Jeudi 5 novembre 2026

Pour conclure le Notre Père !

Ne vous laissez donc pas abattre ou décourager s’il vous semble que vous ne faites rien, que vous êtes lâche et tiède, si vous voyez que vous êtes encore sujet à des affections naturelles, à des pensées d’amour-propre, à des tristesses. Tâchez tout simplement d’oublier toutes ces choses, et tournez votre esprit vers Dieu, vous tenant devant lui dans un désir paisible et continuel qu’il fasse de vous et en vous son très saint bon plaisir. Ne cherchez qu’à vous oublier et à marcher devant lui au milieu de votre pauvreté, sans jamais vous regarder vous-même.

Allez toujours votre chemin et vivez avec vous-même comme si vous n’existiez point, ne voyant que Dieu en vous, méprisant votre bassesse et pauvreté, étant bien décidé à ne vivre qu’à Dieu et en Dieu, malgré votre misérable nature. Tant que vous vous inquiéterez de ces mouvements de la nature, vous serez occupé de vous-même, et tant que vous serez occupé de vous-même, vous ne ferez pas beaucoup de chemin dans la perfection. Ces mouvements ne cesseront que lorsque vous les mépriserez et les oublierez. D’ailleurs, je vous assure qu’ils ne sont d’aucune importance ni d’aucune conséquence ; moquez-vous-en et ne voyez que Dieu, et cela par la pure et simple foi.

François Libermann (1802-1852), Lettre du 5 février 1838

MÉDITER LE NOTRE PÈRE

Arrivés au terme du Notre Père, peut-être constatons-nous que rien n’a vraiment changé dans notre vie ; nous restons sujets à des affections naturelles, à des pensées d’amour-propre, à des tristesses, si bien que le découragement encore une fois nous menace. Le découragement : tentation des tentations ! Notre bassesse et pauvreté ne mérite pas tant d’égard !

Le mal dont nous demandons au Seigneur de nous délivrer, le vrai mal, ce n’est pas cette médiocrité liée à notre nature plus qu’à notre mauvaise volonté ; c’est de ne pas avoir cru que Dieu était notre Père, c’est l’orgueil d’avoir voulu mener nous même notre vie. Mais si peu que nous nous tournons vers lui, nous sommes exaucés, nous sommes délivrés du mal.

Que la méditation de la prière de Jésus nous enracine toujours plus dans la paternité de Dieu : c’est là, et là seulement, que le découragement disparaîtra au profit de la confiance filiale. Et à force d’appeler Dieu notre Père, nous l’entendrons de plus en plus nous répondre : « Toi, tu es mon fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon bonheur. » (Mc 1, 11)

VIVRE LE NOTRE PÈRE

Au fil de ce recueil de textes commentant le Notre Père, celui-ci aura sans doute pris un relief inattendu ; nous l’aurons peu à peu reconnu comme un programme complet de vie chrétienne, chargé de nos demandes de pain quotidien, de pardon, de délivrance du mal… S’il nous arrivait de le réciter machinalement, nous voudrons maintenant profiter de toutes ses richesses, non seulement en le récitant avec soin, mais surtout en faisant de toute notre vie un Notre Père vivant. Pour cela, oui, tâchez tout simplement d’oublier toutes ces choses, et tournez votre esprit vers Dieu, vous tenant devant lui dans un désir paisible et continuel qu’il fasse de vous et en vous son très saint bon plaisir.

L´Auteur :

Libermann (Vénérable François, 1802-1852)

Jacob Libermann était le cinquième des neuf enfants du rabbin de Salerne, où il naquit en 1802. À la suite de son frère aîné, il est baptisé à 24 ans sous le nom de François, et s’oriente immédiatement vers le sacerdoce, mais sa santé précaire retardera son ordination jusqu'en 1841. Il n’attendra pas cette date pour être l’éducateur et le directeur spirituel de ses condisciples du séminaire Saint-Sulpice à Paris, puis chez les eudistes de Rennes.

Très tôt, partageant le souci missionnaire de son époque d’expansion coloniale, il jette avec quelques confrères les fondations d’une œuvre d’évangélisation des noirs d’Afrique, la société du Saint-Cœur de Marie, qui fusionnera en 1848 avec la congrégation du Saint-Esprit. Toujours tributaire de sa mauvaise santé, le Père Libermann mourra prématurément en 1852.

Malgré les difficultés de tous ordres qui auront entravé son existence trop courte, Libermann aura été l’un des reconstructeurs de la formation sacerdotale française après la fracture de la Révolution, et l’un des maîtres spirituels du clergé de sa génération, dans la tradition de l’École française. L’audace de ses projets missionnaires en fait également l’un des prophètes de l’action pastorale moderne.

Il nous reste du Père Libermann un volumineux commentaire de l’Évangile de saint Jean, divers écrits spirituels et missionnaires, et surtout une importante correspondance.