Jeudi 6 août 2026

La Transfiguration du Seigneur

Ne pas nous inquiéter de nos fautes

Lorsque nous avons perdu la paix du cœur, nous devons mettre tout en œuvre pour la recouvrer. Mais quoi qu'il arrive ce monde, rien n'est capable de nous la ravir ni de la troubler malgré nous. Il faut, à la vérité, que nous conservions de la douleur de nos fautes ; mais cette douleur doit être tranquille, modérée, comme je l'ai dit plusieurs fois. Il faut de même que nous ayons compassion des autres pécheurs, et que du moins intérieurement nous gémissions de leur perte. Il faut aussi que notre compassion soit tendre, mais sans chagrin et sans trouble, comme étant l'effet d'une charité très pure. Pour ce qui regarde une infinité de maux auxquels nous sommes sujets en ce monde, tels que sont les maladies, les plaies, la mort, la perte de nos amis et de nos proches, la peste, la guerre, les embrasements et plusieurs autres accidents fâcheux que les hommes appréhendent comme contraires à la nature, toujours ennemie des souffrances, nous pouvons, avec le secours de la grâce, non seulement les accepter de la main de Dieu, mais nous en faire des sujets de joie, en les regardant ou comme des punitions salutaires pour les pécheurs, ou comme des occasions de mérite pour les justes. Ces deux considérations sont que Dieu même prend plaisir à nous affliger ; mais il est certain que tant que notre volonté sera soumise à la sienne, nous demeurons avec un esprit tranquille au milieu des afflictions les plus rudes. Sachez, au reste, que toute inquiétude lui déplaît parce que, de quelque nature qu'elle soit, elle n'est jamais sans quelque défaut, et vient toujours d'un mauvais principe, qui est l'amour propre. Tâchez donc de prévenir de loin ce qui peut vous inquiéter, et préparez-vous de bonne heure à le supporter avec patience. Considérez que les maux présents, quelque terribles qu'ils paraissent, ne sont pas effectivement des maux : qu'ils ne sauraient nous priver des biens véritables, que Dieu les envoie ou les permet pour les raisons que nous avons dites, ou pour d'autres qui nous sont cachées, mais qui ne peuvent être que très justes. En conservant de la sorte un esprit toujours égal parmi les divers accidents de cette vie, vous profiterez beaucoup ; sans cela, vos exercices réussiront mal, et vous n'en tirerez aucun fruit.

Lorenzo Scupoli, Le Combat spirituel, chapitre 25

L´Auteur :

Scupoli (Laurent, 1530-1610)

Né à Otrante en 1530, François Scupoli rencontre à Naples la fervente et jeune famille sacerdotale des Théatins, fondée à Rome en 1524. Il y entre en 1569, y reçoit le nom de Laurent, et y sera formé par saint André Avellin, avant d’être transféré à Plaisance, où il sera ordonné prêtre en 1577, puis à Milan, Gênes, Venise, et Naples. Accusé, sans doute à tort, d’un grave délit en 1585, il fut en disgrâce parmi les siens, jusqu’à sa réhabilitation au soir d’une vie dont on ne connaît guère que l’humilité et la discrétion.

Édité à Venise en 1588 sans nom d’auteur, le Combat Spirituel connut très vite un immense succès qui lui valut plus de 600 éditions dans toutes les langues jusqu’à nos jours. Son plus fameux lecteur sera saint François de Sales, qui ne s’en séparait jamais et en donnera une traduction française. Petit manuel de confiance absolue en la bonté de Dieu et de défiance envers soi-même, on y trouve déjà le secret du salésianisme : l’attention à la présence amoureuse de Dieu dans les moindres détails de la vie la plus ordinaire.