Mardi 12 mai 2026

Saints Nérée et Achille

Se relever après nos chutes

Les personnes vraiment spirituelles, vivement pénétrées de leur néant, de leur misère et de leur faiblesse, ne sont ni découragées ni abattues, ni même surprises de leurs chutes. Elles apprennent de là à se mieux connaître, à s'humilier toujours plus profondément, à se défier jusqu'à tout désespérer d'elles-mêmes, pour ne mettre plus leur confiance qu'en Dieu seul, n'attendant plus rien que de sa bonté.

Après nos chutes, relevons aussitôt notre courage et nos espérances à la vue d'un Dieu assez puissant, assez miséricordieux, pour nous faire trouver, au milieu même de nos chutes, le précieux trésor de la vraie humilité qui est le fondement et la gardienne de toutes les vertus, avec la totale défiance de nous-mêmes, avec la parfaite confiance en Dieu, qui sont comme les deux pôles de la vie spirituelle. Aussi, quand une âme en est venue là, Dieu la comble de ses dons, de ses faveurs. Pourquoi ? Parce qu'il ne risque plus qu'on lui dérobe rien de sa gloire en s'attribuant quelque chose ; et c'est alors qu'on comprend par sa propre expérience cette belle maxime d'un grand serviteur de Dieu, "qu'une misère bien connue vaut mieux qu'une vertu angélique qu'on s'approprie par de vaines complaisances."

Jean-Pierre de Caussade, Traité sur l'Oraison du Cœur, VII

L´Auteur :

Jean-Pierre de Caussade (1675-1751)

D'une noble famille du Quercy, Jean-Pierre de Caussade étudia chez les Jésuites de Cahors, avant d'entrer en 1693 dans la Compagnie à Toulouse. Il enseigne jusqu'en 1720 dans de nombreux collèges du midi de la France, avant d'en parcourir aussi le nord et l'est comme missionnaire et prédicateur.

Directeur spirituel particulièrement vigoureux, il pousse à ses dernières conséquences l'invitation à l'abandon à la volonté divine, ce qui le fera accuser de quiétisme en ces années où s'impose un certain moralisme janséniste. En Lorraine, son amitié pour le monastère de la Visitation sera l'occasion de ses Instructions Spirituelles et de l'essentiel de sa correspondance. Proche de Fénelon et de la tradition salésienne, lecteur des maîtres du Carmel, il sera peu à peu mis à l'écart à partir de 1731, jusqu'à sa mort en 1751 à Toulouse.