Samedi 28 mars 2026

Un bonheur sans limite

« La vie du chrétien est un long désir », disait saint Augustin. Notre foi chrétienne finit de nous conduire jusqu’au plein accomplissement de ce désir que Dieu a inscrit en notre cœur au jour de notre création :

Lorsque la faculté et le désir de voir s’étendent aux dimensions de l’éternité, le bonheur atteint à l’entière plénitude. Car rien ne manque à ceux qui voient toujours, et rien ne reste à souhaiter pour ceux qui ne cessent de vouloir. Mais cette vision n’appartient pas à la vie présente. Maintenant, Dieu se montre à qui il veut, mais comme il veut, et non comme il est. Il n’est pas de saint, de sage, de prophète qui puisse ou qui ait pu, dans ce corps mortel, le voir tel qu’il est ; mais ceux-là le pourront, dans la vie éternelle, qui en seront jugés dignes. Si nous voyons tous les jours le soleil, nous ne le voyons pas tel qu’il est, mais seulement par ses rayons qui éclairent, par exemple, l’atmosphère, une montagne, un mur.

L’âme qui est éclairée par Dieu peut ici-bas le voir tel qu’il éclaire, mais non pas tel qu’il est ; c’est de lui que nous tenons la faculté de voir, mais non de le voir lui-même.

Saint Bernard, Sermon 31 sur le Cantique

Ce désir nous a fait reconnaître en Jésus notre Sauveur et notre Dieu, celui que nous attendions pour nous faire vivre de la vie même de Dieu, en attendant de le voir tel qu’il est :

Ô aimable Jésus, non seulement vous êtes vivant en vous-même d’une vie glorieuse et bienheureuse, mais aussi en tous les anges et en tous les saints qui sont avec vous dans le ciel. Car c’est vous qui êtes vivant en eux, qui leur communiquez votre vie glorieuse et immortelle, et qui êtes glorieux et bienheureux en eux.

Ô très désirable Jésus, je sais que, comme vous m’aimez infiniment et que vous désirez très ardemment, par le zèle extrême que vous avez de votre gloire, d’être parfaitement aimé et glorifié en moi, qu’aussi vous avez un désir extrême et infini de m’attirer à vous dans le ciel, afin de vivre en moi parfaitement, et d’y établir pleinement le royaume de votre gloire et de votre amour.

« Le Père nous a vivifié avec le Christ, ressuscité avec lui, fait siéger avec lui dans les cieux » (Eph 2, 5), de sorte que je suis vivant avec vous dans le ciel, ô mon Jésus ; j’y ai part à tout l’amour, la gloire et les louanges que vous y rendez à votre Père, tant par vous-même que par vos anges et vos saints. Ô mon Sauveur, que je vous loue et que je vous aime en la terre comme au ciel ! Que je vive en la terre d’une vie conforme à la vie que j’ai en vous et en vos saints dans le ciel ! Que je fasse en la terre ce que je fais avec vous et avec vos saints au ciel, c’est-à-dire que je sois continuellement employé dans l’exercice de votre amour et de vos louanges ! Que je commence mon paradis en ce monde, mettant toute ma félicité et mon contentement à vous bénir et aimer, à faire toutes vos saintes volontés.

Saint Jean Eudes, Le Royaume de Jésus

L´Auteur :

Bernard (Saint, 1090-1153)

De noble famille bourguignonne, Bernard entre au monastère de Cîteaux en 1112. Bientôt abbé de Clairvaux, il est à l'origine d'un prodigieux renouveau monastique en Occident. Son influence sur la spiritualité occidentale fut déterminante.

Eudes (Saint Jean, 1601-1680)

D'une famille paysanne normande, lié à l'Oratoire de France, prédicateur infatigable, recours de tous les pauvres, fondateur de congrégations, il incarne la Normandie mystique du XVIIe siècle.