Dimanche 19 avril 2026

Saint Expédit

(IVe siècle)

Dieu pense à tout

Rien n’arrive en ce monde que par l’ordre ou la permission de Dieu. Rien n’existe que par lui. Et tout ce qu’il a créé, il le conserve et le gouverne avec amour pour le conduire à sa fin. Pendant qu’il régit les astres et préside aux révolutions de la terre, il concourt aux travaux de la fourmi, au moindre mouvement des insectes qui pullulent dans l’air, de ces millions d’atomes qui vivent dans une goutte d’eau. Sans lui, pas une feuille ne s’agite, pas un brin d’herbe ne meurt, pas un grain de sable n’est emporté par le vent. Il veille avec sollicitude sur les oiseaux du ciel, sur le lis des champs ; et comme nous valons mieux qu’une foule de passereaux, il ne saurait oublier ses enfants de la terre.

« J’ai faim, Dieu, y pense ; j’ai soif, Dieu y pense ; j’entreprends un travail, Dieu y pense ; je dois choisir un état de vie, Dieu y pense ; dans cet état, certaines difficultés se rencontrent, Dieu y pense ; pour résister à telle tentation ou remplir tel devoir, j’ai besoin de telle grâce, Dieu y pense ; dans le cours de mon voyage vers l’éternité, il me faut le pain quotidien de l’âme et du corps, Dieu y pense... » Et ainsi, moi qui ne suis qu’un atome insignifiant dans le monde, j’occupe jour et nuit, sans cesse et partout, la pensée et le cœur de mon Père qui est aux cieux.

Dom Vital Lehodey (1857-1948), Le Saint Abandon, II, ch. 2

MÉDITATION

    Je suis inquiet pour ma santé, mes affaires, ma famille… « Dieu y pense ! » nous répondrait dom Lehodey ; Dieu ne pense même qu’à cela : « Il n’y a pas une seconde où sur un point quelconque de l’univers, on puisse surprendre Dieu s’occupant d’autre chose que de nous », dira-t-il encore.

    Ce qui nous manque, c’est une lecture religieuse de la réalité ; nous faisons comme si les choses n’avaient aucun sens et obéissaient à un enchaînement purement mécanique, quitte à choisir ensuite parmi les événements ceux qui nous feront penser à Dieu : en cas de tremblement de terre, on trouvera toujours de pieux esprits pour y voir un châtiment du ciel. La vérité est qu’il n’y a pas besoin de miracles pour que le Bon Dieu s’occupe de nous, tout simplement parce qu’il ne fait que cela.

    Dire et redire le Notre Père, demander et redemander chaque jour le pain de chaque jour, c’est ouvrir les yeux au surnaturel de toute situation, c’est apprendre cette lecture religieuse de la réalité. Et quand nous aurons fini de comprendre que tout s’explique par l’amour de Dieu, nous aurons retrouvé le paradis.

    Quand nous récitons le Notre Père, faisons une pause à la demande « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour », et énumérons doucement nos besoins les plus simples, les plus concrets de la journée. Et peu à peu nous apprendrons à les recevoir de la main de Dieu, et non des hasards de la vie.

L´Auteur :

Lehodey (Vital, 1857-1948)

Né près de Coutances, prêtre diocésain en 1880, Alcime-Jude Lehodey entre à la Trappe de Bricquebec (Manche) en 1890 et y prend le nom religieux de Vital. Il en devient prieur, puis abbé en 1895, et se réfugiera quelques années avec ses moines en Angleterre durant les expulsions. Grand contemplatif, ses ouvrages de formation spirituelle connurent un large succès, réhabilitant, à une époque où cela n'allait pas de soi, une orientation résolument mystique de la vie monastique.

Son caractère bourru au dire de ses contemporains, cache une âme d'enfant, et Lehodey fut un grand admirateur de Thérèse de l'Enfant-Jésus (nettement plus jeune que lui !). Son portrait spirituel tient en ces quelques lignes écrites peu avant sa mort : Maintenant, Dieu se plaît à me rappeler qu'il a un cœur d'homme qui a besoin d'aimer les hommes et d'être aimé des hommes, un cœur d'Enfant-Dieu qui aime candidement, et qui est candidement heureux d'être aimé ; que moi aussi, j'ai un cœur qui a besoin d'aimer et d'être aimé, que nos cœurs sont faits l'un pour l'autre ; aimons-nous donc et ne cessons pas de nous aimer.