Mardi 25 août 2026

Sainte Ebba l'Ancienne

(+ 683)

Et si Marie avait dit « non » ?…

Dieu pouvait ne se faire pas homme ; Dieu pouvait être homme sans être Fils de l'homme ; Dieu pouvait prendre naissance et se faire Fils de l'homme sans pâtir et mourir pour les hommes, mais son amour l’a porté à ces excès, et il a voulu se faire homme, Fils de l'homme et la victime des hommes, et en vous, ô Vierge sainte, il a voulu contracter toutes ces alliances.

Car c'est en vous qu'il prend l'humanité et se fait homme, c'est en vous et de vous qu'il se fait Fils de l'homme, c'est en vous et de vous qu'il prend cette chair en laquelle il veut pâtir et mourir pour les hommes, c'est en vous qu'il reçoit l'ordonnance du Père éternel de souffrir et mourir pour les hommes, et c'est en vous et en vos flancs qu'il a accepté ce vouloir et cette ordonnance du Père, et qu'il a fait la première offrande et oblation de soi-même à la croix et à la mort. Oblation commencée en vous et en vos entrailles comme en un temple sacré et consacré par Jésus même vivant en vous et de vous, oblation jamais interrompue, jusqu’à ce qu'elle ait été effectuée et consommée au Calvaire, oblation qui est accomplie alors que vous étiez présente et assistante à la croix, afin que la première et la dernière oblation de Jésus soit honorée de votre présence et de votre assistance, et que, comme elle a commencé en vous, elle se termine auprès de vous.

Pierre de Bérulle (1575-1629), Discours de l'état et des grandeurs de Jésus, X

Méditation

Dieu pouvait ne se faire pas homme. Dieu aurait pu nous sauver sans prendre le rude chemin de nos existences d’hommes, et d’hommes marqués par le péché. La justice de Dieu pouvait se contenter de moins, mais son amour devait aller jusque-là s’il s’agissait de mener vie commune avec nous, et pas seulement de nous gratifier d’une remise de peine.

Dans la logique de cet amour, Dieu a voulu qu’il dépende de Marie que s’accomplisse ou non notre salut, car être sauvé, c’est être aimé, et un amour authentique prend le risque de tout perdre pour pouvoir tout gagner.

La Tradition chrétienne a toujours mis en parallèle la crèche et la croix, la première et la dernière oblation de Jésus : Jésus ne nous sauve pas moins à Bethléem qu’au Calvaire, puisqu’il ne nous aime pas moins à la crèche qu’à la croix, et que les deux s’expliquent par son choix de vivre tout ce que nous vivons, que ce soit du fait de notre création (voilà pour Bethléem), soit du fait de notre péché (voilà pour le Calvaire).

L´Auteur :

Bérulle (Pierre de, 1567-1629)

    Bérulle fut au départ de ce que l’on appelle « l’École française de spiritualité ». D'une famille de parlementaires parisiens, associé de près à la politique religieuse de Henri IV puis de Louis XIII, Bérulle sera au cœur du Tout-Paris dévot au lendemain des guerres de religion, ce qui en fait l’un des acteurs principaux du prodigieux renouveau spirituel et mystique né dans ce milieu. Il participera à l’introduction du Carmel thérésien en France en 1604, aura son mot à dire dans la réforme de nombreuses congrégations, et fondera l’Oratoire de France en 1611, société de prêtres vivant l'idéal du Concile de Trente.

    Les écrits de Bérulle reflètent ses lectures des Pères de l’Église et de saint Thomas, mais aussi des mystiques nordiques, dont il reçoit l’intuition fondamentale de son œuvre : la vie chrétienne comme « appropriation » des mystères de la vie de Jésus, nous introduisant dans sa relation éternelle à son Père.