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Dimanche 15 mars 2026Quatrième dimanche de Carême Jésus, lumière du mondeEn nous rapportant une guérison miraculeuse, l’Évangile nous annonce notre propre guérison spirituelle. En plaçant au quatrième dimanche de carême la guérison de l’aveugle-né, l’Église nous invite à prendre conscience du chemin parcouru depuis le mercredi des Cendres : la guérison de l’aveugle n’est pas instantanée, mais laborieuse, Jésus reprenant en quelque sorte les gestes de la création en utilisant la boue du sol, et envoyant le malade à la piscine qui sera celle du baptême. Il y a là de quoi comprendre tout l’itinéraire baptismal : c’est bien Jésus qui nous porte des ténèbres du péché à la lumière de Dieu, mais il nous appartient de le vouloir et d’y coopérer. À mesure que la lumière croît, on se trouve plus corrompu qu’on ne croyait ; on est tout étonné de son aveuglement passé, et on voit sortir du fond de son cœur, comme d’une caverne profonde, une infinité de sentiments honteux, semblables à des reptiles sales et pleins de venin. On n’aurait jamais cru les porter dans son sein, et on a horreur de soi, à mesure qu’on les voit sortir. Il ne faut ni s’étonner ni se décourager. Ce n’est pas que nous soyons plus méchants que nous ne l’étions ; au contraire, nous le sommes moins : mais tandis que nos maux diminuent, la lumière qui nous les montre augmente, et nous sommes saisis d’horreur. Mais remarquez, pour votre consolation, que nous n’apercevons nos maux que quand nous commençons à en guérir. Quand nous sommes privés de tout principe de guérison, nous ne sentons point le fond de notre mal : c’est l’état d’aveuglement, de présomption et d’insensibilité, où l’on est livré à soi-même. En se laissant aller au torrent, on n’en sent point la rapidité ; mais elle commence à se faire sentir, à mesure qu’on commence à se raidir plus ou moins contre elle. Fénelon, Lettre à une dame Le risque de cette prise de conscience serait de se décourager. Mais on n’est découragé que lorsque l’on compte sur soi-même, ce qui est exactement la définition de l’orgueil, racine de tout péché. Ce qui nous est demandé n’est pas d’en être victorieux, car en réalité il n’y a rien à vaincre, mais simplement de nous abandonner avec confiance à celui dont nous nous étions éloignés avec méfiance : Puisque vous êtes aveugle, laissez-vous conduire par Celui qui est la source de toute lumière. Cela vous coûtera, vous affligera et vous tourmentera ; tant mieux, c’est le plus beau de l’affaire. Vous serez quelquefois dans l’incertitude sur l’état où vous êtes ; tant mieux encore ; ce n’est pas à vous de le savoir, et c’est un grand moyen de vous détacher de vous-même, et de vous abandonner à Celui qui doit être votre tout. Plus vous vivrez dans le doute par rapport à votre état, plus vous serez dans une dépendance entière de Dieu ; et c’est ce qui doit faire le sujet de la plus grande joie de votre cœur. François Libermann, Lettre du 11 septembre 1835
L´Auteur : Fénelon (François de la Mothe, 1651-1715) De vieille noblesse périgourdine, familier de l’entourage de Louis XIV, Fénelon devient précepteur de l’héritier du trône, le duc de Bourgogne. Archevêque de Cambrai en 1695, en semi-disgrâce après les condamnations du quiétisme, il se révélera homme de Dieu et pasteur exemplaire. Libermann (Vénérable François, 1802-1852) François Libermann, fils d’un rabbin alsacien, baptisé à 24 ans au lendemain d’une conversion fulgurante, sera l’un des grands acteurs de l’évangélisation de l’Afrique, à travers la Congrégation du Saint Esprit qu’il relance en 1848. ![]() |