Dimanche 12 juillet 2026

15ème Dimanche du Temps Ordinaire

Tailler les pousses folles...

Le vigneron s’en ira bientôt tailler dans sa vigne les pousses folles. S’il ne le faisait pas et s’il les laissait sur le bon bois, sa vigne ne donnerait qu’un vin aigre et mauvais. Ainsi doit faire l’homme digne de ce nom : il doit s’émonder lui-même de tout ce qui est désordre, tailler les mauvais défauts.

Mais retiens le couteau jusqu’à ce que tu aies vu ce que tu dois couper. Si le vigneron ne connaissait pas l’art de la taille, il couperait aussi bien le noble bois qui doit bientôt donner du raisin, que le mauvais bois, et il ruinerait le vignoble. Ainsi font certaines gens : ils ne connaissent pas le métier, ils laissent les vices, les mauvaises inclinations dans le fond de la nature, taillant et rognant la pauvre nature elle-même ! La nature en elle-même est bonne et noble : que veux-tu y couper ? Au temps de la venue des fruits, c’est-à-dire de la vie divine, tu n’aurais plus qu’une nature ruinée.

Ensuite, on lie les pieds de la vigne. Par-là, on peut entendre la douce et sainte vie, le saint modèle et la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui doit être en tout le soutien de l’homme de bien. Car l’homme doit être courbé, de telle sorte que les sens, la volonté et toutes ses facultés restent liées et attachées dans une véritable soumission à la volonté de Dieu.

Jean Tauler (1300-1361), Sermon 7

Méditation

 

Préparer le chemin du Seigneur, c’est aussi le débroussailler : tant de «pousses folles» l’ont envahi et qu’il nous faut tailler. En général, le Bon Dieu s’en charge lui-même, à travers les épreuves petites ou grandes : c’est plus sûr que nos plus beaux efforts, car de nous-mêmes, nous sommes souvent plus sou­cieux d’une image de vie chrétienne réussie, que de l’accomplissement effectif de la volonté de Dieu.

Mais laisser Dieu travailler ne nous dispense pas de travailler. Comment nous y prendre ? La vie chrétienne ne détruit rien, mais met toute chose à sa place. La grâce épanouit la nature, la restitue à sa vocation surnaturelle, supprime ses détournements, mais sans l’abîmer : les saints ont aimé la vie ; ils parlent fort peu d’ascèse, et beaucoup d’amour.

Comment reconnaître ce qui doit être coupé dans notre vie, par la main de Dieu ou par la nôtre ? Le modèle de la vie parfaite nous est donné par Jésus lui-même. En toute situation, cherchons ce qu’il a cherché, voulons ce qu’il a voulu, refusons ce qu’il a refusé. La sainteté est dans l’union à sa personne, dans sa «douce et sainte vie», et non dans la poursuite des performances mesurées par les capacités que nous penserions avoir.

L´Auteur :

Tauler (Jean, 1300 ?-1361)

Né et mort à Strasbourg, prédicateur dominicain, Jean Tauler, avec Maître Eckhart et Suso, est l’un des grands de la mystique rhénane. Par les traductions de la Chartreuse de Cologne, toute la spiritualité nordique des XIIIe et XIVe siècles passera sous son nom à l’Espagne de sainte Thérèse et saint Jean de la Croix.