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Mercredi 14 janvier 2026Le pain que Dieu nous donne (II)Le principal effet de la communion est de produire une union intime avec Jésus. Cette union est une association parfaite avec ses états et mystères. Cette association est ce qu’on nomme une transformation en Dieu, qui rend une personne toute divine, toute dans les inclinations et les intérêts de Dieu, de sorte qu’elle devienne divine par grâce : n’ayant point d’autres inclinations que d’un Dieu, elle vit de la vie de Dieu, elle ne respire que l’amour et la gloire de Dieu. Ô mon Dieu, éloignez-moi par votre sainte grâce de tout ce qui met opposition à cette divine transformation, et que je cesse d’être ce que je suis selon la nature, pour être ce que vous êtes selon la grâce ! Quand serai-je tout uni et transformé en vous ? Quand me serai-je entièrement oublié moi-même, pour n’être plus et n’opérer plus qu’en vous, et vous en moi, et qu’ainsi absorbé je demeure en vous tous les jours de ma vie ? Qui est-ce qui peut mieux savoir les secrets du Père que le Fils, ses desseins et ses pensées, que celui qui étant un avec son Père, entre dans le sacré conseil de la Divinité ? Il nous les enseigne de parole, il nous les montre dans les exemples de sa vie : regardons, approuvons, imitons, voilà la vraie transformation. Jean de Bernières-Louvigny (1602-1659), Le Chrétien intérieur, V, 7 MÉDITER LE NOTRE PÈRE Dans la ligne du texte précédent, Bernières fait un pas de plus dans la transformation en Dieu que Jésus vient opérer par son Incarnation. L’expression est classique ; elle indique qu’en accueillant Jésus en nous par la foi, nous nous mettons à vivre en régime divin : nos manières de voir, nos intentions, nos volontés cessent de viser une réussite naturelle, mais vouée à la mort comme tout ce qui est naturel, pour viser un épanouissement surnaturel, n’ayant point d’autres inclinations que d’un Dieu, ne respirant que l’amour et la gloire de Dieu. Cette transformation suppose que je me sois entièrement oublié moi-même : ce que le Christ nous demande n’est pas de détruire ce qu’il nous a donné dans la création, et qui définit notre vie naturelle, mais de ne pas nous y arrêter, car nous sommes faits pour beaucoup plus qu’une réussite terrestre, même honorable. Nous sommes faits pour la vie éternelle, et demander notre pain de chaque jour, c’est demander le pain de cette vie éternelle. Et la manière quotidienne de vivre éternellement, c’est celle que nous voyons Jésus pratiquer dans l’Évangile : si nous cherchons à vivre cela, la grâce de Dieu nous donnera de vivre cela, et c’est ainsi que peu à peu nous serons transformés en lui. VIVRE LE NOTRE PÈRE En demandant à Dieu de pourvoir à notre pain quotidien, c’est le vrai pain de vie éternelle que nous lui demandons ; et en cela, nous acceptons d’avance qu’il nous absorbe et transforme en lui et se nourrisse de notre humanité. Vivre le Notre Père, c’est décider résolument de vivre l’Évangile comme Jésus l’a vécu, c’est prier avec notre cœur et avec nos mains, c’est vivre l’humanité de Dieu.
L´Auteur : Bernières-Louvigny (Jean de, 1602-1659) Fils d’un trésorier général de Caen, Jean de Bernières-Louvigny consacrera sa fortune et ses relations à l’animation du groupe mystique normand né autour du capucin Jean-Chrysostome de Saint-Lô, tout en assurant l’intendance de nombreuses entreprises missionnaires, et en fondant séminaires et hôpitaux à partir de son ermitage ouvert à ses nombreux amis contemplatifs. À travers son disciple Jacques Bertot, son influence marquera profondément le cercle de Madame Guyon. Ses écrits, connus à travers des transcriptions incertaines, notamment sous le titre du Chrétien intérieur, seront d’ailleurs englobés dans les condamnations du Quiétisme de la fin du siècle, sans pour autant qu’il y ait lieu de se méfier de leur orthodoxie. ![]() |