile et maudite par Dieu, sur laquelle aucun fruit ne peut venir ; il est la charogne qui empêche le corbeau de revenir en l’arche, c’est-à-dire l’âme en son logis du paradis ; il est cette folle qui fait tant de bruit, qui crie si fort et fait un tel vacarme en la maison de l’âme, que l’âme elle-même doit en sortir, et que le Saint Esprit qui devrait en être l’hôte, ne peut y demeurer et s’en va.
Puisque tel est l’amour du monde, et que le bon amour ne peut venir où il habite, il faut le chasser et l’expulser de son hôtel. Mais hélas ! C’est plus difficile qu’on ne pense ! Ceux qui veulent rompre avec lui s’en rendent bien compte, contrairement à ceux qui n’en ont cure, tout comme l’oiseau ne s’aperçoit pas d’être pris au piège tant qu’il ne cherche pas à s’envoler. Aussi faut-il que le vrai Dieu d’amour, notre Sauveur Jésus-Christ, attire à lui l’âme qui doit être son amie, et à laquelle il veut apprendre l’art du bon amour.
Jean Gerson (1363-1429), La Montagne de Contemplation, § 11-12
Méditation
«Nul ne peut servir deux maîtres», nous dit Jésus. Au jour du baptême, nous avons promis de suivre Jésus, et pour cela, de ne pas nous attacher au reste. La prière est là pour nous aider à recouvrer notre liberté.
Nos chaînes s’appellent «l’amour du monde». Apparemment, rien de grave : ne faut-il pas veiller à sa santé, cultiver ses relations, gagner sa vie et celle des siens, veiller à sa réputation, etc. ? Et de proche en proche, on s’aperçoit que la santé, la renommée, l’argent et la carrière ont envahi tout notre temps et toutes nos préoccupations.
De nous-mêmes nous ne nous décollerons pas de cette «glue» spirituelle : «C’est plus difficile qu’on ne pense !» Encore une fois, parce que cela est essentiel, redisons que Dieu seul peut faire cela : il faut que «que le vrai Dieu d’amour, notre Sauveur Jésus-Christ, attire à lui l’âme qui doit être son amie, et à laquelle il veut apprendre l’art du bon amour.»
L´Auteur :
Gerson (Jean, 1363-1429)
Né à Gerson en Champagne, Jean Charlier devient chancelier de l’université de Paris en 1395, en pleine guerre de Cent Ans et pendant le Grand Schisme d’Occident. Partisan de résoudre la crise de l’Église par le Concile de Constance, persécuté par le duc de Bourgogne, il connaît l’exil en Autriche avant de finir sa vie à Lyon dans la prière, l’enseignement des enfants et le soin des pauvres.
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