Samedi 18 juillet 2026

L’oraison à l’école de Marie

Avec la Vierge Marie continuons notre apprentissage de l’oraison, puisqu’elle nous en offre l’exemple le plus parfait : n’oublions pas que c’est elle qui a appris à Jésus à prier. Dès lors, qui mieux qu’elle saurait nous guider dans notre vie de prière ?

Marie nous montre d’abord que l’oraison est tout entière dans la volonté de faire la volonté de Dieu à tout instant, et que loin d’être une affaire de spécialistes, elle est la façon la plus humainement normale de vivre toute chose en sa présence :

Quelle vie Marie mène-t-elle à Nazareth ? Une vie commune, une vie obscure et cachée ; une vie laborieuse ; et en même temps la vie la plus sainte, la plus agréable à Dieu qu’aucune créature ait menée sur la terre ; elle n’a été surpassée en ceci que par son fils. Marie mène une vie commune, et elle est bien aise de la mener ; et elle la préfère à tout ce qui aurait été singulier et extraordinaire. Elle prie toujours, mais simplement de cœur, et presque sans aucun acte distinct ; rien de remarquable, même pour elle, dans ses exercices de dévotion. Les autres femmes qui la fréquentaient ne voyaient rien en elle qui les frappât, ni qui leur fît dire : Voilà une femme d’une piété extraordinaire !

Jean-Nicolas Grou (1731-1803), L’intérieur de Jésus et de Marie

Marie nous montre ensuite que l’oraison porte avec elle l’amour de la solitude ; pas plus que Dieu, la sainteté ne se remarque, et surtout, elle ne cherche pas à se faire remarquer :

Renfermée dans son petit ménage, elle ne sort que par nécessité, ou par un motif de charité. Les femmes de sa condition ne sont pas dans le cas de paraître en public, et de briller dans les compagnies. Jamais elle ne parle d’elle, ni de son fils ; elle cache soigneusement tout ce qui la regarde ; et elle ne laisse voir en elle qu’une femme ordinaire. Il ne faut pas se figurer que Marie fût toujours en oraison ; ni qu’elle passât des heures entières à contempler les bras croisés. Marie n’avait pas le temps de prier de la sorte. Il fallait qu’elle pourvût à la subsistance et à l’entretien de Jésus et de Joseph ; qu’elle eût soin de tout dans le ménage, qu’elle fît tout par elle-même. Mais dans son travail qui était presque continuel, elle ne perdait ni la présence de Dieu, ni la paix du cœur ; et elle consacrait à la prière les moments qu’elle avait de libres.

Idem

Enfin, Marie nous rappelle la simplicité de la vie chrétienne : les saints ont très généralement été méconnus de leur vivant, comme Jésus. L’oraison progresse toujours vers la simplicité, la transparence, l’oubli de soi proportionné à l’attention à Dieu :

Si Marie vivait au milieu de nous, comme elle vivait à Nazareth, nous n’aurions pas une haute idée de sa piété et de sa vertu. Il nous faut du singulier, du merveilleux, de l’extraordinaire, des actions d’éclat, de longues oraisons, des veilles, des jeûnes, des austérités. Où nous ne voyons rien de semblable, nous ne saurions reconnaître la sainteté, dont nous n’avons pas la juste idée. Détrompons-nous. Estimons dans les autres la vie commune, cachée et laborieuse ; choisissons-la pour nous-mêmes, autant qu’il dépend de nous ; et que ce soit là un des points principaux où nous tâchions d’imiter Marie.

Idem

L´Auteur :

Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803)

Né à Calais, le jeune Grou entre chez les jésuites à 15 ans. Brillant professeur de lettres à La Flèche, il s’exile en Lorraine lors de la suppression de la Compagnie en 1763. Bientôt à Paris, sa rencontre avec la visitandine Pélagie Lévêque l’ouvre à la mystique. Il se partagera désormais entre la direction spirituelle et la rédaction d’ouvrages connexes, notamment en Angleterre, car la Révolution française le force à un nouvel exil à partir de 1792. Humaniste du XVIIIe siècle, Grou est à la fois un philosophe, un controversiste, un apologiste, un moraliste et un mystique. Son enseignement spirituel culmine dans le Manuel des Âmes intérieures, recueil d’une soixantaine d’entretiens publié par ses disciples. Rédigé dans une langue superbe, on y reconnaît la tradition salésienne de l’abandon en même temps qu’une extrême finesse d’analyse psychologique.