Samedi 17 janvier 2026

Une souveraine amie des pauvres

Se consacrer à Jésus par Marie, c'est mettre entre les mains de Marie nos bonnes actions qui, quoiqu'elles paraissent bonnes, sont très souvent souillées et indignes des regards et de l'acceptation de Dieu, devant qui les étoiles ne sont pas pures. Ah ! Prions cette bonne Mère et Maîtresse que, ayant reçu notre pauvre présent, elle le purifie, elle le sanctifie, elle l'élève et l'embellisse de telle sorte qu'elle le rende digne de Dieu.

Tous les revenus de notre âme sont moindres devant Dieu, le Père de famille, pour gagner son amitié et sa grâce, que ne serait devant le roi la pomme véreuse d'un pauvre paysan, fermier de Sa Majesté, pour payer sa ferme. Que ferait le pauvre homme, s'il avait de l'esprit et s'il était bien venu auprès de la reine ? Amie du pauvre paysan et respectueuse envers le roi, n'ôterait-elle pas de cette pomme ce qu'il y a de véreux et de gâté, et ne la mettrait-elle pas dans une corbeille d'or entourée de fleurs, et le roi pourrait-il s'empêcher de la recevoir, même avec joie, des mains de la reine qui aime ce paysan ?

Si vous voulez offrir quelque chose à Dieu, dit saint Bernard, mettez-le dans les mains de Marie, à moins que vous ne vouliez être rebuté.

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), Le Secret de Marie, no 37

MÉDITATION

On retrouve ici la grande idée de saint Bernard : nos mains sales n’étant pas dignes de présenter nos offrandes au roi, confions ces dernières aux mains pures de la reine, amie et avocate des pauvres auprès de son époux. Tel est le sens profond de toute prière mariale : si toute prière est « par Jésus-Christ notre Seigneur », Marie saura mieux que nous la formuler de telle sorte qu’elle puisse être agréée par le Père.

Au passage, le Père de Montfort nous permet de comprendre le rôle des saints et de leur intercession dans notre vie chrétienne : les saints n’ont pas sur Dieu des droits que nous n’aurions pas, mais en nous adressant à eux, nous leur déléguons de former notre prière de façon telle qu’elle puisse être exaucée : prier Dieu par Marie, c’est nous présenter devant lui avec les grâces d’une mère, tout comme prier Dieu par saint Pierre est se présenter avec celles d’un apôtre ou prier saint Étienne avec celles d’un martyr, etc.

L´Auteur :

Grignion de Montfort (Saint Louis-Marie, 1673-1716)

Né en Bretagne en 1673 dans une famille bourgeoise, formé chez les jésuites de Rennes, puis à Paris, Louis-Marie sera prêtre en 1700. Désormais, le Père de Montfort sera l’homme des pauvres et des malades, avant de se consacrer aux missions paroissiales dans tout l’Ouest de la France. Il s’y épuisera et mourra à seulement 43 ans, en 1716, après avoir fondé plusieurs congrégations religieuses apostoliques, dont les Frères de Saint-Gabriel et les Filles de la Sagesse. Sa prédication était fondamentalement mariale et se reflète dans ses écrits, qui nous révèlent en Louis-Marie un mystique de grande originalité, notamment le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, devenu un classique de la littérature religieuse.