Lundi 11 mai 2026

Sainte Estelle

Vouloir tout ce que Dieu veut

Je désirerais être missionnaire de votre sainte volonté, Seigneur, et apprendre à tout le monde qu'il n'y a rien de si aisé, de si commun, ni de si présent dans les mains de tout le monde que la sainteté ! De même que le bon larron et le mauvais n'avaient pas des choses différentes à faire et à souffrir pour être saints, ainsi deux âmes, dont l'une est mondaine et l'autre tout intérieure et spirituelle, n'ont rien de plus à faire et à souffrir l'une que l'autre : celle qui se damne, se damne en faisant par fantaisie ce que l'autre qui se sauve fait par soumission à votre volonté ; et celle qui se damne, se damne en souffrant avec regret et avec murmure, ce que l'autre souffre avec résignation ; ce n'est donc que le cœur qui est différent.

 Ô chères âmes qui lisez ceci, il ne vous en coûtera pas davantage : faites ce que vous faites, souffrez ce que vous souffrez, il n'y a que votre cœur seul à changer. Ce qu'on entend par le cœur, c'est la volonté ; ce changement consiste donc à vouloir tout ce qui vous arrive par l'ordre de Dieu. Oui, la sainteté du cœur est un simple fiat, une simple disposition de volonté conforme à celle de Dieu. Qu'y a-t-il de plus aisé ? car qui ne peut aimer une volonté si aimable et si bonne ? Et par ce seul amour tout devient divin.

Jean-Pierre de Caussade, L'Abandon à la Providence divine, ch. VIII

L´Auteur :

Jean-Pierre de Caussade (1675-1751)

D'une noble famille du Quercy, Jean-Pierre de Caussade étudia chez les Jésuites de Cahors, avant d'entrer en 1693 dans la Compagnie à Toulouse. Il enseigne jusqu'en 1720 dans de nombreux collèges du midi de la France, avant d'en parcourir aussi le nord et l'est comme missionnaire et prédicateur.

Directeur spirituel particulièrement vigoureux, il pousse à ses dernières conséquences l'invitation à l'abandon à la volonté divine, ce qui le fera accuser de quiétisme en ces années où s'impose un certain moralisme janséniste. En Lorraine, son amitié pour le monastère de la Visitation sera l'occasion de ses Instructions Spirituelles et de l'essentiel de sa correspondance. Proche de Fénelon et de la tradition salésienne, lecteur des maîtres du Carmel, il sera peu à peu mis à l'écart à partir de 1731, jusqu'à sa mort en 1751 à Toulouse.