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Samedi 30 mai 2026
Sainte Emmelie
Et saint Basile, parents d'une étonnante famille de saints (+ 370)
La vraie dignité du frère
La charité que Dieu vous donne pour le prochain, est une participation à sa charité infinie envers les hommes, à laquelle vous participerez plus parfaitement à mesure que vous vous rendrez plus fidèles dans l’exercice de cette vertu.
Vous devez savoir que, comme Dieu a créé l’homme à son image et ressemblance, aussi a-t-il ordonné un amour pour l’homme à l’image et ressemblance de l’amour qui est dû à sa divinité. C’est pourquoi nous ne devons pas prendre en compte si notre prochain est sage, courtois, libéral, ou doué d’autres qualités pour l’aimer : c’est assez qu’il porte l’image de la première beauté et bonté qui est souverainement aimable. Nous le devons chérir, l’honorer, lui souhaiter mille bénédictions, et nous employer volontiers pour son service, non pour l’amour de lui, mais parce qu’il porte le caractère de notre Père et créateur, parce qu’il est capable de participer à ses biens surnaturels de grâce et de gloire comme son enfant adoptif, parce qu’il est membre vivant de Jésus, son héritage et son acquisition qui ne lui a pas moins coûté que son sang et sa vie, parce qu’il est appelé à la même foi que nous et qu’il participe d’un même pain.
Jean-François de Reims († 1660), La vraie Perfection, I, 10
Méditation
«Nous ne devons pas prendre en compte si notre prochain est sage, courtois, libéral, ou doué d’autres qualités pour l’aimer» : voilà le fondement du pardon fraternel. Dieu nous aime inconditionnellement, et par cet amour, nous rend capables de nous aimer inconditionnellement les uns les autres. Le pardon va au-delà de la justice, au-delà même du don : il va à la personne du frère, comme l’amour de Dieu va à notre personne, sans s’arrêter à nos offenses.
C’est cette dignité infinie de toute personne humaine, fondée dans son caractère divin, qui nous interdit la vengeance, ou même le ressentiment, serait-il revêtu du prétexte de la justice. Notre grandeur est d’aimer à ce point, parce que nous sommes aimables à ce point aux yeux d’un Dieu qui nous aime à ce point.
Pardonner est une joie, non une pénible obligation. Sans doute ai-je bien des rancunes en mon cœur, toutes justifiées par quelque offense réelle ou supposée que l’on m’a faite : aucune justice ne les apaisera ; il y faudra cette adoration de Dieu en mes frères.
L´Auteur :
Jean-François de Reims († 1660)
D’une famille d’hommes d’Église de Reims, Jean-François Dozet entre chez les capucins de Troyes en 1615. Disciple de Martial d’Étampes, il incarne avec lui le rôle considérable des capucins dans le renouveau mystique du XVIIe siècle français. Prédicateur et directeur spirituel en divers couvents de Champagne et de Paris, il eut un rôle important dans le gouvernement de sa province. Il laisse deux ouvrages à usage des religieuses : «Le directeur pacifique des Consciences», et «La vraie perfection de cette vie dans l’exercice de la présence de Dieu».
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