Mercredi 22 avril 2026

Sainte Sénorine

Abbesse (+ v. 982)

La tentation du découragement

    Ne vous laissez jamais abattre ni décourager par vos faiblesses, et, dès que vous croyez avoir commis une faute de ce genre, rentrez doucement en vous-même ; présentez-vous ensuite devant Notre-Seigneur, dans une grande, mais douce et suave humiliation intérieure à la vue de vos misères. Vous n’avez pas besoin de dépenser beaucoup dans cette circonstance ; ouvrez-lui votre cœur et votre esprit, afin qu’il y puisse voir la plaie de votre âme ; la tenant ainsi ouverte devant lui, restez dans un profond sentiment d’humiliation et de bassesse en sa présence ; comme le publicain, n’osez pas lever les yeux intérieurs de votre âme. Mais il faut que ce sentiment soit accompagné d’amour filial, de désir de lui être agréable, et d’une confiance douce et pleine que loin de se fâcher contre vous, il aura pitié de votre faiblesse, de votre misère et de votre pauvreté.     

    Cela fait, tenez-vous tranquille, et apprenez que vous êtes toujours tout à Jésus et à Marie ; excitez-vous à de plus grands désirs de lui plaire.

    Prenez garde de vous troubler jamais ; ce serait faire une véritable injure à son incompréhensible amour pour vous, que de vous laisser aller à ce trouble et à cette crainte qu’il ne vous pardonne pas et qu’il ne vous aime plus autant.

François Libermann (1802-1852), Lettre du 17 février 1839

MÉDITATION   

    « C’est par le découragement que se perd la très grande majorité des âmes », écrit ailleurs le Père Libermann. Demander pardon à Dieu est reprendre pied sur la certitude de son amour. Le découragement révèle l’orgueil : nous pensions être capables de quelque chose de bien !

    Le vrai remède au découragement est donc l’humilité. De toute façon, Dieu sait tout, et connaît nos péchés avant que nous les ayons commis. On croit se cacher de lui, et en réalité on se cache de soi-même ; on le croit en colère, mais c’est nous qui nous mettons en colère contre nous-mêmes ; on croit qu’il punit, mais c’est nous qui nous punissons nous-mêmes. « Une confiance douce et pleine » : nous sommes devant Dieu comme des animaux apeurés. Il faut qu’il nous réapprivoise ; il faut du temps pour retrouver cette confiance douce et pleine. Ce qui dépend de nous pour cela, c’est de ne pas nous décourager, c’est de revenir à chaque instant à la certitude de cette douceur et de son amour, c’est de dire de plus en plus sincèrement le Notre Père.

    Pour que tombe notre peur de Dieu, il nous faut regarder en face nos fautes. Au soir de nos journées, au cours d’un dernier Notre Père, faisons une pause au moment de dire « Pardonne-nous nos offenses », et appelons nos péchés par leur nom : « j’ai volé dix euros en trichant sur un prix ; j’ai menti pour excuser mon retard, etc. » Oser dire le péché devant Dieu, c’est l’amener à la lumière, et alors il disparaît.

L´Auteur :

Libermann (Vénérable François, 1802-1852)

Jacob Libermann était le cinquième des neuf enfants du rabbin de Salerne, où il naquit en 1802. À la suite de son frère aîné, il est baptisé à 24 ans sous le nom de François, et s’oriente immédiatement vers le sacerdoce, mais sa santé précaire retardera son ordination jusqu'en 1841. Il n’attendra pas cette date pour être l’éducateur et le directeur spirituel de ses condisciples du séminaire Saint-Sulpice à Paris, puis chez les eudistes de Rennes.

Très tôt, partageant le souci missionnaire de son époque d’expansion coloniale, il jette avec quelques confrères les fondations d’une œuvre d’évangélisation des noirs d’Afrique, la société du Saint-Cœur de Marie, qui fusionnera en 1848 avec la congrégation du Saint-Esprit. Toujours tributaire de sa mauvaise santé, le Père Libermann mourra prématurément en 1852.

Malgré les difficultés de tous ordres qui auront entravé son existence trop courte, Libermann aura été l’un des reconstructeurs de la formation sacerdotale française après la fracture de la Révolution, et l’un des maîtres spirituels du clergé de sa génération, dans la tradition de l’École française. L’audace de ses projets missionnaires en fait également l’un des prophètes de l’action pastorale moderne.

Il nous reste du Père Libermann un volumineux commentaire de l’Évangile de saint Jean, divers écrits spirituels et missionnaires, et surtout une importante correspondance.